Originalité de l'organisation de l'espace de la façade atlantique Nord : Nord-Est/Floride/Golfe du Mexique
Objectif :
La façade atlantique de l'Amérique du Nord est un espace original. Elle couvre en effet trois pays pour le continent américain : Canada, États-Unis, Mexique. Malgré des points de rapprochement, il peut paraître difficile de parler de façade commune mais plutôt de trois zones distinctes. Qu'est-ce qui les caractérise ?
1. Le Nord-Est américain : la mégalopolis et les Grands Lacs
La région du Nord-Est est un double centre d'impulsion : à la fois national et mondial. On y trouve ainsi l'une des trois mégalopoles d'importance : celle qui s'étend de Boston à Washington. Deux pôles urbains dominent :
• New York au nord (20 millions d'habitants),• Washington (7 millions) au sud.
C'est donc un espace de richesse et de pouvoir, un des centres majeurs de commandement des États-Unis (on y trouve la présidence) et du monde (Bourse de « Wall Street », siège de l'ONU).Les Grands Lacs, à proximité de Détroit et Chicago sont reliés d'une part au Saint-Laurent (et donc à l'Atlantique) et d'autre part au Mississipi par des canaux. Dans l'ensemble, le Nord-Est correspond à de vieilles régions industrielles en reconversion plus ou moins réussie.On peut leur ajouter le sud du Canada, qui à de nombreux aspects (tant économiques que culturels) est très similaire aux états américains proches. Le Québec se singularise toutefois par sa défense militante de la langue et de la culture françaises.
2. La Floride, nouveau pôle
La Floride a largement profité des délocalisations internes depuis les années 1980 (hommes et activités). État dynamique de la Sun Belt, elle base sa richesse sur cinq secteurs :
• l'agriculture d'exportations (agrumes surtout),• les industries agro-alimentaires qui en découlent,• les services destinés aux retraités,• les industries de loisirs,• le tourisme (premier centre d'accueil pour les États-Unis).
Miami joue un rôle d'interface avec le monde latin et les Caraïbes, du fait de ses nombreuses minorités hispaniques. Elle est aussi la première place financière des Caraïbes et le second centre financier des États-Unis, après New York.
3. Le golfe du Mexique : une périphérie intégrée
Cette zone recouvre les États du sud des États-Unis (Alabama, Louisiane, Texas), ainsi que le Mexique. Pour la partie états-unienne, la prospérité était auparavant surtout basée sur l'exploitation pétrolière (qui reste toujours importante, 35 % de la production nationale pour le Texas) et le commerce maritime utilisant les fleuves pour desservir le nord. Houston et la Nouvelle Orléans sont significatifs de cette vocation : le premier dans les hydrocarbures et le second comme deuxième port américain. Avec l'attraction de la Sun Belt, l'économie de la zone est devenue encore plus florissante et profite notamment des maquiladoras et des zones franches. La région s'oriente aussi largement vers les nouvelles technologies (« Texas Instrument » à Dallas). Le développement est toutefois inégal et des poches de pauvreté (au Mississipi et en Alabama) subsistent.
Du côté mexicain, la façade littorale fut longtemps sous-exploitée. A partir des années 1980 et le développement des maquiladoras, l'ouverture maritime fut mise en valeur. C'est ainsi que l'on trouve sur l'Atlantique les deux principaux ports du pays : Veracruz et Tampico. Cancun est, quant à lui, un centre touristique de premier plan (3 millions de touristes annuellement), surtout pour une clientèle américaine.
L'essentiel
Trois zones se distinguent sur la façade atlantique de l'Amérique du Nord :Le Nord-Est, vrai lieu de pouvoir et de richesse, centre industriel important bien qu'en reconversion, continue à dominer tant le pays que cet espace.
La Floride connaît un dynamisme récent qui en fait un des états moteurs de la Sun Belt. Sa prospérité se base surtout sur l'agriculture d'exportation et le tourisme. Miami est devenue une métropole de premier plan, surtout pour le domaine financier.
Le golfe du Mexique se partage entre les États-Unis (économie là aussi florissante bien qu'inégale selon les lieux) et le Mexique (dont le littoral a été tardivement mis en valeur, mais qui est devenu une des régions riches du pays, notamment grâce au tourisme).
La carte:

samedi, janvier 19, 2008

HISTOIRE


Crise ou croissance lente ?
1. Le dérèglement de la croissance
a. La stagflation
· La stagnation
Au cours des années 1970 dans les pays industrialisés, le rythme moyen annuel de croissance des PIB se ralentit. Symboliquement, le choc pétrolier de 1973 marque l'entrée du monde dans la crise mais c'est en 1975 que s'établit durablement la récession. Plusieurs pays connaissent alors une croissance nulle de leur PIB. En fait, la fin des années 1960 avait vu les premiers coups portés au rythme de croissance des PIB des pays industrialisés : la croissance se faisait alors plus erratique, plus désordonnée. Cette tendance s'affirme dans les années 1970. Au point que l'on parle souvent de stagnation des économies industrialisées.
· L'inflation
A la différence des précédentes crises industrielles, la crise des années 1970, d'un genre nouveau, ne s'accompagne pas d'une diminution des prix. Au contraire, l'inflation, phénomène endémique des économies occidentales, ne cesse de se développer : la hausse des prix dépasse 10 % dans la plupart des pays industrialisés durant la décennie 1970. Pourtant, les économies occidentales connaissent tous les signes de la crise, en particulier le développement du chômage, qui, lui aussi, atteint et souvent dépasse les 10 % de la population active. Ce phénomène, inédit, d'économies gangrenées par la stagnation et l'inflation, reçoit le nom de stagflation.
b. La croissance quand même
Malgré ses aspects spectaculaires (développement du chômage, apparition de nouvelles formes de pauvreté, etc.), la crise de fin de siècle que vivent les économies occidentales constitue seulement un ralentissement du rythme de croissance. En effet, globalement, les économies occidentales continuent de voir, de 1970 à 2000, leur PIB croître au rythme annuel moyen de 2,75 % environ. En outre, les Etats-Unis connaissent à la fin du XXe siècle leur plus longue phase de prospérité de toute leur histoire économique. En fait c'est à un changement de nature de la croissance économique que l'on assiste. La croissance se fait désormais moins linéaire et à un rythme – en moyenne – deux fois moindre que celui, exceptionnel, des Trente Glorieuses.
2. Les causes de la crise
a. Les désordres monétaires
L'organisation monétaire mondiale telle qu'elle avait été décidée en 1944 lors de la conférence de Bretton Woods connaît à la fin des années 1960 et au début des années 1970 de profondes mutations. Les Etats-Unis, dont la monnaie était la seule convertible en or – ce qui lui conféra le statut de monnaie de référence internationale –, se trouvent alors confrontés à un déficit commercial et financier sans précédent. Le coût de leur engagement extérieur en particulier (guerres de Corée et du Vietnam notamment) devient de plus en plus insupportable. Profitant de leur situation de monnaie dominante, ils ont recours à la planche à billets, contribuant ainsi à développer l'inflation qui atteint déjà les économies occidentales. Progressivement, les autorités américaines restreignent la convertibilité-or du dollar avant de l'interrompre définitivement en 1971 afin de conserver leur marge de manœuvre monétaire vis-à-vis de l'extérieur.
b. Une crise de surproduction et de surexploitation
Les causes de la crise de fin de siècle sont multiples. Néanmoins, on peut estimer qu'il s'agit – au strict point de vue économique – d'une crise de surproduction autant que de surexploitation. C'est d'abord la surproduction de biens de consommation des ménages.
· La surproductionLa croissance des Trente Glorieuses avait essentiellement reposé sur la diffusion de quelques produits phares dont les taux d'équipement atteignent des sommets au début des années 1970 : que ce soit pour les réfrigérateurs, les lave-linges, les automobiles ou les téléviseurs, les marchés occidentaux sont saturés et aucun marché de substitution ne se révèle réellement. Par ailleurs, les produits de substitution qui apparaissent atteignent eux aussi très rapidement le taux de saturation.
· La surexploitationLa crise s'explique aussi par la surexploitation des richesses. Dès la fin des années 1960, les experts du Club de Rome préconisent la « croissance zéro » pour remédier au pillage croissant des richesses minérales. Ils se font ainsi l'écho de certaines revendications, notamment de celles des pays exportateurs de pétrole qui décident, unilatéralement, en 1973, une série d'augmentations (quadruplement) des prix du pétrole. Une hausse qui agit comme un véritable détonateur de la crise économique.
L'essentiel
Les Trente Glorieuses avaient laissé penser que la croissance économique était perpétuelle. Les années 1970 voient ce mirage fortement remis en cause avec l'irruption d'une crise aux manifestations et aux causes complexes. Une crise qui, par ses aspects les plus frappants tel que le développement du chômage, bouleverse les sociétés occidentales.


Les origines de la crise

1. Les dérèglements du système monétaire international
a. La contestation de la suprématie commerciale américaine
La supériorité commerciale des Etats-Unis commence à être mise en question par les performances des pays européens et du Japon. Leurs reconstructions achevées, ils sont redevenus de grandes puissances industrielles à un moment où la compétitivité industrielle américaine s'essoufflait. Le déficit de la balance américaine des paiements atteint 2 milliards de dollars par an au début des années 1970 : les Etats-Unis prennent l'habitude de plus acheter à l'étranger que de vendre. En 1971, pour la première fois au XXe siècle, les Etats-Unis connaissent un déficit commercial qui s'ajoute au déficit de la balance des paiements – plus grave – que les Etats-Unis connaissent depuis les années 1960 et qui conduit la mécanique monétaire à se gripper.
b. Une mécanique monétaire qui se grippe
Au début des années 1960, la mécanique monétaire mondiale se grippe. En effet, le déficit de la balance des paiements américaine s'accroît tandis que le stock-or américain devient inférieur à l'ensemble des dollars détenus par les pays étrangers, en particulier les pays européens. La convertibilité-or du dollar est devenue une fiction : les Etats-Unis ne sont plus en mesure de rembourser en or l'intégralité des stocks de dollars détenus à l'étranger. Finalement, le président Nixon annonce, en 1971, la fin de la convertibilité du dollar en or, après avoir déjà réduit celle-ci en 1968. C'est la fin du système de Bretton Woods. La décision du président Nixon s'accompagne de surcroît d'une dévaluation du dollar : - 8 % par rapport aux monnaies européennes et même – 16 % par rapport au Deutsch mark et au yen. En 1973, une nouvelle dévaluation du dollar a lieu, baissant encore de 10 % la valeur de la monnaie américaine par rapport à celles des autres pays industrialisés. Ainsi, au début des années 1970, alors que n'a pas encore éclaté le choc pétrolier, le monde est confronté à une crise monétaire et commerciale.
2. Le choc pétrolier
a. 1973 : un tournant
Le déclenchement du conflit israélo-arabe de 1973 intervient dans un contexte économique particulièrement tendu. En effet, aux dérèglements du système monétaire s'ajoute une revendication croissante de la part des pays exportateurs de matières premières – et plus particulièrement de pétrole – quant aux prix de ces matières premières. Les pays arabes exportateurs de pétrole, regroupés au sein de l'OPAEP (Organisation des Pays Arabes Exportateurs de Pétrole), s'inquiètent de l'épuisement envisagé de leurs ressources en hydrocarbures et souhaitent obtenir un prix qui leur permette d'envisager leur survie économique après le pétrole. Après avoir – pour certains d'entre eux – nationalisé leurs productions pétrolières ou renégocié les taxes payées par les compagnies occidentales, la guerre du Kippour et l'attitude américaine leur offrent l'opportunité de faire entendre leur voix économique et politique dans le monde. Pour cela, ils annoncent une série de hausses du prix du pétrole brut (en octobre 1973) et surtout décident la mise en place d'un embargo à l'égard des Etats-Unis et de plusieurs pays européens. Le prix du pétrole flambe, dans certains pays européens, on rationne l'essence.
b. Une importance à relativiser
Malgré tout, l'importance du choc pétrolier de 1973 reste à relativiser. Certes, l'augmentation des prix des hydrocarbures et plus généralement des matières premières n'a pas été sans conséquence sur les économies des pays industrialisés. Mais dans le même temps, elle a solvabilisé les pays producteurs de matières premières en les rendant très riches et en faisant de nombre d'entre eux des clients très appréciés pour les pays industrialisés. Par ailleurs, la nécessité de faire des économies d'énergie a obligé les pays industrialisés à se montrer inventifs et, d'une façon générale, à privilégier les secteurs les moins « gourmands » en énergie et en matières premières. Certains pays particulièrement touchés par la crise énergétique – comme le Japon – ont ainsi connu après le choc pétrolier de 1973 une importante croissance économique. Au total, il semble bien que le choc pétrolier ait plus révélé des faiblesses antérieures et constitué uniquement un déclencheur de la crise.
L'essentiel
Les facteurs explicatifs de la crise apparue dans les années 1970 sont multiples. Il semble difficile de s'accorder à en sélectionner un plus que d'autres. Néanmoins, les dérèglements du système monétaire international sont un bon symptôme des désordres précédant la crise, dont le choc pétrolier fut plus un détonateur qu'une cause.


Les évolutions sociales de la crise

1. Les effets d'une mutation du système de production
a. La mort de la classe ouvrière
Le passage d'une économie industrielle à une économie tertiarisée, au cours des Trente Glorieuses, s'est accompagné d'une lente dégradation des effectifs ouvriers. Cette tendance s'est renforcée au cours des années 1980-1990, avec le développement de nouvelles formes de production privilégiant une approche technologique. Ainsi, les ouvriers représentaient 69 % des effectifs du constructeur automobile Renault en 1978, ils ne représentaient plus que 48 % en 1993 et moins de 45 % en 2000. De plus, dans l'intervalle, les effectifs de l'entreprise ont été divisés par deux : 109 000 salariés en 1978, moins de 50 000 en 2000, tant et si bien que les ouvriers représentaient 75 000 personnes en 1978, contre 22 500 personnes en 2000. Toutes les entreprises industrielles des pays développés ont connu des évolutions semblables.
b. Le triomphe des classes moyennes
Le rapport au travail a été profondément transformé par la révolution numérique (que ce soit l'irruption des machines commandées numériquement ou celle de l'informatique). Nombre d'emplois non qualifiés ont disparu irrémédiablement au profit d'emplois intermédiaires : employés, techniciens, cadres moyens. La massification de l'enseignement secondaire, suivie de celle de l'enseignement supérieur, dans tous les pays développés a consacré le triomphe de la classe moyenne qui représente désormais les trois-quarts de la population des pays développés. Mais ce triomphe n'est pas sans poser de redoutables problèmes : dans la plupart des pays occidentaux, les mécanismes d'ascension sociale sont bloqués et le système éducatif peine à satisfaire des aspirations sociales croissantes. En effet, si l'on a assisté à la montée de la part des emplois intermédiaires – et donc des classes moyennes –, cette montée s'est faite sur des effectifs bruts en diminution : chez Renault, les personnels intermédiaires représentaient 27 % des 109 000 salariés de 1978 (soit 29 000 personnes) et 45 % des 50 000 salariés de 2000 (soit 22 500 personnes).
2. Les effets de la globalisation
a. Les paradoxes de l'ère de la communication et des loisirs
La révolution numérique a connu ses effets les plus spectaculaires dans le domaine des communications, avec le développement de la télévision numérique, de l'informatique et d'Internet. Plus que jamais, le monde forme un véritable village global où l'immédiateté de l'information est sans doute l'un des faits les plus marquants, avec la montée des loisirs. Les gains de productivité permis par l'automatisation des tâches, que ce soit dans les transports, le commerce, la banque, les services de gestion des entreprises ou les administrations, ouvrent la voie à une nouvelle réduction du temps de travail. En effet, pour la première fois depuis un siècle, les économies industrialisées se trouvent confrontées à une situation inédite : le développement de l'activité économique ne se traduit plus forcément par une augmentation de l'emploi.
b. Les écarts entre pays s'accroissent
Mais l'effet le plus sensible de la globalisation est l'accroissement des écarts entre pays riches et pays pauvres. La suppression des entraves au commerce international, loin de permettre aux pays pauvres – aux faibles coûts de main-d'œuvre – de développer leurs exportations, permet surtout aux pays industrialisés de concurrencer les industries et services naissants dans les pays émergents. Ainsi, en Amérique latine, l'Argentine – considérée à la fin des années 1980 comme un modèle de développement – s'enfonce dix années plus tard dans une crise considérable et voit son économie totalement dollarisée. De plus, selon le PNUD (Programme des Nations-Unies pour le Développement), dans une centaine de pays, le revenu par habitant est plus bas à la fin des années 1990 qu'au début des années 1980. En clair, 1,5 milliard de personnes vivent plus mal en 2000 qu'en 1980.
L'essentiel
La crise économique des années 1970-1980 a considérablement fait évoluer les sociétés des pays industrialisés. Prenant l'apparence d'une crise de mutation du système de production, elle a permis à la fois le triomphe des classes moyennes et ouvert la voie à la globalisation, une globalisation dont un tiers de l'humanité doit porter le poids.


