1. Un espace mondial dominé par les échanges
a. L’augmentation des échanges mondiaux
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et plus encore depuis le début des années 1970, les échanges internationaux de marchandises, d’information et de capitaux se sont accrus. Entre 1976 et 1995, la valeur des exportations de marchandises est passée de 1 000 à 5 000 milliards de $. De la même manière, la valeur des exportations de services marchands est passée de quelques dizaine de milliards à plus de 1 000 milliards de $ pendant la même période. Les exportations de tous les pays se sont accrues en raison du développement des firmes multinationales. Les échanges mondiaux sont devenus plus faciles grâce à l’amélioration des conditions et de la rapidité du transport et à la libéralisation des échanges.
b. Les partenaires privilégiés des échanges
Le commerce mondial est marqué par des déséquilibres importants : les espaces producteurs de produits énergétiques sont en grande partie des pays du Sud tandis que les plus grands pays consommateurs sont les pays industrialisés (Amérique du Nord, Europe, Japon). Ce type de discordance spatiale est l’une des raisons majeures de l’augmentation des échanges. Les produits manufacturés progressent le plus fortement et représentent aujourd’hui les 2/3 des échanges. Les échanges des services sont principalement opérés entre les pays les plus riches de l’hémisphère nord, qui agissent comme des centres de décision et d’impulsion mondiaux.
c. Le commerce : agent de la mondialisation
Le commerce international est un agent important de l’internationalisation des économies. Deux tiers des échanges sont effectués entre trois pôles principaux (Amérique du Nord à hauteur de 16 %, Europe pour 45 % et Asie pour 26,5 %). On assiste toutefois à l’émergence de nouveaux pôles dans la zone pacifique et dans l’océan Indien. L’interdépendance entre les économies de la planète se renforce au fur et à mesure que les échanges augmentent.
2. Les voies des échanges mondiaux
a. La prépondérance des échanges maritimes
Les échanges de marchandises s’effectuent essentiellement par voie maritime. Entre 1985 et 1995, les tonnages transportés ont augmenté de plus de 25 %. De grandes façades maritimes équipent les grands ensembles continentaux des pays industrialisés : la façade nord-est (de Montréal à Philadelphie) et la façade ouest (de Los Angeles à Vancouver) des Etats-Unis, la façade nord-ouest européenne, la façade japonaise et la façade Sud-Est asiatique. Tous les grands ports (et les grands ports de conteneurs) tels que Hong Kong, Singapour, Rotterdam, Anvers, Shanghai, Los Angeles… sont situés dans des espaces continentaux ou régionaux ayant joué la carte de l’industrie (pays anciennement et nouveaux pays industrialisés). En 1996, on estimait à près de 4,8 milliards de tonnes le trafic mondial des marchandises.
b. Les échanges d’information comme fondement du pouvoir
Les pays industrialisés disposent des moyens techniques et des technologies nécessaires pour disposer du contrôle sur les échanges d’information qui est essentiel à tout organe de pouvoir (politique, militaire, économique ou financier). Par exemple, l’agence Reuter (agence d’information financière) dispose du deuxième réseau de satellites après celui de l’armée américaine. Les technologies de l’information et de diffusion sont contrôlées par des entreprises américaines. Les Européens et les Japonais disposent également de réseaux d’information qui complètent ou concurrencent parfois le réseau américain.
c. L’augmentation des échanges de capitaux
Les pôles de la finance mondiale se trouvent également dans les pays anciennement ou nouvellement industrialisés. New York, Londres ou Tokyo correspondent aux places boursières les plus actives au point de modeler une partie des centres urbains des grandes villes (Wall Street, City de Londres). La mobilité des capitaux dans les différentes bourses du monde permet une circulation de l’argent facilitée par l’ouverture des capitaux et le développement des pratiques spéculatives. Ces pratiques peuvent parfois entraîner des effets dévastateurs comme dans le cas de la crise asiatique. La rapidité des échanges d’information est dans ce type de situation un élément pouvant aggraver les effets d’une crise boursière. Au total, l’internationalisation des échanges et la création d’un système d’échanges ouverts à l’échelle mondiale n’a eu pour effet de résorber le déséquilibre Nord-Sud. Bien au contraire, les échanges s’effectuent entre trois aires géographiques privilégiées qui assurent 87,5 % des échanges mondiaux.