Formation des blocs et naissance de la Guerre froide

1. La naissance du monde bipolaire
a. Les dernières actions communes
En 1945, l'URSS et les Etats-Unis, lors des conférences de Yalta et de Potsdam, s'engagent à établir une paix basée sur la justice et la démocratie. Les Alliés jugent les responsables allemands à Nuremberg ; la notion de crime contre l'humanité est énoncée pour la première fois. La création de l'ONU le 25 juin 1945, à San Francisco, a pour but d'établir une paix et une sécurité à l'échelle mondiale.Mais dès 1945, les deux Grands, mus par deux modèles incompatibles, n'ont pas les mêmes projets ; la méfiance s'installe très vite. En 1946, Churchill parle d'un " rideau de fer " séparant l'Europe en deux.
b. L'année de la rupture : 1947
L'année 1947 est une année de rupture. Truman défend les anticommunistes : c'est la doctrine du containment. De plus, le plan Marshall, proposé à toute l'Europe, est refusé par les pays occupés par l'Armée rouge et par l'URSS.En 1947, l'URSS crée le Kominform, dirigé par Jdanov qui présente la vision officielle de la situation internationale : le monde est divisé en deux camps : les Etats-Unis, impérialistes et antidémocratiques, et l'URSS démocratique et anti-impérialiste.
2. Les premiers affrontements et la formation des blocs
a. Le blocus de Berlin et la guerre de Corée
En 1947, le sort de l'Allemagne n'est pas résolu. Les Alliés de l'Ouest regroupent leur zone d'occupation et créent le Deutsche Mark. L'URSS tente alors un coup de force : c'est le blocus de Berlin. Mais les Américains organisent avec succès le ravitaillement des trois zones occidentales par un pont aérien.En 1949, les Occidentaux créent la RFA (BRD), les Soviétiques la RDA (DDR) : désormais il y a deux Etats allemands.En Corée, de 1950 à 1953, les Américains mandatés par l'ONU défendent la Corée du Sud pro-occidentale contre l'agression des troupes nord-coréennes, communistes, soutenues par la Chine, communiste depuis 1949.
b. La formation des blocs
Après la Seconde Guerre mondiale, face à l'expansion du communisme, les Etats-Unis acceptent donc de jouer un rôle politique et diplomatique dans le monde, contrairement à l'isolationnisme d'avant-guerre.Les Américains créent des alliances pour défendre le « monde libre », face à l'URSS et ses alliés.En 1949, le traité de l'Atlantique Nord permet la mise en place de l'OTAN, organisation militaire protégeant l'Europe de l'Ouest d'une agression de l'Armée rouge. En Asie, c'est l'OTASE (Organisation du Traité de l'Asie du Sud-Est) qui organise la présence militaire américaine. De 1947 à 1949, l'URSS impose aux pays de l'Europe de l'Est un système politique et économique calqué sur son modèle : c'est la naissance des démocraties populaires. En 1949, le CAEM (Conseil d'Assistance Economique Mutuelle) fonde les relations économiques entre ces pays, et en 1955, une alliance militaire, le pacte de Varsovie, scelle la domination de Moscou sur le monde communiste.
L'essentiel
Les Etats-Unis et l'URSS, alliés durant la Seconde Guerre mondiale, sont les deux grands vainqueurs du conflit. Mais la victoire commune ne permet pas de cacher bien longtemps les divergences profondes qui opposent les deux systèmes politique et économique. Dès 1945, la méfiance s'installe et aboutit à la rupture en 1947, suivie de la Guerre froide durant laquelle deux blocs irréconciliables ne parviennent plus à s'accorder.


La formation du bloc occidental

1. L'Europe sous l'aile américaine
a. Dans la dépendance américaine
Le retour à la paix, en 1945, n'interrompt en fait pas l'aide américaine à l'Europe, qui existe depuis la loi prêt-bail, décidée par les Etats-Unis en mars 1941. Dans un premier temps, après 1945, l'aide américaine se manifeste sous forme de prêts bilatéraux. Divers pays européens en bénéficient, pour un montant total supérieur à 12 milliards de dollars. A elle seule, la Grande-Bretagne en reçoit près du tiers. Mais ces prêts sont d'une part remboursables, d'autre part assortis de conditions sous forme de contreparties que le pays européen débiteur doit consentir à l'égard des Etats-Unis. Ainsi, la Grande-Bretagne doit, pour obtenir les quelques 3,75 milliards de dollars dont elle a besoin, renoncer progressivement au système de préférence impériale qui était une forme de protectionnisme économique dénoncé par les Etats-Unis. Elle doit également accepter le rétablissement de la convertibilité de la livre, suspendue en contradiction avec les accords de Bretton Woods signés en 1944. La France, comme contrepartie des 2 milliards de dollars prêtés par les Etats-Unis, accepte d'importer et de projeter chaque année un pourcentage minimum de films américains.
b. La volonté de faciliter la reconstruction européenne
Toutefois, cette politique d'aide bilatérale ne suffit pas. Les économies européennes sont beaucoup trop faibles pour pouvoir efficacement se redresser. La prise de conscience par les responsables américains du risque de voir l'Europe occidentale s'enfoncer durablement dans la pauvreté, et éventuellement de devenir ainsi une proie facile à l'expansion communiste, est à l'origine du plan Marshall. Ce désir de faciliter la reconstruction européenne est donc largement motivé par la volonté d'endiguer l'expansion communiste en Europe. Il va aussi redonner aux Européens le goût de la coopération. En effet, en subordonnant leur aide à la mise en place d'une instance de coordination, les Etats-Unis s'assurent du rétablissement des bonnes relations intra-européennes. C'est l'OECE, Organisation Européenne de Coopération Economique, créée en avril 1948, pour gérer la répartition des fonds Marshall qui va jouer ce rôle. Le mois précédent, cinq pays avaient pris une certaine avance : France, Royaume-Uni et Benelux avaient en effet signé le pacte de Bruxelles, créant ainsi une Union occidentale, destinée à resserrer leurs liens dans les domaines culturel, économique mais aussi militaire. Cette Union occidentale est, l'année suivante, l'inspiratrice du Traité de l'Atlantique nord.
2. L'Europe atlantique
a. L'Europe des Six : résolument atlantique
L'aggravation de la Guerre froide fait sentir, en 1949, la nécessité pour les Européens de resserrer leurs liens, tant ils sont directement sous la menace soviétique. Se pose également la question du retour de l'Allemagne, du moins de la RFA, sur la scène internationale, retour à la fois souhaité et redouté par les Français. C'est de cette crainte et de ce souhait que va naître l'Europe des Six, mais en réponse aux souhaits des Etats-Unis. Au printemps 1950, alors que le plan Marshall se révèle être un franc succès, les responsables américains affirment leur volonté de voir la coopération européenne s'accentuer et demandent aux Européens d'envisager des initiatives en ce sens. Hélas, les responsables européens peinent à trouver des idées. Toutefois, Jean Monnet, à l'époque haut-commissaire au Plan en France, propose à Robert Schuman, ministre des Affaires étrangères français, de se faire le porteur d'un projet de Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier. Proposée en mai 1950, cette CECA reçoit l'accord du Benelux, de l'Italie et de l'Allemagne. Avec la France, elle forme l'Europe des Six. Organisme supranational, la CECA offre à la France des garanties pour le retour de l'Allemagne sur la scène internationale. Pour les Etats-Unis, elle constitue un pas vers une intégration européenne plus large, le tout dans un cadre résolument libéral et atlantique. Il faut préciser que les principaux acteurs de la mise en place de la CECA, à commencer par Monnet et Schuman en France, mais également Adenauer en Allemagne, sont de fervents démocrates-chrétiens – tout comme les hommes au pouvoir en Italie et au Benelux –, c'est-à-dire résolument opposés au communisme.
b. La CED ou l'échec d'une tentative d'autonomie défensive
Mais la création de la CECA – qui s'avère une réussite – ne règle pas un problème majeur, celui du réarmement allemand. Ce sont les Etats-Unis, inquiets du voisinage du bloc soviétique, qui soulèvent la question d'un nécessaire réarmement de l'Allemagne. Cette question suscite de vives craintes en France notamment. L'idée d'élaborer une autorité supra-nationale dans le domaine de la défense, à l'instar de la CECA naît alors. Ainsi, le 27 mai 1952, les six membres de la CECA signent le traité de Communauté Européenne de Défense (CED). Mais ce traité doit être ratifié par les parlements nationaux. Et il suscite de vives oppositions, notamment chez les communistes italiens et français qui y voient une menace directe contre le bloc soviétique. En 1954 finalement, les parlements français et italien refusent de ratifier le traité et consacrent ainsi l'abandon de toute idée de défense européenne autonome. L'année suivante, le réarmement allemand se fait finalement dans le cadre de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) ; la coopération militaire envisagée au sein de la CED devient l'apanage de l'OTAN. Il importe toutefois de considérer que l'OTAN est sous la domination américaine, en particulier parce que ses statuts prévoient que le haut-commandement militaire de l'OTAN revienne obligatoirement à un militaire américain.
L'essentiel
Face à la mise en place progressive du bloc soviétique, il apparaît nécessaire aux Etats-Unis de renforcer leurs liens avec les pays européens. On assiste finalement à la formation d'un véritable bloc occidental. L'OTAN y joue un rôle de pièce maîtresse ; les prémices de la construction européenne se font dans le cadre d'une Europe résolument tournée vers une politique atlantiste.



L'année 1956 : un tournant dans les relations internationales

1. Les soubresauts du bloc soviétique
a. La déstalinisation
En février 1956 s'ouvre le XXe congrès du Parti communiste soviétique. Khrouchtchev, qui s'est imposé l'année précédente à sa direction et à la tête de l'Union soviétique, y présente un rapport secret qui change le visage de l'idéologie soviétique. En effet, il y dénonce les dérives staliniennes de la période précédente : le culte de la personnalité, la tendance au totalitarisme, etc. C'est l'ouverture de la déstalinisation.
Rendue nécessaire par les évolutions de l'année précédente (conférence de Bandung ; réconciliation soviético-yougoslave), cette déstalinisation est un virage majeur dans le cours de l'idéologie soviétique : Khrouchtchev et ceux qui l'entourent estiment que la rivalité avec les Etats-Unis doit prendre un autre visage que la confrontation militaire larvée et entendent privilégier les aspects économiques. Pour eux, alors que le Tiers Monde naissant semble opter pour une troisième voie, il importe de poser l'Union soviétique non comme un modèle autoritaire mais comme un modèle de réussite. Ainsi, Khrouchtchev entend que l'économie soviétique dépasse l'économie américaine au début des années 1980.
Dans les faits, la déstalinisation ouvre un relatif espace de liberté aux individus. Dans les démocraties populaires, on assiste à la libération de responsables emprisonnés au moment de la prise en main stalinienne et de la dénonciation du titisme. Symboliquement, l'organe de contrôle des partis communistes européens dont disposait l'Union soviétique, le Kominform, est dissous en avril 1956. Un certain vent de liberté semble souffler sur le monde communiste européen. Mais la tragédie hongroise et la crise polonaise rappellent au monde qu'il existe une certaine logique de blocs.
b. La tragédie hongroise et la crise polonaise
Le vent de la déstalinisation semblait inciter les pays communistes européens à s'orienter vers une plus grande indépendance nationale et vers des structures économiques et politiques moins contraignantes. En Pologne, on assiste ainsi à la réhabilitation d'anciens responsables, dont Gomulka, ancien secrétaire général du parti ouvrier, arrêté en 1951 et emprisonné depuis cette date. En juin 1956, la ville de Poznan voit se dérouler une série d'émeutes ouvrières. La répression par l'armée fait cinquante morts. Quelques mois plus tard, après nombre de manifestations et d'agitations populaires, en octobre, Gomulka accède à la direction du parti communiste polonais et à celle du pays.
Les événements de Hongrie ont été beaucoup plus dramatiques. Tout débute en juillet 1956 lorsque les intellectuels du parti communiste hongrois, profitant de la déstalinisation lancée par Khrouchtchev, évincent le stalinien Rakosi de la direction du parti. Son successeur, Janos Kadar, veut apaiser l'opinion publique en réhabilitant Rajk, victime de la stalinisation quelques années plus tôt. Mais en octobre 1956, à la faveur des événements polonais, les Hongrois se soulèvent contre le pouvoir communiste. Un communiste libéral, Imre Nagy, prend la tête du pays où l'insurrection s'étendait. Après une période de flottement et une série de décisions du gouvernement de Nagy hostiles à l'Union soviétique (annonce du départ de la Hongrie du pacte de Varsovie et de la neutralité de la Hongrie notamment), le 4 novembre 1956, les troupes soviétiques pénètrent dans Budapest. La répression fait 25 000 morts et entraîne des dizaines de milliers d'arrestations, dont celle d'Imre Nagy qui est exécuté en 1958. Kadar reprend la tête du pays. L'ensemble des pays communistes approuve l'intervention soviétique tandis que l'Ouest n'a pas bougé d'un pouce : dans une dynamique d'affrontement de bloc à bloc, l'insurrection hongroise est une affaire interne au bloc soviétique...
2. Le Proche-Orient sur la scène internationale
a. Le conflit israélo-arabe
La naissance de l'Etat d'Israël, en mai 1948, a abouti à un premier conflit israélo-arabe qui voit la victoire israélienne. Depuis lors, les tensions ne se sont guère apaisées. En septembre 1956, les incidents entre forces israéliennes et jordaniennes, le long de la frontière commune aux deux pays, se multiplient.
Israël s'inquiète également des évolutions en cours en Egypte depuis la révolution égyptienne de 1952 et l'arrivée au pouvoir de Nasser en 1954. En effet, Nasser quoique se posant comme l'un des chefs de file de ce qui va devenir le non-alignement, entretient des liens étroits avec l'Union soviétique. Désireux de jouer une politique d'équilibre entre Etats-Unis et Union soviétique, tentant d'emprunter aux premiers de quoi financer le développement économique de son pays, soutenant la démarche anti-colonialiste des seconds, Nasser doit finalement constater que les Etats-Unis n'acceptent pas de lui apporter leur aide financière. Ainsi, ils lui refusent toute aide dans son projet de construction d'un gigantesque barrage à Assouan. Nasser se tourne alors de plus en plus vers l'Union soviétique qui lui fournit un matériel militaire de plus en plus conséquent.
En octobre 1956, dans la nuit du 29 au 30, les responsables israéliens, se sentant menacés par les ambitions de Nasser, lancent Tsahal, l'armée israélienne à la conquête du Sinaï, zone désertique égyptienne longeant le canal de Suez et frontalière d'Israël. En quelques heures, les troupes israéliennes balayent l'armée égyptienne. Mais les combats se déroulent à proximité du canal de Suez, zone déjà très sensible depuis juillet 1956.
b. La crise de Suez
Construit par le Français Ferdinand de Lesseps, le canal de Suez est détenu et exploité conjointement par des intérêts français et britanniques. En juillet 1956, cet ordonnancement est remis en cause par Nasser qui, pour se procurer les ressources nécessaires au financement de ses projets de développement économique, décide la nationalisation du canal. Les gouvernements français et britannique annoncent leur réprobation. Le conflit israélo-égyptien du mois d'octobre 1956 leur fournit l'occasion de passer de la réprobation à l'action.
Début novembre, après avoir lancé un ultimatum demandant aux belligérants, Egypte et Israël, de se retirer de la zone du canal, un corps expéditionnaire franco-britannique débarque finalement à Port-Saïd, Suez et Ismaïlia. Les troupes égyptiennes déjà désorganisées par l'attaque israélienne (dont on suppose généralement qu'elle fut concertée avec les Français et les Britanniques) laissent le contrôle du canal au corps expéditionnaire. L'Union soviétique soutient aussitôt l'Egypte et lance un ultimatum à Israël, au Royaume-Uni et à la France : si ceux-ci ne renoncent pas à leur agression contre l'Egypte, elle utilisera contre eux l'arme atomique. Les Etats-Unis, loin de soutenir leurs Alliés, font au contraire pression sur eux afin de faire retomber la tension. Finalement, Britanniques et Français renoncent et rappellent leurs troupes.
Leur influence au Proche-orient vient d'être balayée devant les impératifs des relations entre les deux Grands, peu désireux d'entrer en guerre l'un contre l'autre pour des questions qu'ils jugent secondaires. L'Union soviétique peut se poser en défenseur du monde arabe et Nasser, militairement vaincu, obtient un prestige international et semble vainqueur sur le plan politique. Mais surtout, France et Royaume-Uni comprennent que le jeu international est définitivement celui des deux Grands et qu'il n'y a plus de place pour les puissances moyennes qu'ils sont tous deux devenus.
L'essentiel
La mise en place, en 1953, de la coexistence pacifique semblait permettre un nouveau cours des relations internationales. Mais en 1956, divers événements rappellent au monde la logique de blocs.


La crise des missiles de Cuba

1. Un contexte de tension accrue
a. Cuba : un quasi-protectorat américain passe au communisme
A la suite de l'intervention américaine dans la guerre hispano-cubaine, en 1898, Cuba est durablement entrée dans la zone d'influence directe des Etats-Unis, faisant figure de quasi-protectorat américain. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis y ont installé un régime dictatorial, dirigé par Batista, fortement corrompu et très lié à la mafia américaine qui détient là d'importants intérêts. En 1959, la situation cubaine change radicalement avec le triomphe des guérilleros de Fidel Castro. Ceux-ci prennent en effet La Havane, capitale de l'île, au terme d'une lutte de trois années.
Castro, jeune avocat nationaliste, est très vite rejeté par les Etats-Unis. Au départ, tout juste marqué par une légère influence marxiste, Castro souhaite seulement une plus grande indépendance de son pays à l'égard des Etats-Unis, avec lesquels il n'envisage toutefois pas de rompre. Mais ses décisions sociales et économiques lèsent d'importants intérêts américains. C'est le cas dans le secteur du tourisme, fortement marqué par l'influence de la mafia américaine, mais aussi dans le domaine agricole, largement dominé par des firmes américaines qui exploitent les plantations de l'île.
Aussi les responsables politiques américains se montrent-ils intransigeants à son égard et, faute d'obtenir de leur part des concessions, Castro se tourne vers l'Union soviétique tandis que la CIA américaine apporte son aide aux anti-castristes. En 1960, Cuba passe toute une série d'accords commerciaux avec l'Union soviétique et annonce la nationalisation des intérêts américains sur son territoire. Les Etats-Unis mettent alors Cuba sous embargo commercial et financier. L'Union soviétique annonce alors son intention de défendre l'île contre toute agression extérieure. L'année suivante, en 1961, une tentative d'invasion de l'île par les forces anti-castristes soutenus en sous-main par les services secrets américains tourne au désastre et à l'humiliation pour les Etats-Unis. C'est l'échec du débarquement de la baie des Cochons.
b. Une rivalité accrue entre les deux superpuissances
Au début des années 1960, malgré le climat de coexistence pacifique qui s'est instauré entre les deux superpuissances, des contentieux subsistent entre Union soviétique et Etats-Unis. Par ailleurs, les responsables soviétiques estiment avoir atteint la parité avec les Etats-Unis et s'enhardissent sur le plan international. En effet, depuis 1949 (première bombe A soviétique) et 1953 (première bombe H soviétique), les Etats-Unis n'ont plus le monopole nucléaire. Depuis le lancement du premier Spoutnik (1957), l'Union soviétique a acquis de réelles compétences dans le domaine spatial, encore balbutiant, qu'elle semble dominer. Ces compétences sont directement utilisables dans le domaine militaire avec la mise au point de fusées capables de porter l'arme nucléaire. Il ne suffit pas en effet de détenir l'arme nucléaire, il faut aussi avoir la capacité de la transporter chez l'adversaire. A la différence des Etats-Unis, l'Union soviétique ne dispose pas, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, d'une maîtrise du secteur aérien. Les responsables soviétiques ont donc beaucoup misé sur la maîtrise du secteur spatial pour disposer de cette capacité à transporter des ogives nucléaires au cœur du territoire adverse. Au début des années 1960, les Etats-Unis conservent donc une supériorité stratégique mais ont perdu un avantage comparatif en ce domaine. Cela est d'autant plus important qu'apparaît également un autre pôle de l'arme nucléaire : le sous-marin lanceur d'engins. Or, sur cette nouvelle technologie, Américains et Soviétiques sont à peu près à parité.
2. La diplomatie du bord du gouffre
a. La dramatisation de la crise
La crise débute le 14 octobre 1962 lorsque des avions espions américains volant à très haute altitude au-dessus du territoire cubain photographient des rampes de lancement en cours d'installation, destinées à recevoir des missiles balistiques à moyenne portée (IRBM). Mis au courant deux jours après, le président Kennedy apprend en même temps que des cargos soviétiques font route vers Cuba, transportant des fusées nucléaires ainsi que du matériel militaire.
A vrai dire, l'éventuelle mise en place de ces matériels ne changerait pas fondamentalement le rapport de forces entre les deux superpuissances. Les Etats-Unis conservent un réel avantage stratégique avec des forces nucléaires plus performantes et plus facilement déployables. Mais sur le plan psychologique, une telle mise en place serait désastreuse : la portée de ces missiles IRBM leur permettrait, depuis Cuba, d'atteindre une bonne partie du territoire américain, notamment la côte est, et au premier chef, la Floride. Et surtout, ce déploiement serait fait en violation totale des engagements de non-dissémination de l'arme nucléaire pris par les deux superpuissances. L'Union soviétique prétend, elle, que ces armes sont strictement défensives et destinées à prémunir Cuba de toute intervention comparable à celle de la baie des Cochons.
Le 22 octobre, dans un discours télévisé, Kennedy annonce qu'il fait interdiction aux navires soviétiques de débarquer du matériel militaire à Cuba et que tout lancement de missile depuis Cuba contre quel que pays que ce soit serait interprété comme un acte de guerre contre les Etats-Unis et entraînerait immédiatement une riposte nucléaire. Kennedy a choisi la voie de la diplomatie du bord du gouffre : il explique ainsi à ses concitoyens que l'Amérique ne veut pas la guerre mais qu'elle est prête à la faire si la menace devient plus pressante. L'opinion publique américaine approuve massivement cette politique qui reçoit également un soutien massif des Alliés européens.
b. Un heureux dénouement
En fait, Kennedy a choisi la voie du bras de fer mais en veillant à ne pas faire perdre la face aux Soviétique, tout particulièrement à Khrouchtchev. Le choix d'une intervention télévisée pour annoncer les mesures prises peut d'ailleurs s'expliquer ainsi : dans une situation d'urgence, il n'existe alors aucun moyen de contact direct entre les deux responsables des deux superpuissances, hormis les voies diplomatiques officielles qui sont d'une certaine lenteur. Or – et c'est le moment où l'on en prend conscience – de telles situations sont des situations d'urgence où le contact doit être direct et immédiat. En intervenant à la télévision, Kennedy s'est donc donné un moyen de délivrer rapidement et relativement directement son message à Khrouchtchev, tout en lui laissant un peu plus de temps pour prendre une décision. Finalement, le 28 octobre 1962, Khrouchtchev annonce que les cargos soviétiques font demi-tour. En échange, les Etats-Unis acceptent de lever le blocus de l'île et promettent de ne pas l'envahir ou de ne pas soutenir une éventuelle tentative d'invasion. La crise s'interrompt alors. Kennedy obtient là un réel succès personnel et jouit alors d'un considérable prestige international. Khrouchtchev – dont les motifs sont toujours assez obscurs – essuie au contraire un échec personnel, échec qui nourrit la contestation interne en Union soviétique contre lui.
L'essentiel
En 1962, pendant quelques jours, le monde semble au bord de la guerre entre les deux superpuissances. Née du passage pour Cuba d'une dépendance à l'égard de l'empire américain au communisme, la crise des missiles de Cuba marque une rupture dans le cours de la Guerre froide avec la prise de conscience des risques de conflit nucléaire entre les deux Grands.



L'émancipation des peuples du Tiers Monde

1. Les facteurs de la décolonisation
a. Les élites des peuples colonisés aspirent à l'indépendance
Dès avant la Seconde Guerre mondiale, une élite issue des peuples colonisés demande des réformes. Ces hommes, souvent formés en Europe (l'Indien Nehru), sont sensibles aux inégalités qui règnent dans les colonies (partage des terres par exemple) et reprennent les idées européennes, liberté et droits de l'homme, pour justifier la contestation.
b. Le contexte international favorise l'accession à l'indépendance
Le contexte international favorise l'accélération de cette contestation : affaiblies par la guerre, les puissances européennes ont perdu de leur prestige. De plus, la charte de l'Atlantique (1941) affirme le droit des peuples à choisir leur gouvernement. Enfin, les deux Grands encouragent les colonies à manifester leur désir d'indépendance, notamment pour affaiblir la France et la Grande-Bretagne.
2. Les phases et les modalités de la décolonisation : négociations et guerres
a. La décolonisation de l'Asie
La première phase de la décolonisation a lieu en Asie (1945-1956). Globalement, elle se déroule pacifiquement par la négociation. L'empire britannique des Indes, en 1947, est partagé en deux Etats indépendants : l'Union indienne (hindouisme) et le Pakistan (islam). La violence accompagne l'indépendance des Indes néerlandaises en 1949. C'est une véritable guerre coloniale qui a lieu en Indochine française.
b. La décolonisation de l'Afrique
La deuxième phase concerne l'Afrique (1956-1975). La Tunisie et Le Maroc, sans violence, deviennent indépendants. La France tente en vain, de 1954 à 1962, d'empêcher la création d'une Algérie indépendante. L'Afrique noire est décolonisée sans violence sauf dans quelques cas, le Kenya par exemple. Mais des guerres civiles ont parfois ensanglanté certains Etats après l'indépendance comme au Congo belge.
3. Du Tiers Monde aux Tiers Mondes
a. Tiers Monde et non-alignement
L'Inde indépendante joue un rôle majeur dans la lutte contre le colonialisme : elle dirige en 1955 la conférence de Bandung qui clame le droit des peuples à l'indépendance et constitue la première tentative pour former un groupe de pays pauvres mais influents. En 1961, à Belgrade, une conférence organisée par l'Inde, l'Egypte et la Yougoslavie définit la notion de non-alignement : certains Etats refusent de choisir entre les deux blocs et rejettent la logique d'affrontement issue de la Guerre froide. Cette troisième voie est un échec sur le long terme.
b. Du Tiers Monde aux Tiers Mondes : la diversité des situations
Dès la conférence de Bandung, le problème du développement économique est posé. De fait, chacune des anciennes colonies doit faire face à de multiples problèmes : explosion démographique, agriculture archaïque, développement économique insuffisant. La crise de 1973, en faisant éclater la dépendance du Nord vis-à-vis d'un des Sud(s), aggrave en fait la situation des pays les plus pauvres dont la dette s'alourdit.Depuis, malgré les crises et les difficultés, les pays d'Asie connaissent un réel essor économique, plus satisfaisant qu'en Afrique.
L'essentiel
A partir de 1945, la Grande-Bretagne, la France et les autres puissances coloniales doivent accepter un des processus historiques majeurs du XXe siècle : la décolonisation. Elle a lieu d'abord en Asie puis en Afrique et se déroule pacifiquement ou dans le sang. Les nouveaux pays indépendants, une partie du Tiers Monde, ont tenté de se regrouper pour avoir un poids dans la vie politique et économique mondiale. Mais la variété des situations invite, à la fin du XXe siècle, à plutôt parler des Tiers Mondes.

Maroc et Tunisie : quand la France choisit l'émancipation

1. Maroc et Tunisie : deux colonies à part
a. Un statut de protectorat
A la différence de l'Algérie voisine, seule véritable colonie de peuplement français, Maroc et Tunisie sont des protectorats. Ainsi, selon le droit international, les deux pays ont conservé leur personnalité politique. En théorie, seules leurs relations extérieures relevaient de la tutelle française. Dans la pratique, les Français, établis en grand nombre dans ces deux pays, disposaient également des leviers économiques du pays et possédaient ainsi une influence politique non négligeable qu'ils conservèrent après la Seconde Guerre mondiale : en 1946, la Constitution de la IVe République avait exclu Maroc et Tunisie du statut d'Etat associé à l'Union française car ces deux pays ne constituaient pas des colonies au même titre que l'Indochine par exemple.
b. La force des nationalismes marocain et tunisien
Cette singularité des statuts tunisien et marocain n'était sans doute pas pour déplaire aux nationalistes des deux pays. A la différence, là encore de l'Algérie voisine, Tunisie et Maroc ont, dès les années 1930, une réelle présence nationaliste qui revendique l'indépendance plutôt qu'une évolution du statut vers plus d'autonomie interne. D'ailleurs, au moment de l'élaboration de la Constitution de 1946, les nationalistes tunisiens et marocains se déclarèrent très défavorables à l'Union française car elle ne prévoyait pas d'indépendance à terme pour les colonies françaises. Or cette dernière est, dès le départ, l'objectif de ces mouvements nationalistes marqués par deux organes : l'Istiqlal, d'une part, parti indépendantiste marocain et le Neo-Destour, d'autre part, parti nationaliste tunisien dirigé par Habib Bourguiba.
2. La marche vers l'indépendance
a. Au Maroc
En avril 1947, le sultan du Maroc Mohamed V, lors d'une cérémonie officielle, omet volontairement de rendre hommage à la France. Cette initiative, destinée à montrer son adhésion aux thèses nationalistes, conduit le gouvernement français à remplacer son représentant au Maroc, jugé trop libéral, par le général Juin qui tente de mettre en place une administration directe de la colonie et ainsi, de rogner sur le statut de protectorat. Pendant plusieurs années, Juin et son successeur, un autre militaire, le général Guillaume, s'opposent au sultan sur la question de l'administration du pays. La position du sultan renforce sa popularité et le rapproche du parti indépendantiste. Des manifestations populaires agitent périodiquement le pays.
En 1953, un tournant a lieu : le représentant du gouvernement, s'appuyant sur le pacha de Marrakech, hostile au sultan, obtient du gouvernement français l'emprisonnement du sultan et sa déportation à Madagascar. Les manifestations populaires se font alors plus vives et on assiste au développement d'un terrorisme indépendantiste qui ajoute l'insécurité à la confusion politique. Devant une situation qui se dégrade sans cesse et alors que débute le conflit algérien qui mobilise les forces françaises, le gouvernement français décide finalement de négocier. En 1955, après deux années d'internement, le sultan Mohamed V est donc libéré et obtient le droit de rentrer à Rabat. Le traité de protectorat est aboli et des négociations aboutissent rapidement à l'indépendance prononcée le 20 mars 1956.
b. En Tunisie
Formé en France durant ses études, Habib Bourguiba est la grande figure du nationalisme tunisien des années 1940. Il rejette l'autonomie interne comme une fin en soi, considérant qu'elle n'est qu'une première étape vers l'indépendance de la Tunisie. Si dans un premier temps, l'attitude de la France avait pu faire croire aux nationalistes qu'elle s'orientait vers cette voie, en 1951, la volonté du gouvernement français de mettre en place une co-souveraineté franco-tunisienne sur le pays crée une réelle déception chez les nationalistes. Cette notion de co-souveraineté constitue même un recul par rapport au statut de protectorat car elle prévoit une souveraineté partagée sur l'administration interne du pays. Les nationalistes entrent alors dans la clandestinité et dans l'action armée. Là encore, le tournant se situe en 1953-1954. Devant le développement des actions armées et alors que la France, après l'humiliation indochinoise, doit concentrer ses forces sur la question algérienne, le gouvernement français – notamment sous la houlette de Pierre Mendès France – change de position. Ainsi, en juillet 1954, dans son discours de Carthage, Pierre Mendès France se prononce pour l'octroi de l'autonomie interne, premier pas vers l'indépendance. Et, après l'indépendance marocaine en mars 1956, Bourguiba exige l'indépendance de la Tunisie. Il l'obtient le 15 juin 1956.
L'essentiel
Maroc et Tunisie forment deux pièces essentielles de l'Empire colonial français en Afrique du Nord. Quoique disposant d'un statut particulier, ils sont agités par de forts mouvements nationalistes qui parviennent à leur faire obtenir l'indépendance.


La force des mouvements nationalistes après la Seconde Guerre mondiale

1. De profonds changements dans les sociétés coloniales
a. La force des mouvements nationalistes
Avant la Seconde Guerre mondiale, les mouvements nationalistes se sont développés sous l'impulsion de nouvelles élites indigènes. Ces élites ont été souvent formées à l'école de l'Occident mais se voient exclues des responsabilités politiques et administratives des colonies. Gandhi, leader de l'émancipation indienne, a fait ses études d'avocat au Royaume-Uni. Nehru, autre figure historique du nationalisme indien, est arrivé en Grande-Bretagne à l'âge de seize ans et a fait ses études à Cambridge. Fehrat Abbas, l'un des auteurs du Manifeste du peuple algérien, était pharmacien. Habib Bourguiba, leader nationaliste tunisien, a étudié le droit en France. Ces élites reprennent en fait à leur compte les idéaux de démocratie et de liberté développés en Occident.
b. D'importantes tensions sociales
Le début de l'envolée démographique qui se produit dans les colonies au cours des années qui précèdent la Seconde Guerre mondiale entraîne des tensions sociales de plus en plus importantes. L'introduction, dans les années 1930, des techniques médicales occidentales entraîne un début de baisse de la mortalité dans les colonies. La natalité restant élevée, on assiste à une hausse de l'accroissement naturel. Insensiblement, les pays colonisés d'Afrique et d'Asie entrent dans la transition démographique. En dix ans, du milieu des années 1930 au milieu des années 1940, Dakar passe de 53 000 à 132 000 habitants. Or, les économies coloniales ne peuvent supporter le croît humain. Les tensions se font vives, en particulier sur la question de possession des terres agricoles dans les colonies de peuplement mais aussi dans les colonies d'exploitation où la terre n'est pas forcément détenue par des colons implantés mais par des sociétés qui exploitent des cultures industrielles, tel l'hévéa (arbre à caoutchouc) en Indochine.
2. L'anticolonialisme des grandes puissances
a. Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes
Elaborée en 1941, la charte de l'Atlantique met en place le principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et en particulier à choisir eux-mêmes la forme de gouvernement qui leur convient. Elle exige également que « soient rendus les droits souverains et le libre-exercice de gouvernement à ceux qui en ont été privés par la force ». Lorsqu'ils élaborent ce principe, Américains et Britanniques songent surtout aux pays européens qui ont été privés de leur libre-détermination par la mainmise nazie. Mais la charte des Nations-Unies, adoptée à la conférence de San Francisco, en 1945, reprend ces dispositions et principes. C'est sur la base de ces principes et dispositions que les mouvements nationalistes trouvent une nouvelle vigueur, d'autant que les métropoles ont largement utilisé leurs colonies durant le conflit.
b. Des positions idéologiques profondément anticolonialistes
L'anticolonialisme des deux superpuissances constitue un autre facteur, déterminant, de l'évolution en faveur de l'émancipation des colonies. L'Union soviétique se déclare « adversaire de l'oppression coloniale nationale et de l'exploitation coloniale sous toutes ses formes ». L'idéologie communiste se veut anticolonialiste dès son origine et nombre de mouvements nationalistes se réclament d'elle. A partir de 1949 et de la victoire de Mao, le mouvement communiste international est renforcé par le basculement de la Chine dans le communisme. Dès lors, la Chine devient un ardent soutien pour les mouvements nationalistes asiatiques. Côté Etats-Unis, les colonies constituent une entrave à leur rayonnement économique. Abattre les empires coloniaux européens est un moyen de lever les barrières douanières et d'ouvrir aux Etats-Unis l'accès aux matières premières et aux marchés coloniaux. Aussi, lorsque, dans certains cas ponctuels, les Etats-Unis interviennent pour aider un pays européen engagé dans un conflit colonial, ce n'est pas pour défendre le colonialisme mais pour éviter toute avancée du communisme dans le cadre de la Guerre froide.
L'essentiel
La Seconde Guerre mondiale a été un tournant dans l'histoire des mouvements nationalistes. Elle a en effet tout d'abord montré combien les métropoles avaient besoin de leurs colonies durant le conflit – ces métropoles se trouvèrent donc contraintes de promettre des réformes une fois la guerre gagnée. Elle a ensuite permis l'émergence de deux superpuissances antagonistes mais dont le – seul peut-être – point commun est l'anticolonialisme.