L’essentiel
Trois zones géographiques assurent 87,5 % des échanges mondiaux (Asie, Europe et Amérique du Nord). Elles disposent des principales places boursières, du plus fort potentiel technique et technologique. Elles maîtrisent les technologies de l’information et elles ont développé les interfaces maritimes les plus équipées du monde pour les échanges de marchandises.
Les métropoles au coeur de la mondialisation
Objectif : Parmi les acteurs et centres d'impulsion de la mondialisation, les métropoles jouent un rôle majeur. Les principaux flux passent par elles et à ce titre, elles sont le véritable cœur du réseau. Comment la métropolisation renforce-t-elle ce rôle ?
1. Les villes mondiales
a. Définition
Dans le processus de mondialisation, certaines métropoles ont la capacité d'exercer une influence (économique, culturelle, politique) mondiale : on les appelles villes mondiales ou villes globales.Plus que les pays, elles concentrent les flux et le pouvoir économique.On en compte entre 20 et 50 environ, pour la plupart dans les pays développés. Au sommet de leur hiérarchie se trouvent New York, Tokyo, Londres et Paris. Ce ne sont pas forcément les villes les plus peuplées (Francfort qui en fait partie n'a qu'un million d'habitants), ni les plus riches (Osaka ou Berlin n'en font pas partie).
b. Leurs caractéristiques majeures
Elles s'intègrent d'abord très bien aux réseaux (de transport, de télécommunications ou de circulation financière). Elles sont très accessibles, notamment les unes par rapport aux autres.Elles concentrent aussi les services (en quantité et en qualité), ainsi que la richesse (sièges sociaux, bourses). Le produit urbain brut de Paris est équivalent au PIB du Mexique ; la richesse dégagée par la seule métropole new-yorkaise est huit fois celle de l'Inde.Ces villes produisent aussi de l'information et communiquent avec la planète (grands quotidiens, chaînes de télévision). Elles sont aussi les lieux de l'innovation (mode, information, demandes culturelles). Enfin, elles participent à la direction du monde (gouvernements nationaux, sièges de multinationales, instances internationales ou régionales : ONU à New York, Banque centrale européenne à Francfort, ...).
On trouve dans toutes ces métropoles des quartiers d'affaires (CBD) de taille souvent importante (Manhattan pour New York, La Défense à Paris où travaillent plus de 30 000 personnes...). Il est à noter que des villes mondiales secondaires apparaissent dans les pays en voie de développement. C'est le cas de Sao Paulo qui concentre de plus en plus les fonctions économiques du pays, ou encore de Séoul en Corée du Sud. Pour ces métropoles du Sud, l'écart de richesse produite entre les métropoles et le reste du pays est très important (ce phénomène est également vrai pour les pays du Nord, mais en moins prononcé). Les bidonvilles côtoient souvent les luxueux gratte-ciels. On peut enfin préciser qu'à part Johannesburg, il n'existe pas de ville mondiale en Afrique.
2. L'archipel mégalopolitain mondial (A.M.M.)
Toutes ces villes mondiales sont reliées dans un réseau. 20 métropoles gèrent ainsi 85 % des flux financiers mondiaux. 25 aéroports concentrent 70 % du trafic aérien.Ces métropoles ont donc des relations intenses entre elles, souvent plus qu'avec le reste du pays où elles se trouvent. Ces échanges s'expliquent par leurs activités communes et des intérêts convergents. A ce titre, elles apparaissent aux yeux de certains géographes comme différentes îles d'un même archipel mondial, d'où l'expression « archipel mégalopolitain ».