La difficile prise de parole du Tiers Monde
1. Le non-alignement, une tentative avortée
a. La conférence de Bandung
En avril 1955 s'ouvre, à l'initiative notamment de l'Egyptien Nasser et de l'Indien Nehru, la conférence de Bandung (Indonésie). Vingt-neuf pays issus de la décolonisation récente y participent, représentant 50 % de la population mondiale mais seulement 8 % des richesses mondiales. Durant les débats, apparaît nettement la volonté, chez certains des participants, de se situer en marge des deux blocs. La résolution finale de la conférence fait finalement surgir l'idée d'une « troisième voie », neutraliste dans les confrontations des deux blocs. C'est la naissance de ce que l'on va appeler le Tiers Monde, par référence au tiers-état de la France d'Ancien Régime (c'est-à-dire ceux qui représentent le plus grand nombre mais sont dépourvus de droit politique et ne possèdent qu'une partie des richesses nationales) et à cette volonté de se situer dans une troisième voie.
b. Les ambiguïtés du non-alignement
Nasser, Nehru et Tito deviennent très vite les chefs de file de ce non-alignement et s'appliquent à lui donner à la fois vitalité et cohérence. A partir de 1956 se tiennent des conférences des pays non alignés qui sont l'occasion à chaque fois de faire entendre la voix de ces peuples. Toutefois, les non alignés, s'ils sont d'accord sur les grands principes, se divisent sur leur application. Ainsi, leur attitude vis-à-vis du communisme est-elle ambiguë. Si Nasser entend ne pas laisser à l'Union soviétique les mains libres sur le continent africain, il est malgré tout amené à se rapprocher d'elle pour assurer le développement de son pays. L'Inde refuse tout rapprochement avec l'Union soviétique mais choisit une voie socialiste de développement. C'est d'ailleurs le cas de nombreux pays non alignés comme Cuba par exemple. De fait, à partir de la fin des années 1970, pour ces pays – à commencer par Cuba –, le non-alignement se confond avec un soutien appuyé à l'Union soviétique au nom de la défense des intérêts socialistes.
2. Le Tiers Monde, enjeu des grandes puissances
a. Un terrain d'affrontement privilégié de la Guerre froide
Malgré l'établissement, au tournant des années 1950, de la coexistence pacifique et d'une réelle volonté de détente entre les deux blocs, la rivalité entre les deux superpuissances ne cesse pas. Au contraire, d'Europe, elle tend à se déplacer vers le Tiers Monde où elle prend des formes diverses. En particulier, les anciennes métropoles européennes s'appliquent à maintenir des liens de dépendance avec leurs anciennes colonies afin de défendre leurs intérêts économiques. Ces pays, comme la Belgique, le Royaume-Uni mais aussi la France, utilisent ainsi les rivalités ethniques. Dans le même temps, l'Union soviétique ou ses satellites, notamment Cuba, s'attachent à soutenir les mouvements marxistes qui tentent de renverser l'ordre politique instauré au moment de la décolonisation. Ainsi, dans les années 1970, l'Afrique – après l'Asie dans les années 1950-1960 – sombre dans la guerre. Que ce soit en Angola, en Somalie, en Erythrée, au Tchad, au Zaïre, en Rhodésie du Sud ou plus tard dans l'Afrique des Grands Lacs, le continent africain devient un terrain d'affrontement des grandes puissances.
b. Les tentatives d'organisation autonome
Pour résister aux interventions des grandes puissances et des anciennes puissances coloniales, les pays du Tiers Monde tentent de s'organiser de façon autonome. En 1963, est ainsi fondée l'OUA (Organisation de l'Unité Africaine) qui rassemble une cinquantaine d'Etats africains. Destinée à faire valoir les intérêts africains dans le monde et à servir d'instance de médiation dans les conflits qui peuvent survenir entre ses membres, l'OUA ne connaît pas véritablement le succès. L'ASEAN, Association des Nations d'Asie du Sud-Est, dont le but est de promouvoir le progrès économique et le bien-être rencontre également un relatif échec. Certes, les pays de l'ASEAN ont connu la croissance économique, au point que certains font figure de NPI, mais cette réussite reste précaire et surtout ne s'étend pas au domaine politique. Dans ce domaine, seule la Ligue arabe, créée dès 1945, a su s'imposer dans le concert des nations, à la faveur des conflits israélo-arabes.
L'essentiel
Le milieu des années 1950 est, avec la conférence de Bandung, marqué par la volonté de prise de parole des pays du Tiers Monde. Ceux-ci souhaitent opter pour une voie économique et politique à l'écart de celles proposées par les deux Grands. C'est le non-alignement, une position finalement difficile à tenir lorsque le Tiers Monde devient le théâtre de l'antagonisme des deux superpuissances.


La dislocation des blocs et le leadership américain
1. La fin de l'empire soviétique
a. La dislocation de l'Union soviétique
Gorbatchev, en tentant de rénover le système soviétique, conduit en fait ce dernier à sa dislocation. La multiplication des mesures destinées à responsabiliser les individus et à libéraliser l'économie se heurte aux résistances de la bureaucratie soviétique et à la Nomenklatura. Surtout, ces mesures désorganisent les circuits traditionnels tandis que le pays s'enfonce dans la crise économique ; le niveau de vie de le la population baisse.
En outre, la transparence politique (« Glasnost ») voulue par Gorbatchev ouvre la voie aux contestations internes. En 1988, une nouvelle Constitution est rédigée, elle prévoit des élections libres qui se déroulent en avril 1989. Gorbatchev, élu président de l'Union soviétique, semble contrôler la situation mais en réalité, radicaux, conservateurs et libéraux se déchirent pour le faire tomber. Au printemps 1990, les Etats baltes, annexés à l'Union soviétique depuis la Seconde Guerre mondiale, font sécession. Le pouvoir central, à Moscou, tempête et menace mais, comme à Berlin, quelques mois plus tôt, ne fait rien pour empêcher la sécession. L'Union soviétique se décompose : après les Etats baltes, ce sont les Républiques caucasiennes qui exigent leur indépendance. Mais surtout, le coup d'Etat manqué des conservateurs, en août 1991, ouvre une brèche vers le pouvoir à Boris Eltsine qui, seul, a su s'opposer au coup d'Etat. Gorbatchev est finalement contraint à la démission, au profit d'Eltsine. Le Parti Communiste d'Union soviétique, le KGB et l'Union elle-même sont dissous avant la fin de l'année 1991.
b. L'explosion de l'empire communiste
En 1989, on assiste à un véritable « Automne des peuples » encouragé par Gorbatchev lui-même. En effet, lors d'une réunion du pacte de Varsovie, en octobre 1989, ses responsables reconnaissent « le droit de chaque nation à décider de sa politique ». Dans toutes les démocraties populaires, on assiste à la fin du monopole du parti communiste, à l'organisation d'élections libres et à la mise en place de nouvelles institutions. En Pologne, en Hongrie ou encore en Bulgarie, les équipes communistes en place acceptent de répondre favorablement à la pression populaire. Mais dans d'autres pays, comme la Tchécoslovaquie ou la RDA, les dirigeants communistes tentent de s'opposer à la pression populaire. Le plus symbolique est sans doute ce qui se déroule à Berlin, le 11 novembre 1989, lorsque des milliers de Berlinois de l'Est entreprennent la destruction du mur qui sépare Berlin-Est de Berlin-Ouest depuis le début des années 1960. De 1989 à 1990, ce sont toutes les démocraties populaires qui s'émancipent de la tutelle de Moscou.
2. Les Etats-Unis : entre la suprématie et l'isolationnisme
a. La nécessité d'être le gendarme du monde
La Guerre du Golfe, en 1990, ou la crise Yougoslave révèlent la nécessité pour les Etats-Unis de jouer un véritable rôle de gendarme du monde. Lorsqu'il lance son attaque contre le Koweït, Saddam Hussein, dictateur irakien, compte sur l'immobilisme américain. Il joue aussi sur le fait qu'il a représenté, durant les dix années qu'a duré sa guerre contre l'Iran, le visage d'un islam laïc, proche de l'Occident. Mais ce calcul s'avère faux : déstabilisant une région considérée comme vitale pour les intérêts américains en raison de sa richesse en hydrocarbures, Saddam Hussein réussit à contraindre les Etats-Unis à réunir une coalition internationale sous l'égide de l'ONU.
En Yougoslavie, la situation est très différente. Le conflit semble devoir rester limité à la sphère européenne. Mais les tentatives des pays européens pour le résoudre échouent faute de pouvoir s'entendre sur des objectifs communs. Lorsque le conflit prend une intensité dénoncée par les opinions publiques internationales, en raison de la purification ethnique que les forces serbes déploient en Bosnie, il devient évident que seule une intervention américaine pourra apaiser la tension, d'autant que la Russie, au nom de la solidarité slave-orthodoxe, penche plutôt du côté serbe. La conférence de Dayton marque l'apogée de l'intervention diplomatique américaine avec la conclusion d'un accord entre Bosniaques et Serbes, sous l'autorité des Etats-Unis. Mais pour garantir la bonne application de l'accord, le déploiement de forces militaires, essentiellement américaines est prévu. Ce déploiement est réalisé sous la bannière de l'OTAN. Dès lors, les forces de l'OTAN – au premier rang desquelles les forces américaines – doivent intervenir militairement car le régime serbe ne respecte pas ses engagements, tant en Bosnie qu'au Kosovo.
b. La vaine tentation de l'isolationnisme
L'arrivée au pouvoir de Georges W. Bush, à la suite des élections présidentielles de 2000, marque un virage dans la diplomatie américaine. Conservateur, Bush est réservé sur le rôle mondial des Etats-Unis. Durant la campagne, il fait de son ignorance internationale un argument qui touche favorablement les électeurs américains. La Guerre du Golfe et celle du Kosovo avaient vu les militaires américains, peu désireux d'engager des citoyens américains dans des conflits jugés périphériques, déployer un concept de frappes aériennes massives. Avec G. W. Bush, le projet de bouclier spatial, ou IDS, est relancé. A nouveau, les Etats-Unis entendent sanctuariser leur territoire contre toute attaque de missiles. Vivement critiqué par leurs alliés, le projet est rendu caduc par les spectaculaires attentats du 11 septembre 2001. Pour la première fois depuis très longtemps, les Etats-Unis se voient à la fois directement atteints par les tensions internationales et doivent envisager un engagement direct.

L'essentiel
La volonté réformatrice du nouveau dirigeant soviétique, Gorbatchev, provoque la désagrégation de l'Union soviétique et emporte tout le bloc soviétique qui finit par exploser. Les Etats-Unis semblent alors rester la seule superpuissance, faisant figure de véritable gendarme du monde. Mais la tentation de l'isolationnisme américain réapparaît, vite contrebalancée par les effets de la montée de l'intégrisme islamique.


La difficile prise de parole du Tiers Monde
1. Le non-alignement, une tentative avortée
a. La conférence de Bandung
En avril 1955 s'ouvre, à l'initiative notamment de l'Egyptien Nasser et de l'Indien Nehru, la conférence de Bandung (Indonésie). Vingt-neuf pays issus de la décolonisation récente y participent, représentant 50 % de la population mondiale mais seulement 8 % des richesses mondiales. Durant les débats, apparaît nettement la volonté, chez certains des participants, de se situer en marge des deux blocs. La résolution finale de la conférence fait finalement surgir l'idée d'une « troisième voie », neutraliste dans les confrontations des deux blocs. C'est la naissance de ce que l'on va appeler le Tiers Monde, par référence au tiers-état de la France d'Ancien Régime (c'est-à-dire ceux qui représentent le plus grand nombre mais sont dépourvus de droit politique et ne possèdent qu'une partie des richesses nationales) et à cette volonté de se situer dans une troisième voie.
b. Les ambiguïtés du non-alignement
Nasser, Nehru et Tito deviennent très vite les chefs de file de ce non-alignement et s'appliquent à lui donner à la fois vitalité et cohérence. A partir de 1956 se tiennent des conférences des pays non alignés qui sont l'occasion à chaque fois de faire entendre la voix de ces peuples. Toutefois, les non alignés, s'ils sont d'accord sur les grands principes, se divisent sur leur application. Ainsi, leur attitude vis-à-vis du communisme est-elle ambiguë. Si Nasser entend ne pas laisser à l'Union soviétique les mains libres sur le continent africain, il est malgré tout amené à se rapprocher d'elle pour assurer le développement de son pays. L'Inde refuse tout rapprochement avec l'Union soviétique mais choisit une voie socialiste de développement. C'est d'ailleurs le cas de nombreux pays non alignés comme Cuba par exemple. De fait, à partir de la fin des années 1970, pour ces pays – à commencer par Cuba –, le non-alignement se confond avec un soutien appuyé à l'Union soviétique au nom de la défense des intérêts socialistes.
2. Le Tiers Monde, enjeu des grandes puissances
a. Un terrain d'affrontement privilégié de la Guerre froide
Malgré l'établissement, au tournant des années 1950, de la coexistence pacifique et d'une réelle volonté de détente entre les deux blocs, la rivalité entre les deux superpuissances ne cesse pas. Au contraire, d'Europe, elle tend à se déplacer vers le Tiers Monde où elle prend des formes diverses. En particulier, les anciennes métropoles européennes s'appliquent à maintenir des liens de dépendance avec leurs anciennes colonies afin de défendre leurs intérêts économiques. Ces pays, comme la Belgique, le Royaume-Uni mais aussi la France, utilisent ainsi les rivalités ethniques. Dans le même temps, l'Union soviétique ou ses satellites, notamment Cuba, s'attachent à soutenir les mouvements marxistes qui tentent de renverser l'ordre politique instauré au moment de la décolonisation. Ainsi, dans les années 1970, l'Afrique – après l'Asie dans les années 1950-1960 – sombre dans la guerre. Que ce soit en Angola, en Somalie, en Erythrée, au Tchad, au Zaïre, en Rhodésie du Sud ou plus tard dans l'Afrique des Grands Lacs, le continent africain devient un terrain d'affrontement des grandes puissances.
b. Les tentatives d'organisation autonome
Pour résister aux interventions des grandes puissances et des anciennes puissances coloniales, les pays du Tiers Monde tentent de s'organiser de façon autonome. En 1963, est ainsi fondée l'OUA (Organisation de l'Unité Africaine) qui rassemble une cinquantaine d'Etats africains. Destinée à faire valoir les intérêts africains dans le monde et à servir d'instance de médiation dans les conflits qui peuvent survenir entre ses membres, l'OUA ne connaît pas véritablement le succès. L'ASEAN, Association des Nations d'Asie du Sud-Est, dont le but est de promouvoir le progrès économique et le bien-être rencontre également un relatif échec. Certes, les pays de l'ASEAN ont connu la croissance économique, au point que certains font figure de NPI, mais cette réussite reste précaire et surtout ne s'étend pas au domaine politique. Dans ce domaine, seule la Ligue arabe, créée dès 1945, a su s'imposer dans le concert des nations, à la faveur des conflits israélo-arabes.
L'essentiel
Le milieu des années 1950 est, avec la conférence de Bandung, marqué par la volonté de prise de parole des pays du Tiers Monde. Ceux-ci souhaitent opter pour une voie économique et politique à l'écart de celles proposées par les deux Grands. C'est le non-alignement, une position finalement difficile à tenir lorsque le Tiers Monde devient le théâtre de l'antagonisme des deux superpuissances.


Les crises du nouvel ordre mondial
1. L'Europe, foyer de nouveaux conflits
a. Les conséquences de l'émiettement du monde communiste
Après la chute du mur de Berlin et la dislocation de l'Union soviétique, l'Europe voit resurgir des conflits qu'elle croyait oubliés depuis longtemps. Ce sont d'abord les conflits dans les Balkans. Outre le conflit yougoslave, réapparaissent d'importantes tensions autour de la Macédoine. Partagée entre la Grèce et un Etat indépendant, la région historique de Macédoine connaît dans les années 1990 des tensions relativement vives et des développements violents en 2001. La Grèce doit ainsi faire face à des revendications nationalistes d'une ampleur jamais connue jusqu'alors. D'autres pays de la région sont agités de conflits : la Turquie, à cheval entre l'Europe et l'Asie, souhaite adhérer à l'Union européenne mais doit faire face au violent mouvement nationaliste kurde. Pour tenter de juguler ce mouvement, le gouvernement turc utilise la voie d'une répression particulièrement violente.
D'une façon générale, les pays européens sont confrontés à d'importants irrédentismes au cours des années 1990. C'est le cas par exemple de la Tchécoslovaquie dont l'unité nationale avait pourtant résisté d'une part à la Seconde Guerre mondiale, d'autre part à l'invasion soviétique qui fit suite au Printemps de Prague. Ayant retrouvé son autonomie avec la disparition du bloc communiste, elle ne tarda pas à éclater en deux Etats indépendants : la République Tchèque d'une part (Prague), la Slovaquie d'autre part (Bratislava). Pourtant, ces deux pays, dont le destin fut uni durant des décennies et qui ont préféré retrouver leur indépendance (au point par exemple de ne pas avoir conservé de monnaie commune), sont tous deux ardemment candidats à l'adhésion à l'Union européenne.
b. La si longue crise yougoslave
Dans les conflits de la fin de la Guerre froide, la crise yougoslave occupe une place à part. Elle fut tout d'abord d'une rare violence. D'autre part, elle marqua symboliquement le nouvel ordre mondial des années 1990. Construction nationale purement fictive, l'unité de la Yougoslavie ne tenait depuis 1945 que grâce à l'emprise du régime communiste de Tito. La disparition de ce dernier entraîna rapidement des tensions internes, dans ce pays, composé de Bosniaques musulmans, de Serbes orthodoxes, de Croates catholiques, de Slovènes ou de Macédoniens. La constitution d'une fédération yougoslave sous l'égide du dictateur Milosevic ne permit que de maintenir les apparences de l'unité. Très vite, dès 1991, Slovénie et Croatie déclarèrent leur indépendance. Sous couvert de défendre les intérêts des Serbes, minoritaires dans ces pays, le gouvernement fédéral de Milosevic lança une série d'opérations militaires qui, de Croatie en Bosnie puis au Kosovo, firent revivre à l'Europe les pires heures de son histoire, notamment avec la mise en place de la purification ethnique. Impuissants à agir de façon concertée, les Européens durent finalement s'en remettre aux Etats-Unis et à l'OTAN pour résoudre le conflit. Ainsi, malgré la fin de la Guerre froide, les Etats-Unis restent le protecteur tutélaire de l'Europe.
2. Hors d'Europe : la guerre continue
a. La reprise des tensions au Proche-Orient
Le Proche-Orient vit se dérouler dans les années 1990-2000 des crises majeures. Ce fut tout d'abord la guerre du Golfe, en 1990. L'Irak, désireux de solder le contentieux qu'il avait avec le Koweït limitrophe suite à la guerre Iran-Irak, envahit son voisin, déstabilisant ainsi les équilibres précaires d'une région essentielle aux yeux des Occidentaux en raison de ses richesses pétrolières. Très vite, sous l'égide des Etats-Unis et sous couvert de l'ONU, une coalition internationale intervint au Koweït, en chassant les troupes irakiennes. L'Irak fut alors mis sous embargo mais le régime de Saddam Hussein, tant dénoncé par les Occidentaux fut laissé en place.
La reprise des hostilités entre Palestiniens et Israéliens participe de la relance des tensions au Proche-Orient. Pourtant, les diverses tentatives de conciliation qui, des accords de Camp David à ceux d'Oslo, avaient vu le dialogue se renouer, semblaient aboutir : lsraël consentait notamment à la constitution d'une autorité palestinienne à laquelle il acceptait d'octroyer une partie des territoires occupés. Mais une série de maladresses, notamment nées des ambitions de certains courants politiques israéliens devaient finalement interrompre le processus de paix et relancer, en 2000, l'Intifada.
b. L'Asie centrale : un nouveau foyer de crise
Longtemps ignorée du jeu des relations internationales, l'Asie centrale est redevenue une zone chaude à la faveur de la guerre d'Afghanistan menée par l'Union soviétique. Les Etats-Unis, dans leur souci de mener un nouveau containment, aidèrent ainsi le Pakistan à se doter d'un régime autoritaire mais aussi à implanter en Afghanistan un mouvement de résistance considérable. Après le retrait des forces soviétiques, en 1989, le conflit devint une véritable guerre civile entre les factions rivales. Forts du soutien pakistanais, les islamistes afghans radicaux prirent le pouvoir à Kaboul et tentent d'exporter depuis lors leur conception d'un islam radical dans les pays voisins.
L'essentiel
La fin de la Guerre froide, décrétée en 1989 par les deux superpuissances, n'a pas, contrairement aux espoirs, marqué le début d'une période de paix. Au contraire, dans un nouvel ordre mondial empreint de la suprématie de la puissance américaine, de nombreux conflits se développent, tant en dehors de l'Europe qu'à l'intérieur.


Les conflits israëlo-arabes de 1945 à 1973
Berceau des trois grandes religions monothéistes, terre trois fois sainte, la Palestine est une terre partagée et revendiquée depuis plusieurs siècles. Les racines historiques sont nombreuses : chassés d’Egypte, les Hébreux, sous la conduite de Moïse, se réfugient en Palestine où ils créent le premier Etat d’Israël. Refusant la tutelle romaine, les Juifs s’exilent et se dispersent à travers le monde : la diaspora.
1. Les origines du conflit
a. Une terre pour deux peuples ; une terre trop promise ?
Deux communautés en 1945 : 1 250 000 Arabes et 560 000 Juifs.
Jusqu’en 1945, une situation déjà rendue complexe par la présence anglaise.
Depuis 1516, l’Empire ottoman règne sur la région. La Grande Bretagne obtient un mandat sur la Palestine, confié par la SDN, en 1922. Elle mène alors la politique du « diviser pour régner ». Ecartelés entre les pressions du monde arabe et celles de la diaspora juive, les Britanniques promettent l’indépendance et la constitution d’un grand royaume arabe (Lawrence d’Arabie). Ils soutiennent également les théories sionistes, exposées notamment par le hongrois Théodore Herzl qui préconise la fondation d’un Etat juif en Palestine. C’est dans cet esprit que le ministre des Affaires Etrangères britannique, Arthur Balfour, rédige une lettre, « déclaration de Balfour », en 1917, adressée à un magnat de la finance juive, lord Walter Rotschild, soutenant la revendication sioniste de création d’un Foyer national juif en Palestine. L’émigration juive est favorisée et même renforcée avec l’arrivée au pouvoir des nazis, bien qu’elle rencontre l’hostilité de la majorité de la population arabe (révolte de 1936).
Puis en 1939, les Anglais changent de position : ils prévoient la création d’un Etat palestinien indépendant et mènent une politique de restriction drastique de l’immigration juive.
b. Le choix du partage et la naissance d’Israël
Le rôle de la Deuxième Guerre mondiale
Le choc de la révélation de la Shoah et la mauvaise conscience européenne relancent l’idée de création d’un Etat juif. La Ligue Arabe (Egypte, Irak, Syrie, Liban, Transjordanie, Arabie Saoudite), fondée en 1945, affirme sa sympathie pour les martyrs juifs mais refuse que les Palestiniens paient la réparation à la place des Européens.
Une décolonisation devenue ingérable pour les Anglais
La situation devient ingérable pour les Britanniques qui durcissent leur position face à la relance de l’émigration juive vers la Palestine (cf. l’épisode de l’Exodus). L’opinion publique soutient cette migration.
Les Anglais sont, par ailleurs, confrontés à la guérilla terroriste juive de l’Irgoun (organisation militaire clandestine juive fondée en 1937 pour lutter contre les Arabes et contre les Anglais qui occupent la Palestine ; dissoute en 1948) et à la milice de la Haganah qui multiplient les actions comme l’attentat à Jérusalem contre l’hôtel King David, siège du QG britannique qui fait 110 morts.
Conséquence : le dossier est confié à l’ONU.
Plan de partage décidé par ONU et les Grands en novembre 1947
La résolution 181 de l’ONU, appuyée par les Etats-Unis et l’URSS, propose un plan de partage en 3 parties : * un Etat juif : Galilée orientale, longue bande côtière et désert de Néguev.* un Etat arabe : Galilée occidentale, centre de la Palestine avec Samarie et Judée, région de Gaza et ouest du Néguev.* Jérusalem, ville trois fois sainte est internationalisée, sous contrôle des Nations Unies.
Le partage est relativement favorable aux Juifs : 55% du territoire pour 30 % de la population.
Le 14 mai 1948, l’indépendance d’Israël est proclamée par Ben Gourion. L’immigration prend de l’ampleur favorisée par la loi du Retour de 1950, qui autorise tout Juif qui en fait la demande de rejoindre Israël.
c. Un antagonisme cristallisé par la 1re guerre (mai 1948- janvier 1949)
Le refus des pays arabes du plan de partage de 1947
Ce refus des Etats arabes de reconnaître le plan de l’ONU conduit à la guerre en 1948-1949 : Israël est attaquée par les Etats arabes voisins (Egypte, Jordanie et Syrie) le lendemain de sa proclamation d’indépendance. Sa victoire est favorisée une supériorité militaire, le soutien des deux Grands (livraison d’armes soviétiques).
Conséquences : * 1re extension territoriale d’Israël aux dépens de la Palestine (78% au lieu des 55%).
* Division de Jérusalem en 2 : une partie israélienne (Jérusalem ouest) et une partie occupée par la Jordanie (Jérusalem est avec vieille ville, le Mont des Oliviers et Mur des Lamentations). Entre les deux est mise en place une véritable frontière hermétique avec barbelés et no man’s land. 1949 : Jérusalem proclamée capitale de l’Etat juif. La ville devient un enjeu et un symbole.
* L’Etat de Palestine n’a même pas eu le temps d’exister : occupation israélienne, Gaza sous administration égyptienne et Cisjordanie et Jérusalem annexées par la Jordanie.
Un armistice signé à Rhodes
L’armistice ne signifie pas une paix : non-reconnaissance d’Israël par les Arabes et refus des pays arabes de proclamer un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza parce qu’il entérinerait le partage de 1947.
Des conséquences essentielles qui dépassent la Palestine
Le conflit devient vite lié à la Guerre Froide : intérêt des deux Grands qui cherchent à s’implanter dans la région (Etats-Unis avec le Pacte de Bagdad, URSS en Syrie et Egypte).
Ce conflit donne surtout naissance à ce qu’on appelle la « question palestinienne » : environ 725 000 palestiniens (selon l’ONU) quittent la Palestine devenue israélienne et se réfugient dans les pays arabes voisins, principalement en Jordanie (Amman) et au Liban (Beyrouth). Au début, partent principalement des notables, bientôt suivis des paysans. Ils s’installent dans des camps. Ce déracinement que les Palestiniens appellent nakba (le désastre) fait figure de traumatisme fondateur de la conscience nationale : naissance du peuple palestinien.
2. Un conflit d’abord inter-étatique : Israël face au nationalisme arabe jusqu’en 1973
a. Les rebondissements du conflit : la guerre des Six Jours
Nasser structure un nationalisme arabe contre Israël (le panarabisme)
Cet ennemi commun est un ferment d’unité et de solidarité entre les pays arabes eux-mêmes très divisés, d’autant que l’affaire du canal de Suez renforce le prestige moral de Nasser et entérine l’internationalisation du conflit.
La guerre des Six Jours en 1967
Arguant de l’encerclement de leur Etat, profitant du départ des casques bleus du Sinaï à la demande de Nasser et de la fermeture du détroit d’Akaba, Israël, selon le principe de l’attaque « préventive », lance une guerre-éclair le 6 juin 1967 et remporte une victoire écrasante : 338 mort du côté israélien et 15 000 morts égyptiens.
Conséquences
De nouveaux territoires sont occupés par Tsahal (l’armée israélienne) : le Sinaï, la bande de Gaza, la Cisjordanie et le Golan, provoquant une nouvelle émigration palestinienne. Jérusalem est réunifiée au profit d’Israël.
Après 5 mois de tractations, l’ONU finit par adopter la résolution 242 qui proclame « l’inadmissibilité de l’acquisition de territoires par la guerre », mais elle reste inappliquée.
b. Les conséquences régionales transforment les données du problème
La défaite est vécue comme un échec par Nasser, une humiliation pour les Arabes et se traduit par le refus de tout compromis.
Les Palestiniens prennent leur sort en main
Un certain nombre de professeurs, d’ingénieurs, en rupture avec le monde des notables, prônent une action concrète menée par les Palestiniens eux-mêmes, pour tenter d’éviter toute forme d’instrumentalisation par les autres nations arabes. C’est le cas au Koweït où est fondé le Fatah, en 1959, par Yasser Arafat, Khalil al-Wazir (Abou Jihad) et Salah Khalaf (Abou Iyad). Pour eux, Gaza est « le visage blessé de la Palestine ».
En 1964, est créée l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) qui rassemble plusieurs formations dont le Fatah (« conquête »), la plus importante d’entre elles. En 1969, Yasser Arafat en devient le président. Elle prône la destruction d’Israël et la restauration de la Palestine arabe dans son intégralité.
La jeunesse politisée s’engage aussi dans des partis nationalistes arabes. Un Palestinien chrétien de Lydda, Georges Habbache, fonde, en 1968, avec Nayef Hawatmeh, le Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP). Il s’agit d’un mouvement de libération fortement associé au marxisme.
Pour se faire entendre, l’OLP utilise une arme nouvelle : le terrorisme
Les actions terroristes peuvent être internationales comme en Egypte ou à Munich en 1972, où sont assassinés des athlètes israéliens pendant les Jeux Olympiques. Elles ont aussi un cadre local : les fedayins (= des combattants palestiniens), qui lancent des actions en Israël depuis la Jordanie et le Liban. Environ 25 000 recrues et 15 000 combattants actifs, au départ.
Derrière, se profilent l’idée de sacrifice comme rachat de la communauté toute entière et d’une lutte armée comme moyen de rédemption, moyen de « renaissance dans la mort » (c’est d’ailleurs le sens de fedayin).
Le symbole de cette résistance est Karameh, un camp de toile de la vallée du Jourdain, où, le 21 mars 1968, 300 combattants appuyés par l'artillerie jordanienne repoussent quelques milliers d’Israéliens. Il s’agit d'une victoire symbolique, celle de l’honneur retrouvé et mythe fondateur du combat national.
Les Palestiniens deviennent un « fardeau » pour les autres nations arabes
Les Palestiniens entrent bientôt en conflit avec les autres Etats arabes. En 1970, c’est le « Septembre Noir » en Jordanie. Les Palestiniens sont devenus un « Etat dans l’Etat » ; les Jordaniens craignent des représailles israéliennes d’autant plus que la lutte armée se radicalise sous l'égide de Georges Habbache qui veut renverser le régime jordanien (qui a accepté la résolution 242 de l’ONU). Le détournement de 4 avions de ligne vers le désert jordanien déclenche, en septembre, la bataille d’Amman, une lutte entre la résistance palestinienne et l’artillerie jordanienne L’OLP se réfugie au Liban et le roi Hussein se présente comme représentant des Palestiniens en Cisjordanie, qui est annexée en 1972.
c. Les répercussions internationales
Emergence de la question palestinienne sur scène internationale
Plus de 900 000 Palestiniens sont réfugiés, en 1950, dans les pays voisins d’Israël. Leurs conditions de vie sont précaires et les pays arabes ne favorisent pas toujours leur intégration. Les attentats qu’ils perpétuent choquent les opinions publiques et desservent leur cause.
Israël devient le pilier de la politique américaine au Moyen-Orient
La résolution 242 de l’ONU du 22 novembre 1967
La Coexistence Pacifique conduit les Grands à essayer de trouver un arbitrage d’où la résolution 242 de l’ONU : elle propose l’évacuation des territoires occupés par Israël en échange de la reconnaissance d’Israël par les Arabes. Cette résolution est refusée par les protagonistes, à l’exception de la Jordanie et l’Egypte.

GÉOGRAPHIE

Des échanges inégaux malgré la mondialisation
1. Un espace mondial dominé par les échanges
a. L’augmentation des échanges mondiaux
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et plus encore depuis le début des années 1970, les échanges internationaux de marchandises, d’information et de capitaux se sont accrus. Entre 1976 et 1995, la valeur des exportations de marchandises est passée de 1 000 à 5 000 milliards de $. De la même manière, la valeur des exportations de services marchands est passée de quelques dizaine de milliards à plus de 1 000 milliards de $ pendant la même période. Les exportations de tous les pays se sont accrues en raison du développement des firmes multinationales. Les échanges mondiaux sont devenus plus faciles grâce à l’amélioration des conditions et de la rapidité du transport et à la libéralisation des échanges.
b. Les partenaires privilégiés des échanges
Le commerce mondial est marqué par des déséquilibres importants : les espaces producteurs de produits énergétiques sont en grande partie des pays du Sud tandis que les plus grands pays consommateurs sont les pays industrialisés (Amérique du Nord, Europe, Japon). Ce type de discordance spatiale est l’une des raisons majeures de l’augmentation des échanges. Les produits manufacturés progressent le plus fortement et représentent aujourd’hui les 2/3 des échanges. Les échanges des services sont principalement opérés entre les pays les plus riches de l’hémisphère nord, qui agissent comme des centres de décision et d’impulsion mondiaux.
c. Le commerce : agent de la mondialisation
Le commerce international est un agent important de l’internationalisation des économies. Deux tiers des échanges sont effectués entre trois pôles principaux (Amérique du Nord à hauteur de 16 %, Europe pour 45 % et Asie pour 26,5 %). On assiste toutefois à l’émergence de nouveaux pôles dans la zone pacifique et dans l’océan Indien. L’interdépendance entre les économies de la planète se renforce au fur et à mesure que les échanges augmentent.
2. Les voies des échanges mondiaux
a. La prépondérance des échanges maritimes
Les échanges de marchandises s’effectuent essentiellement par voie maritime. Entre 1985 et 1995, les tonnages transportés ont augmenté de plus de 25 %. De grandes façades maritimes équipent les grands ensembles continentaux des pays industrialisés : la façade nord-est (de Montréal à Philadelphie) et la façade ouest (de Los Angeles à Vancouver) des Etats-Unis, la façade nord-ouest européenne, la façade japonaise et la façade Sud-Est asiatique. Tous les grands ports (et les grands ports de conteneurs) tels que Hong Kong, Singapour, Rotterdam, Anvers, Shanghai, Los Angeles… sont situés dans des espaces continentaux ou régionaux ayant joué la carte de l’industrie (pays anciennement et nouveaux pays industrialisés). En 1996, on estimait à près de 4,8 milliards de tonnes le trafic mondial des marchandises.
b. Les échanges d’information comme fondement du pouvoir
Les pays industrialisés disposent des moyens techniques et des technologies nécessaires pour disposer du contrôle sur les échanges d’information qui est essentiel à tout organe de pouvoir (politique, militaire, économique ou financier). Par exemple, l’agence Reuter (agence d’information financière) dispose du deuxième réseau de satellites après celui de l’armée américaine. Les technologies de l’information et de diffusion sont contrôlées par des entreprises américaines. Les Européens et les Japonais disposent également de réseaux d’information qui complètent ou concurrencent parfois le réseau américain.
c. L’augmentation des échanges de capitaux
Les pôles de la finance mondiale se trouvent également dans les pays anciennement ou nouvellement industrialisés. New York, Londres ou Tokyo correspondent aux places boursières les plus actives au point de modeler une partie des centres urbains des grandes villes (Wall Street, City de Londres). La mobilité des capitaux dans les différentes bourses du monde permet une circulation de l’argent facilitée par l’ouverture des capitaux et le développement des pratiques spéculatives. Ces pratiques peuvent parfois entraîner des effets dévastateurs comme dans le cas de la crise asiatique. La rapidité des échanges d’information est dans ce type de situation un élément pouvant aggraver les effets d’une crise boursière. Au total, l’internationalisation des échanges et la création d’un système d’échanges ouverts à l’échelle mondiale n’a eu pour effet de résorber le déséquilibre Nord-Sud. Bien au contraire, les échanges s’effectuent entre trois aires géographiques privilégiées qui assurent 87,5 % des échanges mondiaux.
L’essentiel
Trois zones géographiques assurent 87,5 % des échanges mondiaux (Asie, Europe et Amérique du Nord). Elles disposent des principales places boursières, du plus fort potentiel technique et technologique. Elles maîtrisent les technologies de l’information et elles ont développé les interfaces maritimes les plus équipées du monde pour les échanges de marchandises.
Les métropoles au coeur de la mondialisation


Objectif : Parmi les acteurs et centres d'impulsion de la mondialisation, les métropoles jouent un rôle majeur. Les principaux flux passent par elles et à ce titre, elles sont le véritable cœur du réseau. Comment la métropolisation renforce-t-elle ce rôle ?
1. Les villes mondiales
a. Définition
Dans le processus de mondialisation, certaines métropoles ont la capacité d'exercer une influence (économique, culturelle, politique) mondiale : on les appelles villes mondiales ou villes globales.Plus que les pays, elles concentrent les flux et le pouvoir économique.On en compte entre 20 et 50 environ, pour la plupart dans les pays développés. Au sommet de leur hiérarchie se trouvent New York, Tokyo, Londres et Paris. Ce ne sont pas forcément les villes les plus peuplées (Francfort qui en fait partie n'a qu'un million d'habitants), ni les plus riches (Osaka ou Berlin n'en font pas partie).
b. Leurs caractéristiques majeures
Elles s'intègrent d'abord très bien aux réseaux (de transport, de télécommunications ou de circulation financière). Elles sont très accessibles, notamment les unes par rapport aux autres.Elles concentrent aussi les services (en quantité et en qualité), ainsi que la richesse (sièges sociaux, bourses). Le produit urbain brut de Paris est équivalent au PIB du Mexique ; la richesse dégagée par la seule métropole new-yorkaise est huit fois celle de l'Inde.Ces villes produisent aussi de l'information et communiquent avec la planète (grands quotidiens, chaînes de télévision). Elles sont aussi les lieux de l'innovation (mode, information, demandes culturelles). Enfin, elles participent à la direction du monde (gouvernements nationaux, sièges de multinationales, instances internationales ou régionales : ONU à New York, Banque centrale européenne à Francfort, ...).
On trouve dans toutes ces métropoles des quartiers d'affaires (CBD) de taille souvent importante (Manhattan pour New York, La Défense à Paris où travaillent plus de 30 000 personnes...). Il est à noter que des villes mondiales secondaires apparaissent dans les pays en voie de développement. C'est le cas de Sao Paulo qui concentre de plus en plus les fonctions économiques du pays, ou encore de Séoul en Corée du Sud. Pour ces métropoles du Sud, l'écart de richesse produite entre les métropoles et le reste du pays est très important (ce phénomène est également vrai pour les pays du Nord, mais en moins prononcé). Les bidonvilles côtoient souvent les luxueux gratte-ciels. On peut enfin préciser qu'à part Johannesburg, il n'existe pas de ville mondiale en Afrique.
2. L'archipel mégalopolitain mondial (A.M.M.)
Toutes ces villes mondiales sont reliées dans un réseau. 20 métropoles gèrent ainsi 85 % des flux financiers mondiaux. 25 aéroports concentrent 70 % du trafic aérien.Ces métropoles ont donc des relations intenses entre elles, souvent plus qu'avec le reste du pays où elles se trouvent. Ces échanges s'expliquent par leurs activités communes et des intérêts convergents. A ce titre, elles apparaissent aux yeux de certains géographes comme différentes îles d'un même archipel mondial, d'où l'expression « archipel mégalopolitain ».
On peut en effet regrouper les villes mondiales par zones de concentration urbaine et économique, les mégalopoles. Si on estime leur nombre à six environ, trois se démarquent par leur importance : la côte Est des États-Unis, la dorsale européenne de Londres à l'Italie du Nord, et l'axe urbain japonais de Tokyo à Fukuoka. Il s'agit donc des pôles où la mondialisation se décide et se fait.Enfin, il arrive que les autres métropoles secondaires soient emportées dans le sillage des plus importantes (c'est le cas de Moscou, Mexico, Sydney, ou encore Singapour).