On peut en effet regrouper les villes mondiales par zones de concentration urbaine et économique, les mégalopoles. Si on estime leur nombre à six environ, trois se démarquent par leur importance : la côte Est des États-Unis, la dorsale européenne de Londres à l'Italie du Nord, et l'axe urbain japonais de Tokyo à Fukuoka. Il s'agit donc des pôles où la mondialisation se décide et se fait.Enfin, il arrive que les autres métropoles secondaires soient emportées dans le sillage des plus importantes (c'est le cas de Moscou, Mexico, Sydney, ou encore Singapour).
L'essentiel
Les métropoles sont les pôles essentiels de la mondialisation. Les plus importantes sont appelées villes mondiales ou villes globales. Elles concentrent les flux, les services et les pouvoirs économiques ou politiques. Elles exercent surtout une influence mondiale.Les relations sont souvent intenses entre elles. Surtout situées dans les pays développés, on en voit toutefois apparaître dans les pays du Sud. Pôles de richesse et de pouvoir, elles se regroupent dans des zones de concentration urbaine et économique : les mégalopoles. Celles-ci constituent des sortes d'îles d'un archipel mondial, échangeant les unes avec les autres en ignorant largement les frontières.
Les modalités de mise en œuvre de la mondialisation
Objectif : La mondialisation est un processus essentiel du monde contemporain : il transforme les territoires et les économies, change la vie quotidienne, développe des pays et en marginalise d'autres, contribue à la circulation mondiale des idées et des marchandises. Quelles sont ses modalités de mise en oeuvre ? Comment expliquer son importance actuelle ?
1. Un phénomène ancien qui s'est accéléré au XXe siècle
a. Un héritage historique
Une première mondialisation apparaît en fait au XVIe siècle avec les Grandes découvertes et le développement du grand commerce atlantique. Les produits (et les idées) passent les océans : le commerce triangulaire des esclaves l'illustre bien. Les Provinces-Unies (Pays-Bas actuel) sont au XVIIe siècle le centre de l'économie mondiale et développent le capitalisme marchand. Avant la Révolution française, la France et l'Angleterre contrôlent à eux deux le quart du commerce mondial.
Le XIXe siècle voit l'industrialisation changer radicalement la structure de l'économie. Les produits sont moins coûteux à produire, les transports s'améliorent (la vapeur remplace la voile) : la logique d'exportation s'impose. A la même époque, la colonisation entraîne une circulation importante des hommes et des capitaux. L'Europe investit partout dans le monde et l'Angleterre est en 1900 le premier investisseur mondial.Malgré des réflexes protectionnistes en temps de crise (dans les années 1930 notamment), l'idée libérale fait aussi son chemin et les frontières tendent à s'ouvrir.
b. Les progrès technologiques du XXe siècle
A partir de 1945, des innovations technologiques vont encore renforcer ce phénomène. Cela se voit notamment par l'accroissement des capacités des navires et des avions. Des bateaux de grande taille spécialisés dans un transport particulier apparaissent (les « supertankers » pour le pétrole par exemple). Le transport aérien est de plus en plus rapide (aucun pays n'est à plus de 24 heures d'avion de Paris désormais). Pour accélérer le transfert de marchandises, la conteneurisation est la norme et les grands ports (Rotterdam, Singapour, Hong-Kong) ou aéroports deviennent des plate-formes multimodales. Le temps de transport diminue et les coûts se réduisent.
En conséquence, le tonnage transporté par les navires est multiplié par deux entre 1970 et 2000. Depuis 1990, le transport aérien a augmenté de 40 %. Le volume du commerce mondial est 16 fois supérieur à ce qu'il était en 1945.Des progrès colossaux sont aussi accomplis dans les télécommunications : liaisons satellites, téléphones portables, Internet... Les informations et les capitaux s'échangent désormais de façon instantanée. Les attentats du 11 septembre 2001 ont ainsi été vus en direct dans le monde entier. La circulation des capitaux fonctionne en continu.