L'essentiel

Les métropoles sont les pôles essentiels de la mondialisation. Les plus importantes sont appelées villes mondiales ou villes globales. Elles concentrent les flux, les services et les pouvoirs économiques ou politiques. Elles exercent surtout une influence mondiale.Les relations sont souvent intenses entre elles. Surtout situées dans les pays développés, on en voit toutefois apparaître dans les pays du Sud. Pôles de richesse et de pouvoir, elles se regroupent dans des zones de concentration urbaine et économique : les mégalopoles. Celles-ci constituent des sortes d'îles d'un archipel mondial, échangeant les unes avec les autres en ignorant largement les frontières.



Les modalités de mise en œuvre de la mondialisation



Objectif : La mondialisation est un processus essentiel du monde contemporain : il transforme les territoires et les économies, change la vie quotidienne, développe des pays et en marginalise d'autres, contribue à la circulation mondiale des idées et des marchandises. Quelles sont ses modalités de mise en oeuvre ? Comment expliquer son importance actuelle ?
1. Un phénomène ancien qui s'est accéléré au XXe siècle
a. Un héritage historique
Une première mondialisation apparaît en fait au XVIe siècle avec les Grandes découvertes et le développement du grand commerce atlantique. Les produits (et les idées) passent les océans : le commerce triangulaire des esclaves l'illustre bien. Les Provinces-Unies (Pays-Bas actuel) sont au XVIIe siècle le centre de l'économie mondiale et développent le capitalisme marchand. Avant la Révolution française, la France et l'Angleterre contrôlent à eux deux le quart du commerce mondial.
Le XIXe siècle voit l'industrialisation changer radicalement la structure de l'économie. Les produits sont moins coûteux à produire, les transports s'améliorent (la vapeur remplace la voile) : la logique d'exportation s'impose. A la même époque, la colonisation entraîne une circulation importante des hommes et des capitaux. L'Europe investit partout dans le monde et l'Angleterre est en 1900 le premier investisseur mondial.Malgré des réflexes protectionnistes en temps de crise (dans les années 1930 notamment), l'idée libérale fait aussi son chemin et les frontières tendent à s'ouvrir.
b. Les progrès technologiques du XXe siècle
A partir de 1945, des innovations technologiques vont encore renforcer ce phénomène. Cela se voit notamment par l'accroissement des capacités des navires et des avions. Des bateaux de grande taille spécialisés dans un transport particulier apparaissent (les « supertankers » pour le pétrole par exemple). Le transport aérien est de plus en plus rapide (aucun pays n'est à plus de 24 heures d'avion de Paris désormais). Pour accélérer le transfert de marchandises, la conteneurisation est la norme et les grands ports (Rotterdam, Singapour, Hong-Kong) ou aéroports deviennent des plate-formes multimodales. Le temps de transport diminue et les coûts se réduisent.
En conséquence, le tonnage transporté par les navires est multiplié par deux entre 1970 et 2000. Depuis 1990, le transport aérien a augmenté de 40 %. Le volume du commerce mondial est 16 fois supérieur à ce qu'il était en 1945.Des progrès colossaux sont aussi accomplis dans les télécommunications : liaisons satellites, téléphones portables, Internet... Les informations et les capitaux s'échangent désormais de façon instantanée. Les attentats du 11 septembre 2001 ont ainsi été vus en direct dans le monde entier. La circulation des capitaux fonctionne en continu.
2. Les facteurs économiques et politiques
a. Des marchés de plus en plus ouverts
Depuis 1945, la libéralisation mondiale des échanges s'accélère. Créé sous l'égide de l'ONU en 1947, le GATT (Accord Général sur les Tarifs douaniers et le Commerce) plaidait dans ce but et a largement contribué à abaisser les barrières douanières. L'OMC le remplace depuis 1994 mais suit toujours la même politique. Le FMI et la Banque mondiale octroient des prêts aux pays, en échange de mesures libérales et d'ouverture de leurs marchés.Ce phénomène est amplifié par l'éclosion de marchés régionaux. Sur le modèle de l'Union européenne (qui inaugure un marché commun à 6 en 1957), d'autres zones mondiales tentent de créer des zones de libre-échange :
• l'ALENA (pour l'Amérique du Nord) en 1993,• l'ASEAN (1967),• le MERCOSUR (1991).
Les marchandises circulent librement à l'intérieur de ces zones et il existe généralement un tarif extérieur commun aux membres de l'Union.Les politiques nationales et régionales contribuent donc largement à la diffusion de la mondialisation.
b. Les multinationales et la division internationale du travail
A côté des états, il faut signaler le rôle très actif des multinationales. L'idée n'est pas nouvelle : à ce titre, les Compagnies des Indes (hollandaises, anglaises ou françaises) préfigurent déjà les FMN actuelles. Toutefois, dans leurs formes contemporaines, les multinationales se développent largement après 1945. La croissance de leur nombre est d'ailleurs concomitante de la mondialisation. 7 000 vers 1965, elles sont environ 63 000 en 2000. Profitant de l'ouverture des frontières, elles investissent à l'étranger, pour acheter de la matière première, trouver de nouveaux clients ou délocaliser la production dans des pays moins coûteux en main d'œuvre. C'est la division internationale du travail : la recherche, la direction et la production sont séparées géographiquement et souvent dans des pays différents, de plus en plus éloignés.
3. Les facteurs sociaux
a. L'importance de la demande
La mondialisation s'explique aussi par l'augmentation de la consommation mondiale, elle-même dopée par la croissance du niveau de vie. Celui-ci n'a jamais été aussi élevé, ni aussi largement répandu à ce niveau qu'actuellement. Certes, cela concerne surtout les pays développés mais les pays émergents ne sont pas à l'écart. Les classes moyennes chinoises cherchent ainsi grandement à s'équiper en automobiles et découvrent les joies de la grande distribution.
b. L'abondance de la main d'œuvre dans les PED
Les délocalisations, une des conséquences de la mondialisation, s'expliquent par une main d'œuvre abondante et peu coûteuse dans les pays en voie de développement.Quand un ouvrier dans l'habillement coûte 14 dollars par heure (charges sociales incluses) dans l'Union européenne, on ne le paye que 2 dollars en Europe centrale et un demi dollar en Inde. Cette main d'œuvre n'est d'ailleurs pas toujours sous-qualifiée. La région de Bangalore en Inde s'est ainsi spécialisée avec succès dans la programmation informatique. Alors que les délocalisations concernaient surtout la production industrielle, elles s'intéressent aussi désormais aux services.
L'essentiel
Le phénomène complexe et multiforme de la mondialisation résulte de plusieurs aspects. Il a pris naissance au temps des grandes découvertes, s'est internationalisé au XIXe siècle et a connu une croissance exponentielle au XXe siècle. Cela s'explique par les nombreux progrès techniques (dans le transport) et technologiques (pour les télécommunications notamment).
L'ouverture des marchés depuis 1945, favorisée par les marchés régionaux, a eu une conséquence : le développement des stratégies internationales des entreprises. Enfin, la demande (en produits de toutes natures) dopée par la hausse du niveau de vie, ainsi que l'offre en main-d'œuvre peu coûteuse dans les PED, contribuent à rétrécir le monde un peu plus chaque jour.


Mondialisation et accroissement des inégalités dans le monde

Objectif : La mondialisation a un impact majeur sur les économies et le développement des pays. Face à ce phénomène, ils ne semblent pas à égalité : certains contrôlent ou impulsent la mondialisation, alors que d’autres la subissent. Si les inégalités ont toujours existé, sont-elles accentuées ou réduites par ce processus ? La mondialisation aggrave-t-elle la fracture Nord/Sud ?
1. Un paradoxe : de plus en plus de riches et de plus en plus de pauvres
Jamais les hommes n’ont produit autant de richesses. La planète est 45 fois plus riche en 2000 qu’elle ne l'était en 1900. La consommation générale de biens et de services est deux fois plus importante en 2003 qu’en 1980. L’espérance de vie a augmenté de 20 ans en moyenne dans les PED depuis 30 ans. Trois fois plus d’humains ont accès à l’eau potable en 2006 qu’en 1975. Mais parallèlement, il n’y a jamais eu autant de pauvres. 50 % de la population mondiale vit avec moins de 2 $ par jour (base monétaire pour assurer la nourriture, les soins de base et le logement). Si la proportion des pauvres a diminué, leur nombre a augmenté mécaniquement par la croissance démographique. Il y a donc un partage territorial très inégal des richesses. 1 % des plus riches disposent d’un revenu cumulé égal à la somme de celui de 57 % des humains les plus pauvres ; 20 % des plus riches reçoivent 83 % du revenu mondial et les 20 % des plus pauvres seulement 1,5 %. Ces inégalités économiques se conjuguent avec des inégalités sociales et démographiques. 20 % des humains les plus riches consomment 45 % de la viande, 58 % de l’énergie, possèdent 87 % des véhicules. Certes, l’espérance de vie augmente dans le Sud (55 ans en 1970, 66 ans en 2000), mais la différence reste très marquée avec le Nord (79 ans). Un quart de la population mondiale n’a pas accès à l’électricité. Selon la FAO, 842 millions d’humains (94,7 % au Sud et surtout des paysans) souffrent de la faim. Même la société d’abondance dans les pays développés donne l’impression que les progrès ne sont pas partagés par tous (SDF).
2. Des progrès inégalement partagés
En fait, la mondialisation a un effet différent selon les pays concernés. Les pays de l’Asie orientale ont réussi grâce à la mondialisation à réduire leur écart avec les pays de l’OCDE. Par l’ouverture à l’économie de marché, la Chine a vu quadrupler son RNB en 20 ans ; elle est devenue le 5e exportateur de la planète. La Corée du Sud est devenue un pays développé, surtout grâce à son économie extravertie et à ses puissantes transnationales (les chaebols : Daewoo, Hyundai, Samsung). La croissance rapide de ces pays asiatiques inquiète les pays du Nord qui voient leurs usines se délocaliser dans ces régions. Mais sur la même période, l’évolution est complètement inverse pour l’Afrique subsaharienne (le revenu par habitant de la région en 1975 correspondait à 1/6e de celui de l’OCDE ; il ne représente aujourd'hui plus que 1/14e). Les pays de la zone, dont le commerce repose surtout sur les matières premières, accroissent leur dépendance économique avec les pays du Nord (le cours de tous les produits agricoles, y compris le café et le cacao, est ainsi défini à la bourse de Chicago). La richesse en ressources naturelles n’est pas non plus une garantie de développement : des pays pétroliers du Sud sont devenus rentiers, donc dépendants du cours de la matière première (comme pour le Nigéria ou les pays du Golfe, pas tous aussi prévoyants que Dubai qui s'est reconverti avec succès dans le tourisme). Les PMA restent à l’écart de la mondialisation, des flux financiers et de capitaux. L’impact est donc nettement positif pour les pays à revenu intermédiaire ou élevé mais pas pour ceux aux revenus faibles. Il semble exister un « effet de seuil » : un niveau de richesse minimum paraît nécessaire pour qu’une économie puisse tirer avantage de sa participation à la mondialisation. A l’échelle d’un pays, les progrès peuvent s’avérer fragiles. Le Brésil, qui a largement ouvert son économie et qui connaît une croissance économique forte, est aussi l’un des pays les plus inégalitaires de la planète. Il y a dans la population brésilienne 34 % de pauvres (mais 80 % sont dans le Nordeste pour « seulement » 18 % dans l’Etat de Sao Paulo, le plus dynamique économiquement.) La crise asiatique de 1997 a aussi mis en évidence la fragilité d’un développement économique trop brusque.
3. Une nécessaire prise de conscience mondiale
Les bénéfices de la mondialisation ne sont pas automatiques (des mesures d’accompagnement sont nécessaires) et les pays doivent se l’approprier pour y trouver leur place. Au site inca de Machu Picchu (Pérou), la mondialisation a entraîné l’importation de boissons étrangères (ruinant la production locale) mais a ouvert le site aux touristes du monde entier (ce qui a dopé les productions artisanales de céramique ou de tissu). Parallèlement, pour réduire les inégalités mondiales, les pays développés ont leur rôle à jouer par le mécanisme de l’aide publique au développement. Or, malgré leurs promesses, celle-ci a nettement diminué : estimée à 0,30 % du revenu des pays donateurs en 1990, elle n’en représentait plus que 0,25 % en 2003. Depuis 1992, cette aide est en baisse régulière. D’ailleurs, dans certains pays, les capitaux envoyés par les expatriés dépassent le montant de l’aide internationale reçue. Les pays développés se justifient en expliquant que l’aide est parfois détournée en achats militaires ou au profit de dirigeants corrompus. Les ONG, acteurs de la mobilisation, jouent aussi leur rôle dans la réduction des inégalités. Elles opèrent des transferts d’argent importants et jouent un rôle crucial lors des catastrophes humanitaires. Mais le risque est fort d’une dépendance des populations vis-à-vis de l’aide humanitaire. Enfin, la Banque mondiale, dont l’action suscite la critique des altermondialistes, a pour vocation première de lutter contre la pauvreté. Pour octroyer les prêts, elle impose une politique de rigueur budgétaire, de privatisation et d’ouverture au commerce international.Depuis 2003, cette institution onusienne a pris conscience des limites de cette politique trop libérale et cherche à associer davantage les ONG, la société civile et les Etats, tout en tenant compte à la fois des spécificités locales et du développement durable. La multiplicité des acteurs rend toutefois difficile un changement de cap global d’une mondialisation capitaliste dans un rôle plus social.
L’essentiel La mondialisation tend à renforcer les espaces déjà favorisés, à susciter le développement des pays les plus à même de s’y intégrer (Asie) mais fragilise aussi des économies plus dépendantes (Afrique).Jamais le monde n’a connu autant de riches mais jamais il n’y a eu autant de pauvres. Toutefois l’analyse doit être conduite à différentes échelles car localement, la mondialisation peut s’avérer néfaste pour certains secteurs économiques tout en en favorisant d’autres. Elle doit donc être régulée par l’action des Etats, des ONG, voire de la Banque mondiale, dans l’objectif de réduire les inégalités.


La mondialisation, seule clé de lecture du monde ?