2. Les facteurs économiques et politiques
a. Des marchés de plus en plus ouverts
Depuis 1945, la libéralisation mondiale des échanges s'accélère. Créé sous l'égide de l'ONU en 1947, le GATT (Accord Général sur les Tarifs douaniers et le Commerce) plaidait dans ce but et a largement contribué à abaisser les barrières douanières. L'OMC le remplace depuis 1994 mais suit toujours la même politique. Le FMI et la Banque mondiale octroient des prêts aux pays, en échange de mesures libérales et d'ouverture de leurs marchés.Ce phénomène est amplifié par l'éclosion de marchés régionaux. Sur le modèle de l'Union européenne (qui inaugure un marché commun à 6 en 1957), d'autres zones mondiales tentent de créer des zones de libre-échange :
• l'ALENA (pour l'Amérique du Nord) en 1993,• l'ASEAN (1967),• le MERCOSUR (1991).
Les marchandises circulent librement à l'intérieur de ces zones et il existe généralement un tarif extérieur commun aux membres de l'Union.Les politiques nationales et régionales contribuent donc largement à la diffusion de la mondialisation.
b. Les multinationales et la division internationale du travail
A côté des états, il faut signaler le rôle très actif des multinationales. L'idée n'est pas nouvelle : à ce titre, les Compagnies des Indes (hollandaises, anglaises ou françaises) préfigurent déjà les FMN actuelles. Toutefois, dans leurs formes contemporaines, les multinationales se développent largement après 1945. La croissance de leur nombre est d'ailleurs concomitante de la mondialisation. 7 000 vers 1965, elles sont environ 63 000 en 2000. Profitant de l'ouverture des frontières, elles investissent à l'étranger, pour acheter de la matière première, trouver de nouveaux clients ou délocaliser la production dans des pays moins coûteux en main d'œuvre. C'est la division internationale du travail : la recherche, la direction et la production sont séparées géographiquement et souvent dans des pays différents, de plus en plus éloignés.
3. Les facteurs sociaux
a. L'importance de la demande
La mondialisation s'explique aussi par l'augmentation de la consommation mondiale, elle-même dopée par la croissance du niveau de vie. Celui-ci n'a jamais été aussi élevé, ni aussi largement répandu à ce niveau qu'actuellement. Certes, cela concerne surtout les pays développés mais les pays émergents ne sont pas à l'écart. Les classes moyennes chinoises cherchent ainsi grandement à s'équiper en automobiles et découvrent les joies de la grande distribution.
b. L'abondance de la main d'œuvre dans les PED
Les délocalisations, une des conséquences de la mondialisation, s'expliquent par une main d'œuvre abondante et peu coûteuse dans les pays en voie de développement.Quand un ouvrier dans l'habillement coûte 14 dollars par heure (charges sociales incluses) dans l'Union européenne, on ne le paye que 2 dollars en Europe centrale et un demi dollar en Inde. Cette main d'œuvre n'est d'ailleurs pas toujours sous-qualifiée. La région de Bangalore en Inde s'est ainsi spécialisée avec succès dans la programmation informatique. Alors que les délocalisations concernaient surtout la production industrielle, elles s'intéressent aussi désormais aux services.
L'essentiel
Le phénomène complexe et multiforme de la mondialisation résulte de plusieurs aspects. Il a pris naissance au temps des grandes découvertes, s'est internationalisé au XIXe siècle et a connu une croissance exponentielle au XXe siècle. Cela s'explique par les nombreux progrès techniques (dans le transport) et technologiques (pour les télécommunications notamment).
L'ouverture des marchés depuis 1945, favorisée par les marchés régionaux, a eu une conséquence : le développement des stratégies internationales des entreprises. Enfin, la demande (en produits de toutes natures) dopée par la hausse du niveau de vie, ainsi que l'offre en main-d'œuvre peu coûteuse dans les PED, contribuent à rétrécir le monde un peu plus chaque jour.
Mondialisation et accroissement des inégalités dans le monde
Objectif : La mondialisation a un impact majeur sur les économies et le développement des pays. Face à ce phénomène, ils ne semblent pas à égalité : certains contrôlent ou impulsent la mondialisation, alors que d’autres la subissent. Si les inégalités ont toujours existé, sont-elles accentuées ou réduites par ce processus ? La mondialisation aggrave-t-elle la fracture Nord/Sud ?
1. Un paradoxe : de plus en plus de riches et de plus en plus de pauvres
Jamais les hommes n’ont produit autant de richesses. La planète est 45 fois plus riche en 2000 qu’elle ne l'était en 1900. La consommation générale de biens et de services est deux fois plus importante en 2003 qu’en 1980. L’espérance de vie a augmenté de 20 ans en moyenne dans les PED depuis 30 ans. Trois fois plus d’humains ont accès à l’eau potable en 2006 qu’en 1975. Mais parallèlement, il n’y a jamais eu autant de pauvres. 50 % de la population mondiale vit avec moins de 2 $ par jour (base monétaire pour assurer la nourriture, les soins de base et le logement). Si la proportion des pauvres a diminué, leur nombre a augmenté mécaniquement par la croissance démographique. Il y a donc un partage territorial très inégal des richesses. 1 % des plus riches disposent d’un revenu cumulé égal à la somme de celui de 57 % des humains les plus pauvres ; 20 % des plus riches reçoivent 83 % du revenu mondial et les 20 % des plus pauvres seulement 1,5 %. Ces inégalités économiques se conjuguent avec des inégalités sociales et démographiques. 20 % des humains les plus riches consomment 45 % de la viande, 58 % de l’énergie, possèdent 87 % des véhicules. Certes, l’espérance de vie augmente dans le Sud (55 ans en 1970, 66 ans en 2000), mais la différence reste très marquée avec le Nord (79 ans). Un quart de la population mondiale n’a pas accès à l’électricité. Selon la FAO, 842 millions d’humains (94,7 % au Sud et surtout des paysans) souffrent de la faim. Même la société d’abondance dans les pays développés donne l’impression que les progrès ne sont pas partagés par tous (SDF).
2. Des progrès inégalement partagés
En fait, la mondialisation a un effet différent selon les pays concernés. Les pays de l’Asie orientale ont réussi grâce à la mondialisation à réduire leur écart avec les pays de l’OCDE. Par l’ouverture à l’économie de marché, la Chine a vu quadrupler son RNB en 20 ans ; elle est devenue le 5e exportateur de la planète. La Corée du Sud est devenue un pays développé, surtout grâce à son économie extravertie et à ses puissantes transnationales (les chaebols : Daewoo, Hyundai, Samsung). La croissance rapide de ces pays asiatiques inquiète les pays du Nord qui voient leurs usines se délocaliser dans ces régions. Mais sur la même période, l’évolution est complètement inverse pour l’Afrique subsaharienne (le revenu par habitant de la région en 1975 correspondait à 1/6e de celui de l’OCDE ; il ne représente aujourd'hui plus que 1/14e). Les pays de la zone, dont le commerce repose surtout sur les matières premières, accroissent leur dépendance économique avec les pays du Nord (le cours de tous les produits agricoles, y compris le café et le cacao, est ainsi défini à la bourse de Chicago). La richesse en ressources naturelles n’est pas non plus une garantie de développement : des pays pétroliers du Sud sont devenus rentiers, donc dépendants du cours de la matière première (comme pour le Nigéria ou les pays du Golfe, pas tous aussi prévoyants que Dubai qui s'est reconverti avec succès dans le tourisme). Les PMA restent à l’écart de la mondialisation, des flux financiers et de capitaux. L’impact est donc nettement positif pour les pays à revenu intermédiaire ou élevé mais pas pour ceux aux revenus faibles. Il semble exister un « effet de seuil » : un niveau de richesse minimum paraît nécessaire pour qu’une économie puisse tirer avantage de sa participation à la mondialisation. A l’échelle d’un pays, les progrès peuvent s’avérer fragiles. Le Brésil, qui a largement ouvert son économie et qui connaît une croissance économique forte, est aussi l’un des pays les plus inégalitaires de la planète. Il y a dans la population brésilienne 34 % de pauvres (mais 80 % sont dans le Nordeste pour « seulement » 18 % dans l’Etat de Sao Paulo, le plus dynamique économiquement.) La crise asiatique de 1997 a aussi mis en évidence la fragilité d’un développement économique trop brusque.