Objectif : La mondialisation est un phénomène inéluctable avec des conséquences nombreuses et profondes sur les pays. Elle n’est cependant pas la seule clé pour comprendre le monde actuel : les aires de civilisations, le rôle des Etats ou les regroupements régionaux sont autant d’éléments à prendre en compte. Quelle est l’importance de ces facteurs dans la compréhension du monde contemporain ?
1. Des aires de civilisation
Le terme « civilisation » apparaît au XVIIIe siècle pour séparer ce qui est policé, dans la société de ce qui est « barbare ». Dès le départ, le mot est singulier : on ne conçoit qu’une civilisation, la civilisation européenne, les autres étant méprisées ou jugées inférieures. Cette distinction se retrouve à la base du processus de colonisation. Désormais, le sens du mot a évolué et désigne l’ensemble des caractères culturels (langue, religion…) et matériels (institutions, idées politiques, systèmes économiques…) d’une société humaine. Samuel Huntington, professeur à Harvard a déterminé neuf zones dans son ouvrage célèbre Le choc des civilisations (1997).Elles sont basées essentiellement sur l’histoire et la religion. Ainsi, le christianisme est fondamental dans la civilisation occidentale, tout comme l’Islam peut l’être pour le monde musulman. Certaines reposent sur à la fois sur un espace géographique et une philosophie (monde bouddhiste en Asie). Selon les auteurs, le découpage en aires de civilisation est très variable. Certains ne conçoivent que 6 zones alors que d’autres en mentionnent jusqu’à 10. Par le développement des échanges et la circulation des informations, un brassage des civilisations s’opère. Elles diffusent leurs valeurs et leurs pratiques culturelles bien au-delà de leurs espaces d’origine (on peut penser au succès du Bouddhisme dans les pays anglo-saxons ou à la diffusion mondiale de fêtes chrétiennes comme Noël). Toutefois, ce phénomène engendre parfois des rejets, des crispations voire des réactions identitaires parfois violentes (l’extrémisme musulman s’oppose ainsi au modèle occidental, jugé décadent et nuisible).
2. Des Etats toujours présents
On pourrait croire que l’Etat ne peut pas lutter avec la mondialisation. En effet, les firmes transnationales produisent pour le marché mondial, les flux de marchandises passent les frontières et les capitaux échappent largement à son contrôle (surtout s’ils sont de source illégale). Des arbitres internationaux peuvent aussi imposer des règles (OMC, FMI, Union européenne) et les ONG exercent des pressions médiatiques. Toutefois, la disparition de l’Etat est à nuancer largement. Le FMI et la Banque mondiale par exemple, dépendent largement des décisions politiques des Etats qui contribuent à leur budget, avec au premier rang les Etats-Unis. Le Conseil de sécurité de l’ONU est l’objet de tractations intenses entre les Etats, surtout les cinq membres permanents disposant d’un droit de véto. Les décisions des organismes supranationaux sont donc dépendantes des volontés des états qui y débattent. L’OMC par exemple, est largement paralysée par les alliances entre les différents pays. Les firmes transnationales conservent la majorité de leurs activités et leur siège dans leur pays d’origine. L’Etat est enfin un acteur économique important (par les subventions ou les politiques d’aménagement du territoire, il peut attirer –ou décourager- les IDE, investissements directes à l'étranger). D’ailleurs, l’absence d’Etat est un frein au développement (les pays africains déchirés par la guerre civile n’attirent ni les investisseurs ni les firmes transnationales).
3. Les regroupements régionaux
Pour faire face à la mondialisation et peser davantage dans l’économie mondiale, les Etats ont cherché à se regrouper et à créer des unions régionales. Apparu après la Seconde Guerre mondiale, le mouvement est en plein essor. Il existe différents degrés de regroupements :
• Les rencontres régulières (OCDE, APEC pour la zone Asie-Pacifique) • Les projets régionaux ou zones de libre-échange (ALENA : Accord de Libre-échange de l’Amérique du Nord regroupant les Etats-Unis, le Canada et le Mexique) • Le marché commun (ASEAN pour le sud-est Asiatique et MERCOSUR en Amérique du sud, autour du Brésil, de l’Argentine, du Paraguay et de l’Uruguay) • L'union économique avec des intentions politiques fédéralistes (Union européenne)
L’économie est toujours au centre de ces regroupements régionaux même si d’autres secteurs se rajoutent par la suite (l’éducation ou l’environnement). L’Union européenne est le bloc régional le plus intégré : libre circulation des hommes et des capitaux, politiques économiques et monétaires communes, monnaie unique...Elle constitue ainsi un modèle pour de nombreux pays (l’ASEAN réfléchit ainsi à une monnaie unique).Les pays toutefois sont partagés vis-à-vis de ces regroupements. Certains craignent d’y prendre une parcelle de souveraineté, d’autres souhaiteraient aller plus loin dans une démarche fédérale. Le projet de la ZLEA (Zone de Libre-échange des Amériques) suscite ainsi une forte opposition des pays d’Amérique du Sud face à une union qu’ils estiment trop étatsunienne et socialement dangereuse.

L'essentiel La mondialisation de la planète n’est pas le seul facteur d’organisation du monde. Elle ne réussit pas toujours en effet à dépasser le cadre des états et des aires de civilisation. Les regroupements régionaux constituent une échelle intermédiaire entre les pays et le monde.



Les enjeux environnementaux



Objectif : Le réchauffement de la planète est souvent attribué à la mondialisation. Celle-ci est d’ailleurs confondue avec la diffusion d’un modèle de consommation de masse, pollueur et prédateur des ressources de la planète (eau, énergie). La mondialisation est-elle vraiment responsable de la situation environnementale ou permet-elle une prise de conscience planétaire ?
1. La mondialisation détruit-elle l’environnement ?
On attribue à la mondialisation de nombreux problèmes environnementaux actuels : le réchauffement climatique, la déforestation, la pollution atmosphérique, l’érosion des sols voire la diffusion de nouvelles pandémies (grippe aviaire). Toutefois, la mondialisation n'est pas la seule coupable. La déforestation et la pollution par exemple résultent l’une de la pression démographique, l’autre d’un développement industriel et des transports qui remontent bien souvent au XIXe siècle (pour l’Europe et les Etats-Unis notamment). Le réchauffement climatique est dû très certainement à l’émission de plus en plus importante de gaz à effet de serre mais certains scientifiques rappellent qu’à l’échelle de l’humanité, il y a eu d’autres périodes de réchauffement sans que le Co2 n’en soit la cause.
La consommation excessive des ressources par les Etats-Unis est un risque pour notre planète. De même, certaines modes mondiales, telle que l’utilisation du bois exotique (comme le teck) ont eu des répercussions très négatives (déforestation massive, notamment en Indonésie). Enfin, l’augmentation des flux de marchandises et donc des transports, contribuent très largement au rejet de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Donc, si la mondialisation n’est pas la seule coupable, elle porte néanmoins une certaine responsabilité.
2. Débats et opinion publique
Dans les années 1970, le mouvement écologiste attire l’attention du monde sur les problèmes environnementaux (Greenpeace, première ONG écologiste, est fondée en 1971). En 1972, l’ONU crée le PNUE, Programme des Nations unies pour l’environnement, pour analyser ces aspects. Les catastrophes écologiques qui suivent (Seveso en 1976, Amoco Cadiz 1978, Bhopal 1984, Tchernobyl 1986) en consternant l’opinion publique mondiale, justifient la pertinence de cette réflexion.L’idée de rencontre mondiale autour de l’environnement fait son chemin. En 1992, à Rio, le premier « Sommet de la Terre » est organisé. Il réunit les représentants de 172 pays ainsi que ceux d’organisations non gouvernementales (ONG). La notion de « développement durable » y est mise en valeur. Il s’agit d’assurer le développement des sociétés sans nuire à l’environnement présent ou futur. A défaut d’obtenir des résultats concrets, ce sommet permet néanmoins une prise de conscience mondiale.A Kyoto en 1997, un protocole chiffré est mis en place pour réduire la pollution et l’émission des gaz à effet de serre. Bien que d’ampleur modeste (réduction de 5,25 % des émissions de dioxyde de carbone d’ici 2012), il n’est pas ratifié par toutes les nations. Les Etats-Unis, premiers pollueurs de la planète, refusent par exemple de le reconnaître, arguant qu’il serait une entrave au développement industriel du pays (ce qui n’empêche pas certains Etats de l’Union, comme la Californie, d’appliquer des mesures drastiques contre la pollution). Dans une logique libérale et mondialisée, les pays industriels préfèrent souvent recourir au « droit à polluer » en pratiquant des accords financiers avec des pays peu pollueurs afin de parvenir à une sorte de moyenne.Dix ans après Rio, un nouveau sommet mondial est organisé à Johannesburg. D’une tonalité plus pessimiste qu’en 1992, il bute sur les mêmes obstacles. Les pays du Nord et du Sud s’opposent sur le coût écologique du développement, aucun ne souhaitant réduire son confort matériel, pourtant souvent néfaste pour l’environnement. La très forte médiatisation de ce sommet, autre conséquence de la mondialisation, permet la diffusion internationale de ses enjeux.Actuellement, les efforts entrepris restent bien minces. La signature en 2004 du protocole de Kyoto par la Russie a permis sa mise en application l’année suivante. Au-delà des grands discours de principe, la protection de l’environnement se heurte souvent aux réalités économiques à courte vue. La mondialisation, coupable facile, permet toutefois grâce aux médias et aux ONG d’informer l’opinion publique mondiale et de faire changer les habitudes en faveur d’un développement durable.

L’essentiel
La prise de conscience écologique apparaît dans les années 1970 et se trouve renforcée par les grandes catastrophes qui s’enchaînent. La mondialisation en diffusant un mode de vie américain, basé sur la consommation de masse, représente un coût écologique important et exige beaucoup de ressources de la planète. Toutefois, elle permet aussi par le biais de grandes réunions internationales, une prise de conscience mondiale à défaut d’engagements précis (à l’exception du protocole de Kyoto, à l’œuvre depuis 2005).




La question du développement



Objectif : L’espace mondial présente de grandes inégalités entre les Etats, notamment entre ceux du Nord et ceux du Sud. Le développement semble ne concerner qu’un petit nombre de pays et la mondialisation s’exercer en laissant des continents entiers dans la fragilité économique et sociale (le « Tiers Monde »). Toutefois, cette vision est réductrice et doit être nuancée, les pays en voie de développement étant par exemple dans des situations très hétérogènes. Comment évaluer le développement et quels contrastes apparaissent dans le monde actuel ?
1. Définition et critères du développement
Le développement signifie une amélioration globale des conditions de vie d’une population d’un pays. C’est un processus sur le long terme. Il n’est pas synonyme de croissance économique car celle-ci peut avoir lieu sans que les richesses n’entraînent d’améliorations sociales (en n’étant pas partagées par exemple). Cela explique que le PIB/habitant n’est pas un critère satisfaisant pour mesurer le développement puisque basé sur la richesse, il n’indique rien sur des données sociales. D’autres critères pourraient être envisagés. L’espérance de vie par exemple est significative puisqu’elle varie de 37 ans en Zambie à 82 ans au Japon. On pourrait aussi classer les pays selon le taux d’actifs dans l’agriculture ou encore avec l’Indice Synthétique de Fécondité (ISF), autre aspect du développement : les Rwandaises ont 8,3 enfants en moyenne contre 1,3 seulement pour les Allemandes. Mais ces critères sont incomplets car ils n’abordent qu’un aspect. C’est pour cela que le PNUD (Programme des Nations unies pour le Développement) a mis en place l’Indicateur du Développement Humain (IDH). Celui-ci se calcule avec le PIB/habitant, l’espérance de vie et le taux d’alphabétisation. Il donne un chiffre entre 0 et 1 et permet une classification des pays, les pays développés étant au-dessus de 0,90. L’IPH (Indice de Pauvreté Humaine) mesure plus spécifiquement le taux de pauvreté dans la population. Il prend en compte l’espérance de vie, le taux d’alphabétisation ou d’illettrisme (pour les pays développés) et l’accès aux soins. Calculé différemment entre les pays développés et ceux en voie de développement, il ne prend pas en compte les mêmes seuils (pour les PED, est retenue la part de la population avec une espérance de vie de moins de 40 ans au lieu de 60 ans pour les pays industrialisés). L'IPH est supérieur à 50% pour des pays comme le Mali ou le Niger alors qu'il est inférieur à 6% pour les pays scandinaves (Suède, Norvège).
2. Une grande diversité des pays du Sud
Si les pays développés présentent de grandes similarités entre eux (renforcées par la mondialisation), ce n’est pas le cas des pays en voie de développement qui se différencient de plus en plus. Plusieurs éléments peuvent l’expliquer mais pour l’essentiel, cela résulte de politiques de développement différentes.

a. Les pays émergents
Ce sont en quelque sorte les « champions » des pays en voie de développement. Leur IDH est plus important et la croissance y est forte. On trouve dans cette catégorie les deux puissances démographiques, la Chine (« atelier du monde ») et l’Inde mais aussi le Brésil, l’Afrique du Sud et quelques pays asiatiques (les « bébés tigres » : Thaïlande, Malaisie, etc.).Ces pays ont fait le choix d’une ouverture économique mondiale et parfois concurrencent les pays du Nord qui y voient se délocaliser leurs usines. Dans tous ces pays, les progrès sont très importants depuis les années 1990 mais ils restent fragiles (crise asiatique de 1997) et les inégalités sociales et régionales se maintiennent ou se creusent.Les pays pétroliers sont un cas particulier : disposant de richesses importantes qui leur permettent d’acheter aux pays du Nord (de l’armement notamment), ils souffrent d’inégalités importantes dans la population.
b. Les pays les moins avancés (PMA)
Les 49 PMA sont surtout des pays d’Afrique subsaharienne ainsi que quelques pays d’Asie centrale. A l’inverse des pays émergents, leur situation tend à se détériorer sous l’effet d’un cercle vicieux. La pauvreté de masse, le très fort endettement, la faible alphabétisation de la population, l’impact des pandémies (Sida), leur économie dépendante, les échecs des politiques de développement, leur transition démographique inachevée ou l’instabilité politique, tout cela contribue à aggraver leur situation.Près de 40 % d’entre eux ont vu leur développement humain reculer depuis 1990. Peu attractifs pour les investissements étrangers, ils restent à l’écart de la mondialisation (à peine 1,8 % du commerce mondial).

c. Les Etats intermédiaires
Ils sont situés entre les deux extrêmes : pas encore pays émergents mais plus vraiment PMA. Leur intégration à la mondialisation est souvent incomplète. Ils exportent peu de produits manufacturés mais plutôt des produits agricoles ou miniers. Certains d’entre eux peuvent toutefois s’insérer dans le sillage de pays plus dynamiques ou trouver une voie de développement efficace.

L’essentielLe développement du monde est inégal. Il se mesure grâce à l’IDH, indicateur le plus précis pour le mesurer. Il permet de classer les pays en quatre ensembles : les pays développés et les pays en voie de développement très hétérogènes que l’on peut subdiviser en trois groupes. En effet, à côté de pays émergents, qui profitent de la mondialisation pour se développer, existent les PMA qui eux, sont à l’écart du processus. Pénalisés par des handicaps structurels, peu attractifs, ils restent en retard de développement. Les pays intermédiaires (la majeure partie des PED) sont situés entre ces deux extrêmes.




Les freins à la mondialisation de la culture

a. Pondérer l’analyse annonçant la mondialisation de la culture
La notion de mondialisation de la culture fait en général référence à la diffusion d’un modèle culturel occidental à la fois américain et européen sur l’ensemble des pays du monde. Pourtant, il faudrait plutôt insister sur les phénomènes d’acculturation internationaux (processus par lequel un individu, un groupe social ou une société entre en contact avec une culture différente de la sienne et l’assimile en partie). Le développement du bouddhisme et de l’islam dans les pays occidentaux principalement chrétiens, l’intérêt pour les spiritualités alternatives, pour les modes alimentaires orientaux correspondent à l’accroissement d’un brassage culturel au sein même de ce qui est considéré comme la culture dominante.
b. Les grandes aires culturelles mondiales
Les grandes aires culturelles sont encore clairement définies à l’échelle de la planète. Elles sont fondées sur des religions, des philosophies (christianisme, islam, confucianisme...) ou des langues, parfois sur des régimes politiques. Le respect et la défense de langues minoritaires dans une aire culturelle dominante deviennent un enjeu géopolitique et un élément favorable à la défense de la diversité culturelle mondiale (ex. : le québécois en Amérique du Nord) ou à l’origine de relations conflictuelles (Belgique, entre Wallons francophones et Flamands néerlandais).
c. Acculturation n’est pas mondialisation
L’acculturation se traduit souvent par l’adoption partielle ou l’adaptation du mode de vie différent. Ainsi, on considère que les sociétés traditionnelles évoluant vers la modernité sont près d’être absorbées par la « culture dominante ». En dépit de l’adoption de modes de vie plus occidentaux, les fondements culturels des sociétés africaines, sud-américaines, asiatiques, ou encore européennes sont solidement ancrés dans les modes de pensées comme dans les langues qui servent souvent de véhicule inconscient aux cultures des peuples du monde.
2. Les résistances à l’uniformisation culturelle mondiale
a. L’accès à l’école et aux sources d’information
La faible scolarisation des Etats et les difficultés d’accès à l’information (presse écrite, radio télévisuelle, réseaux informatiques) sont souvent considérées comme un signe de mauvais développement. Ces questions sont également un frein à la mondialisation de la culture. En limitant les possibilités de contact, les modèles culturels attractifs (liés en partie au fort niveau de développement des Etats) perdent de leur vigueur. Ainsi, l’espace mondial est également composé d’isolats plus ou moins vastes où persistent des pratiques culturelles, des langues, des rites et des croyances qui n’ont que très peu été affectés ou modifiés par les cultures « prosélytes ».
b. La défense active des cultures minoritaires
Les revendications territoriales et identitaires sont très nombreuses dans les pays où une uniformisation culturelle s’est déroulée dans le passé. Ainsi en France, en Espagne, au Royaume-Uni, en Italie, au Canada..., les revendications identitaires sont fondées sur l’originalité culturelle par rapport au reste de la communauté nationale : la Corse, la Bretagne, le Pays basque, la Catalogne, l’Ecosse, le Val d’Aoste, le Québec... (et tant d’autres) revendiquent une originalité culturelle (fondée sur la langue, la musique, la littérature) qui se traduit parfois par l’obtention d’une autonomie politique.
c. Les résistances variées
Les résistances sont multiformes : populaires et économiques (contestation de la culture alimentaire nord-américaine en France dont José Bové est devenu la figure emblématique) mais aussi institutionnelles. Lors des négociations de l’Uruguay round, l’Union Européenne (France en tête) a défendu – non sans difficultés – « l’exception culturelle » excluant l’audiovisuel et notamment le cinéma de la libéralisation des échanges. Cette mesure permettait de défendre les industries culturelles nationales. En juillet 1997, les pays de l’ASEAN – Association des nations du Sud-Est Asiatique – ont remis en cause la vision américaine des Droits de l’homme. Au primat de l’individu, les pays ASEAN ont affirmé l’originalité de la conception asiatique de la famille, de la communauté, de la discipline et de l’autorité.
Ce développement est basé en grande partie sur un texte majeur : J. Bonnemaison et L. Cambrezy « Le Lien territorial », Géographie et cultures, n° 20, 1996, cité dans le manuel de Géographie Terminales, Hachette, 1998, p. 27.
L’essentiel
La mondialisation de la culture part du principe qu’une culture spécifique, en l’occurrence la culture occidentale diffusée par les pays d’Europe et surtout d’Amérique du Nord, exercerait une influence dominante sur l’ensemble de la planète et serait responsable du recul des autres cultures. Si l’on définit la culture comme l’ensemble des usages, des coutumes, des manifestations artistiques, religieuses, intellectuelles qui définissent et distinguent un groupe, une société..., la notion revêt des contours très étendus. En dépit des signes permettant d’observer la diffusion d’un modèle uniforme de type occidental, les voies de la mondialisation de la culture sont beaucoup plus subtiles.