3. Une nécessaire prise de conscience mondiale
Les bénéfices de la mondialisation ne sont pas automatiques (des mesures d’accompagnement sont nécessaires) et les pays doivent se l’approprier pour y trouver leur place. Au site inca de Machu Picchu (Pérou), la mondialisation a entraîné l’importation de boissons étrangères (ruinant la production locale) mais a ouvert le site aux touristes du monde entier (ce qui a dopé les productions artisanales de céramique ou de tissu). Parallèlement, pour réduire les inégalités mondiales, les pays développés ont leur rôle à jouer par le mécanisme de l’aide publique au développement. Or, malgré leurs promesses, celle-ci a nettement diminué : estimée à 0,30 % du revenu des pays donateurs en 1990, elle n’en représentait plus que 0,25 % en 2003. Depuis 1992, cette aide est en baisse régulière. D’ailleurs, dans certains pays, les capitaux envoyés par les expatriés dépassent le montant de l’aide internationale reçue. Les pays développés se justifient en expliquant que l’aide est parfois détournée en achats militaires ou au profit de dirigeants corrompus. Les ONG, acteurs de la mobilisation, jouent aussi leur rôle dans la réduction des inégalités. Elles opèrent des transferts d’argent importants et jouent un rôle crucial lors des catastrophes humanitaires. Mais le risque est fort d’une dépendance des populations vis-à-vis de l’aide humanitaire. Enfin, la Banque mondiale, dont l’action suscite la critique des altermondialistes, a pour vocation première de lutter contre la pauvreté. Pour octroyer les prêts, elle impose une politique de rigueur budgétaire, de privatisation et d’ouverture au commerce international.Depuis 2003, cette institution onusienne a pris conscience des limites de cette politique trop libérale et cherche à associer davantage les ONG, la société civile et les Etats, tout en tenant compte à la fois des spécificités locales et du développement durable. La multiplicité des acteurs rend toutefois difficile un changement de cap global d’une mondialisation capitaliste dans un rôle plus social.
L’essentiel La mondialisation tend à renforcer les espaces déjà favorisés, à susciter le développement des pays les plus à même de s’y intégrer (Asie) mais fragilise aussi des économies plus dépendantes (Afrique).Jamais le monde n’a connu autant de riches mais jamais il n’y a eu autant de pauvres. Toutefois l’analyse doit être conduite à différentes échelles car localement, la mondialisation peut s’avérer néfaste pour certains secteurs économiques tout en en favorisant d’autres. Elle doit donc être régulée par l’action des Etats, des ONG, voire de la Banque mondiale, dans l’objectif de réduire les inégalités.
La mondialisation, seule clé de lecture du monde ?
Objectif : La mondialisation est un phénomène inéluctable avec des conséquences nombreuses et profondes sur les pays. Elle n’est cependant pas la seule clé pour comprendre le monde actuel : les aires de civilisations, le rôle des Etats ou les regroupements régionaux sont autant d’éléments à prendre en compte. Quelle est l’importance de ces facteurs dans la compréhension du monde contemporain ?
1. Des aires de civilisation
Le terme « civilisation » apparaît au XVIIIe siècle pour séparer ce qui est policé, dans la société de ce qui est « barbare ». Dès le départ, le mot est singulier : on ne conçoit qu’une civilisation, la civilisation européenne, les autres étant méprisées ou jugées inférieures. Cette distinction se retrouve à la base du processus de colonisation. Désormais, le sens du mot a évolué et désigne l’ensemble des caractères culturels (langue, religion…) et matériels (institutions, idées politiques, systèmes économiques…) d’une société humaine. Samuel Huntington, professeur à Harvard a déterminé neuf zones dans son ouvrage célèbre Le choc des civilisations (1997).Elles sont basées essentiellement sur l’histoire et la religion. Ainsi, le christianisme est fondamental dans la civilisation occidentale, tout comme l’Islam peut l’être pour le monde musulman. Certaines reposent sur à la fois sur un espace géographique et une philosophie (monde bouddhiste en Asie). Selon les auteurs, le découpage en aires de civilisation est très variable. Certains ne conçoivent que 6 zones alors que d’autres en mentionnent jusqu’à 10. Par le développement des échanges et la circulation des informations, un brassage des civilisations s’opère. Elles diffusent leurs valeurs et leurs pratiques culturelles bien au-delà de leurs espaces d’origine (on peut penser au succès du Bouddhisme dans les pays anglo-saxons ou à la diffusion mondiale de fêtes chrétiennes comme Noël). Toutefois, ce phénomène engendre parfois des rejets, des crispations voire des réactions identitaires parfois violentes (l’extrémisme musulman s’oppose ainsi au modèle occidental, jugé décadent et nuisible).
2. Des Etats toujours présents
On pourrait croire que l’Etat ne peut pas lutter avec la mondialisation. En effet, les firmes transnationales produisent pour le marché mondial, les flux de marchandises passent les frontières et les capitaux échappent largement à son contrôle (surtout s’ils sont de source illégale). Des arbitres internationaux peuvent aussi imposer des règles (OMC, FMI, Union européenne) et les ONG exercent des pressions médiatiques. Toutefois, la disparition de l’Etat est à nuancer largement. Le FMI et la Banque mondiale par exemple, dépendent largement des décisions politiques des Etats qui contribuent à leur budget, avec au premier rang les Etats-Unis. Le Conseil de sécurité de l’ONU est l’objet de tractations intenses entre les Etats, surtout les cinq membres permanents disposant d’un droit de véto. Les décisions des organismes supranationaux sont donc dépendantes des volontés des états qui y débattent. L’OMC par exemple, est largement paralysée par les alliances entre les différents pays. Les firmes transnationales conservent la majorité de leurs activités et leur siège dans leur pays d’origine. L’Etat est enfin un acteur économique important (par les subventions ou les politiques d’aménagement du territoire, il peut attirer –ou décourager- les IDE, investissements directes à l'étranger). D’ailleurs, l’absence d’Etat est un frein au développement (les pays africains déchirés par la guerre civile n’attirent ni les investisseurs ni les firmes transnationales).
3. Les regroupements régionaux
Pour faire face à la mondialisation et peser davantage dans l’économie mondiale, les Etats ont cherché à se regrouper et à créer des unions régionales. Apparu après la Seconde Guerre mondiale, le mouvement est en plein essor. Il existe différents degrés de regroupements :
• Les rencontres régulières (OCDE, APEC pour la zone Asie-Pacifique) • Les projets régionaux ou zones de libre-échange (ALENA : Accord de Libre-échange de l’Amérique du Nord regroupant les Etats-Unis, le Canada et le Mexique) • Le marché commun (ASEAN pour le sud-est Asiatique et MERCOSUR en Amérique du sud, autour du Brésil, de l’Argentine, du Paraguay et de l’Uruguay) • L'union économique avec des intentions politiques fédéralistes (Union européenne)
L’économie est toujours au centre de ces regroupements régionaux même si d’autres secteurs se rajoutent par la suite (l’éducation ou l’environnement). L’Union européenne est le bloc régional le plus intégré : libre circulation des hommes et des capitaux, politiques économiques et monétaires communes, monnaie unique...Elle constitue ainsi un modèle pour de nombreux pays (l’ASEAN réfléchit ainsi à une monnaie unique).Les pays toutefois sont partagés vis-à-vis de ces regroupements. Certains craignent d’y prendre une parcelle de souveraineté, d’autres souhaiteraient aller plus loin dans une démarche fédérale. Le projet de la ZLEA (Zone de Libre-échange des Amériques) suscite ainsi une forte opposition des pays d’Amérique du Sud face à une union qu’ils estiment trop étatsunienne et socialement dangereuse.