Diversité et richesses culturelles de la planète face à la mondialisation


1. Les grandes aires de civilisation et les principales religions dans le monde
a. Le concept de civilisation
On peut utiliser le concept de civilisation pour distinguer, à l’échelle planétaire, quelques grandes zones aux caractères propres. Une civilisation se caractérise par une histoire, une religion et une culture communes. La division en Etats est moins pertinente car elle ne permet pas de montrer leurs similitudes, souvent séculaires. Les différentes civilisations représentent une réelle richesse culturelle basée sur la diversité. Cependant, les divers processus de la mondialisation peuvent mettre à mal ces identités multiples.
b. Les grandes civilisations
La civilisation occidentale est influencée par le judéo-christianisme et la pensée de l’Antiquité greco-romaine. On peut lui associer ou non la civilisation slave-orthodoxe et la civilisation latino-américaine. La civilisation islamique recouvre des réalités différentes, du Maroc au Pakistan, de la Turquie à l’Indonésie. La civilisation hindouiste s’est développée en Inde, la civilisation confucéenne en Chine. Il existe aussi une civilisation japonaise. Toutes trois valorisent plutôt la communauté, contrairement à l’Occident, beaucoup plus individualiste. La civilisation africaine est marquée par les religions animistes mais aussi par les influences occidentales.
2. Les affrontements et les échanges
a. Un modèle dominant ?
La civilisation occidentale paraît être, en cette fin de millénaire, la civilisation dominante. Ses valeurs, démocratie, droits essentiels des individus, système productif capitaliste, sont souvent des références. C’est surtout la puissance économique et financière de l’Occident qui en fait un point de repère. En effet, dans bien des cas, les Etats adaptent selon leurs propres valeurs le modèle occidental et refusent de le considérer comme un schéma idéal à reproduire.
b. Des affrontements
Les échanges et les enrichissements mutuels réalisés d’une civilisation à l’autre sont minés par des conflits et des incompréhensions. La civilisation occidentale, imposée lors du colonialisme et dans les relations internationales diplomatiques et économiques depuis 1945, est critiquée. La Chine, par exemple, forte d’un milliard d’hommes refuse de recevoir des conseils des pays occidentaux. Les Etats ancrés dans la civilisation islamique entendent, eux aussi, malgré la mondialisation, garder leurs spécificités culturelles. Des affrontements, parfois extrêmes tels les attentats, ont lieu et manifestent les difficultés des civilisations à s’accorder.
L’essentiel
Même si l’on divise communément le monde en 200 Etats, il convient de prendre en compte l’élément culturel qui met en évidence l’existence de caractères communs entre certains Etats. Les grandes civilisations, aux particularités souvent séculaires, prouvent, par la diversité des sociétés humaines qu’elles abritent, la richesse culturelle de la planète. A l’heure de la mondialisation, ce sont du reste les échanges qui l’emportent sur les conflits.


Le premier ensemble économique mondial



Objectif : Connaître les atouts et les faiblesses de l’Europe en matière d’économie.
1. Une puissance économique incontestable…
a. Première puissance commerciale et financière
La montée en puissance des échanges commerciaux
L’Europe est le 1er pôle mondial d’échanges commerciaux. Elle est, en 2002, le premier exportateur mondial (19% des exportations hors commerce intracommunautaire) et le second importateur derrière les Etats-Unis. Les produits manufacturés représentent plus des ¾ du commerce de marchandises de l’UE et les services, 22% des échanges mondiaux.
Ses principaux partenaires sont les Etats-Unis (solde excédentaire), la Chine et le Japon (solde déficitaire) et la Suisse. Mais l’essentiel des échanges se fait à l’intérieur même de l’Union.
De part son héritage historique et notamment colonial, elle bénéficie d’une vaste aire de coopération économique (pays d’Afrique avec les accords de Cotonou signés en 2000, pays méditerranéens par exemple).
Principal pôle de flux financiers
Premier pôle émetteur d’IDE notamment vers les pays de l’ALENA, de l’Asie industrialisée et, dans une moindre mesure, de l’Europe de l’Est, elle représente 50% des IDE mondiaux.
Premier pôle récepteur d’IDE dans le monde, le marché unique attire les capitaux japonais et américains mais l’essentiel des IDE restent des investissements intra européens.
La place privilégiée de l’UE dans les flux d’IDE témoigne de la puissance de ses entreprises, qui du fait des délocalisations, sont présentes partout dans le monde.
Un espace financier de 1er plan
Sur le plan financier, l’UE s’est dotée, avec l’euro, d’un instrument de puissance qui s’affirme et les bourses européennes deviennent des centres financiers actifs (Paris, Londres, Francfort).
b. De l’agriculture aux services, l’UE caracole en tête
Un poids lourd agricole
Bien que ne représentant que 1,7% du produit européen, l’agriculture européenne est la 2e exportatrice mondiale notamment dans quelques secteurs clefs (viticulture, céréales). Ces bons résultats sont réalisés grâce à la PAC, relayée par une industrie agro-alimentaire performante.
Un bémol toutefois : d’importantes subventions expliquent ces succès et la PAC, jugée trop coûteuse, est en pleine réforme.
La première puissance industrielle du monde
La somme des industries de chaque pays membre de l’UE en fait la 1re puissance industrielle. Elle s’impose dans de nombreux secteurs comme la sidérurgie, la chimie (1er rang mondial), l’automobile ou l’agroalimentaire.
Ces bons résultats sont à relativiser du fait de l’absence de politique industrielle commune ce qui nuit à la compétitivité.
Les deux vrais succès européens sont Arianespace et Airbus-industrie qui ont imposé l’UE comme puissance aéronautique et aérospatiale grâce à une réelle politique de coopération.
Le dynamisme des services
L’UE est une puissance post-industrielle : parmi les 10 premiers exportateurs mondiaux de services dans le monde, sept sont européens, parmi lesquels le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France.Les fonctions tertiaires emploient 7 actifs sur 10 et produisent 70 % du revenu national brut, même si les situations restent très contrastées entre pays tertiarisés à plus de 80 % (Royaume-Uni) et périphéries (Portugal, Slovénie).
Les services les plus performants se trouvent dans la distribution, la banque et les télécommunications.L’UE est également le premier pôle touristique du monde. Cette activité est source d’entrée de devises et d’emplois.
2. …mais une puissance inachevée.
a. Une capacité d’innovation insuffisante
Bien que berceau des révolutions industrielles, la faiblesse relative de l’UE en termes d’innovation et de recherche-développement (5,1 chercheurs pour 1000 actifs) l’empêche de remettre en cause la suprématie américaine (7,4 pour 1000 actifs) et japonaise (8,9 pour 1000).
Par conséquent, elle reste en retrait dans les activités telles que les technologies de l’information et de la communication ou les biotechnologies, à quelques exceptions près.
b. Dépendance extérieure
La dépendance européenne est très nette en matière énergétique et commerciale : les Etats-Unis, principal client, usent de rétorsions commerciales pour obtenir gains de cause lors des conflits qui les opposent.
c. Des défis humains à relever
L’UE avec 455 millions d’habitants constitue le 2e foyer de peuplement, loin devant les Etats-Unis et le Japon. Toutefois sa part dans la population active mondiale ne cesse de baisser.
Le vieillissement démographique est rapide et les conséquences à long terme sont nombreuses : augmentation des dépenses de santé, problèmes du financement des retraites, capacité d’innovation réduite…
Autre défi : un potentiel de main d’œuvre mal utilisé. La croissance en emplois est limitée et le chômage demeure un fléau partout en Europe. Le niveau des salaires incite les entreprises à se délocaliser, pour les activités de production, hors d’Europe, alors que la main d’œuvre est particulièrement qualifiée.
d. L’UE, un espace encore trop morcelé
L’UE souffre de son faible poids politique. Sa capacité d’influence sur les règles du jeu de la mondialisation reste inférieure à celle des Etats-Unis ou des FMN.L’Europe ne parle pas encore d’une seule voix… et doit pour cela achever son union politique.
Face à des marchés unis et cohérents, l’Europe oppose un ensemble disparate : des marchés concurrents plus que complémentaires, des entreprises encore trop largement perçues comme nationales et l’absence d’une réelle politique commune sont autant de handicaps.
L’intégration inachevée de ses systèmes de transports renforcent ce morcellement et accentue les inégalités et les déséquilibres entre un centre et ses périphéries.
3. L’euro, symbole de l’ambiguïté de la puissance européenne
a. L’euro et la réussite européenne
La monnaie unique est un facteur d’harmonisation :
· elle fait disparaître les risques de fluctuations des monnaies européennes ;
· elle stabilise les échanges ;
· elle offre une plus grande transparence des prix et des coûts ;
· elle renforce l’interdépendance entre les Etats membres.
L’euro est donc plus qu’un symbole de puissance. Il est un créateur de puissance.
b. Un second rôle face au dollar
L’euro reste toutefois surévalué par rapport au dollar et ne parvient pas à s’imposer comme monnaie de référence dans les échanges internationaux.
L’essentiel
Première puissance économique mondiale, l’Union Européenne est l’un des trois centres d’impulsion de l’économie mondiale. Pôle de la Triade, elle est un acteur économique de premier ordre, un partenaire ou un concurrent dans de nombreux domaines (agriculture, aéronautique …).
Pourtant, malgré ses succès, l’UE reste une puissance inachevée : elle souffre de son manque d’unité. Son dynamisme est freiné par son manque de capacité d’innovation, sa dépendance ou le vieillissement de sa population.L’euro résume à lui seul ces contradictions : vecteur de puissance, il subit toujours l’hégémonie du dollar.


Contraintes et menaces de l’espace japonais
1. Une situation favorable à l’apparition des aléas
a. Une zone de contact tectonique entre Asie et Pacifique
L’archipel japonais est en partie composé d’une chaîne de montagnes imposantes (environ 70 % de la superficie du pays avec des sommets dépassant 3 000 mètres) en formation depuis l’ère tertiaire. Résultat du glissement de la plaque pacifique sous la plaque eurasiatique, ce dispositif est à l’origine de nombreux tremblements de terre (1 500 par an en moyenne) qui frappent parfois durement certaines zones du pays. Les volcans et les phénomènes associés (sources d’eau chaude) sont nombreux. Le volcan le plus célèbre du pays, le Mont Fiji (Fiji-San), a été érigé au rang de symbole national.
b. Un climat sous avis de tempête
L’archipel est sous l’influence de vents provenant du Sud-Est. Le régime des précipitations est dominé par le phénomène de la mousson. Les précipitations sont abondantes en été et en automne, périodes pendant lesquelles peuvent survenir de violentes tempêtes tropicales ou typhons. A l’intérieur et à l’abord des massifs, l’abondance des précipitations dans un pays où les reliefs de montagnes sont importants augmente les menaces de glissements de terrain.
2. Les menaces contre une société qui ne réussit pas toujours à réduire sa vulnérabilité
a. Les aléas climatiques liés à la position pacifique
L’économie japonaise se développe sur une portion réduite de l’archipel. Elle repousse les limites du peuplement concentré dans les plaines et des villes progressant vers le littoral : multiplication des polders et surtout des zones de remblais aménagées pour l’industrie ou les transports (ex. : aéroport international du Kansai [Osaka] construit sur une île artificielle). Cette progression vers la mer favorise une vulnérabilité importante face aux typhons menaçant surtout les régions littorales très peuplées, ou face aux tsunamis (raz de marée) consécutifs aux séismes sous-marins dans le Pacifique.
b. Des séismes destructeurs
Les séismes sont très fréquents et les plus puissants (230 environ depuis l’an 1000) ont entraîné des destructions impressionnantes : 100 000 victimes dans le tremblement de terre ayant détruit Tokyo en 1923. En dépit d’une législation imposant des normes antisismiques aux nouveaux bâtiments, le tremblement de terre de Kobé (janvier 1995) a montré à quel point le bâti ancien (ou traditionnel) était encore un facteur d’accroissement de la vulnérabilité (incendies). La destruction des réseaux (routes, autoroutes parfois construites aux normes antisismiques) a également mis en valeur la fragilité des mesures en matière de gestion des crises sismiques.
3. Les menaces liées aux activités humaines
a. Les altérations de l’environnement urbain
La croissance urbaine et industrielle a contribué à l’évolution de certains paysages (dégradés pour certains, modifiés pour d’autres…). L’impact de ce phénomène est encore plus fort dans les villes et leurs périphéries en raison des pollutions des eaux et de l’air. Les distributeurs d’oxygène observés dans certains magasins de Tokyo manifestent – sinon une réalité de l’altération de l’atmosphère urbaine – au moins une inquiétude forte des populations.
b. Les menaces technologiques et chimiques
Les activités industrielles sont à l’origine de pollutions à l’arsenic, au cadmium, au mercure dans des régions entières (baie de Tokyo, région de Nagoya, de Kobé-Osaka…). Ces pollutions industrielles affectent les eaux de surface comme les nappes phréatiques (dans ce cas, l’agriculture intensive a sa part de responsabilité en raison de l’emploi d’engrais chimiques). Enfin, le risque technologique et chimique quitte les murs et les périphéries des usines. Il est désormais un outil au service du terrorisme comme l’a montré l’emploi du gaz neurotoxique sarin dans le métro de Tokyo en mars 1995.
L’essentiel
En raison de la présence d’une montagne prédominante, le peuplement de l’archipel japonais s’est concentré sur les plaines littorales représentant moins du tiers de la superficie du pays. Les villes multimillionnaires, les activités industrielles ont dû se développer le long des littoraux. Les phénomènes volcaniques, sismiques et les tempêtes tropicales pouvant survenir pendant l’été ou l’automne représentent les aléas majeurs susceptibles de provoquer des dommages très graves pour une société organisée et aux densités de peuplement et d’aménagement élevées. Par ailleurs, la société japonaise elle-même génère une variété de risques (accidents technologiques, pollutions, attaques terroristes aux gaz toxiques) qui ont déjà montré que la vulnérabilité dépend tant des phénomènes liés aux milieux que de la société elle-même.


La Chine, nouvelle puissance économique.

Objectifs : Alors que dans les années 1960, la Chine apparaît encore comme un pays largement rural, replié sur lui-même, c’est désormais une puissance économique de premier plan. Comment la Chine a pu se moderniser et devenir un géant économique ?
1. « Quand la Chine s’est éveillée »
Depuis 1949, la Chine est un état communiste. Jusqu’en 1977, la voie chinoise, ou « maoïsme » privilégiait l’autarcie économique, le développement rural et une très forte centralisation de la production (l’Etat décidait des commandes et attribuait les matières premières aux entreprises nationales). Après la mort de Mao en 1976, des dirigeants chinois modernistes, tel Deng Xiaoping, ont décidé d’ouvrir l’économie chinoise sur l’extérieur pour lui permettre de rattraper son retard sur l’Occident et les pays asiatiques voisins. A titre expérimental, des zones économiques spéciales (ZES) ont été créées en 1980 sur le littoral (à Shenzhen par exemple) avec une fiscalité et des lois sociales avantageuses, dans le but d’attirer les capitaux étrangers. Au cours des années 1980 et 1990, une large partie du secteur productif d’état a été privatisé. Face au succès des ZES, le dispositif a été élargi à d’autres régions du littoral chinois. En 1992, Deng Xiaoping lance publiquement le concept étonnant « d’économie socialiste de marché » : le pouvoir reste communiste mais le système économique s’oriente vers le capitalisme. Le pays se dote de bourses et fait son entrée à l’OMC en 2002.
2. L’atelier du monde
Par l’abondance d’une main d’œuvre très bon marché (les salaires chinois sont 40 fois inférieurs à ceux des ouvriers américains), un soutien du pouvoir et une localisation stratégique près des voies maritimes majeures, la Chine a connu un développement économique rapide. Sur la période 1990 et 2006, la croissance chinoise a été d’environ 10%/an. Les provinces littorales sont désormais « l’atelier du monde » et le « made in China » devient la norme (20% des textiles mondiaux, 70% des jouets et 98% des articles de Noël par exemple). La Chine est ainsi en 2006 le troisième exportateur mondial (après les Etats-Unis et l’Allemagne, mais devant le Japon). Au rythme actuel de la croissance, il est très probable qu’elle devienne la première puissance économique du monde en 2050. Le pays attire les capitaux étrangers (c’est le premier pôle d’accueil des IDE, Investissements direct à l'étranger) venus de la diaspora chinoise d’Asie et plus largement du reste de la Triade (Japon, Etats-Unis, Union européenne). Les multinationales étrangères y implantent leur centre de production et les transnationales purement chinoises prennent aussi de l’importance (TCL dans l’électroménager, China Petroleum pour les hydrocarbures ou Lénovo, 3e fabricant mondial d’ordinateurs). Les métropoles chinoises s’embellissent en laissant une place de plus en plus importante aux automobiles, signe de l’enrichissement d’une nouvelle classe moyenne avide de consommation. Les ports profitent d’une économie largement ouverte vers la façade maritime. Des travaux importants ont augmenté la capacité du port de Shanghai, devenu depuis 2005 1er port mondial de marchandises. Pour alimenter ses industries et ses marchés de consommation, la Chine importe des quantités importantes de matières premières, faisant gonfler leur cours mondiaux.
3. Les fragilités de cette puissance
Cette croissance très rapide a cependant des conséquences négatives. Les autorités craignent un emballement de la machine économique et surveille de près l’inflation. La prospérité a aussi inégalement enrichi les chinois. Des « nouveaux riches » affichent ostensiblement leur fortune alors que les conditions de vie (et de travail) des ouvriers sont souvent très difficiles. Les inégalités sont aussi spatiales. Les revenus dans les provinces littorales (plus de la moitié de la production industrielle totale) sont nettement supérieurs au reste du pays (la Chine de l’intérieur, soit 70% du territoire). Le PIB/habitants à Shanghai est trois à quatre fois plus élevé que dans le Yunnan (Province du sud-ouest de la Chine). Le gouvernement chinois essaye de réduire ces écarts, mais l’inertie économique est difficile à changer (les capitaux étrangers s’intéressent surtout à la façade maritime). Enfin, les campagnes ont été tenues à l’écart d’une croissance surtout urbaine. Les conditions de vie y sont toujours difficiles et elles se contentent bien souvent de fournir la main d’œuvre nécessaire aux usines de la côte.
L'essentielLa Chine s’est ouverte au commerce mondial depuis 1979, d’abord par des Zones Economiques Spéciales (ZES), puis plus largement en privatisant les entreprises d’état et en favorisant l’arrivée d’investissements étrangers. Cela a permis un décollage économique rapide et très important (10% de croissance/an en moyenne dans les années 1990) et l’enrichissement d’une nouvelle classe moyenne. Le pays est devenu le 3e exportateur de la planète. Toutefois, cette croissance est inégale selon les espaces et favorisent plutôt les provinces littorales que l’intérieur du pays plus pauvre.