L'essentiel La mondialisation de la planète n’est pas le seul facteur d’organisation du monde. Elle ne réussit pas toujours en effet à dépasser le cadre des états et des aires de civilisation. Les regroupements régionaux constituent une échelle intermédiaire entre les pays et le monde.
Les enjeux environnementaux
Objectif : Le réchauffement de la planète est souvent attribué à la mondialisation. Celle-ci est d’ailleurs confondue avec la diffusion d’un modèle de consommation de masse, pollueur et prédateur des ressources de la planète (eau, énergie). La mondialisation est-elle vraiment responsable de la situation environnementale ou permet-elle une prise de conscience planétaire ?
1. La mondialisation détruit-elle l’environnement ?
On attribue à la mondialisation de nombreux problèmes environnementaux actuels : le réchauffement climatique, la déforestation, la pollution atmosphérique, l’érosion des sols voire la diffusion de nouvelles pandémies (grippe aviaire). Toutefois, la mondialisation n'est pas la seule coupable. La déforestation et la pollution par exemple résultent l’une de la pression démographique, l’autre d’un développement industriel et des transports qui remontent bien souvent au XIXe siècle (pour l’Europe et les Etats-Unis notamment). Le réchauffement climatique est dû très certainement à l’émission de plus en plus importante de gaz à effet de serre mais certains scientifiques rappellent qu’à l’échelle de l’humanité, il y a eu d’autres périodes de réchauffement sans que le Co2 n’en soit la cause.
La consommation excessive des ressources par les Etats-Unis est un risque pour notre planète. De même, certaines modes mondiales, telle que l’utilisation du bois exotique (comme le teck) ont eu des répercussions très négatives (déforestation massive, notamment en Indonésie). Enfin, l’augmentation des flux de marchandises et donc des transports, contribuent très largement au rejet de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Donc, si la mondialisation n’est pas la seule coupable, elle porte néanmoins une certaine responsabilité.
2. Débats et opinion publique
Dans les années 1970, le mouvement écologiste attire l’attention du monde sur les problèmes environnementaux (Greenpeace, première ONG écologiste, est fondée en 1971). En 1972, l’ONU crée le PNUE, Programme des Nations unies pour l’environnement, pour analyser ces aspects. Les catastrophes écologiques qui suivent (Seveso en 1976, Amoco Cadiz 1978, Bhopal 1984, Tchernobyl 1986) en consternant l’opinion publique mondiale, justifient la pertinence de cette réflexion.L’idée de rencontre mondiale autour de l’environnement fait son chemin. En 1992, à Rio, le premier « Sommet de la Terre » est organisé. Il réunit les représentants de 172 pays ainsi que ceux d’organisations non gouvernementales (ONG). La notion de « développement durable » y est mise en valeur. Il s’agit d’assurer le développement des sociétés sans nuire à l’environnement présent ou futur. A défaut d’obtenir des résultats concrets, ce sommet permet néanmoins une prise de conscience mondiale.A Kyoto en 1997, un protocole chiffré est mis en place pour réduire la pollution et l’émission des gaz à effet de serre. Bien que d’ampleur modeste (réduction de 5,25 % des émissions de dioxyde de carbone d’ici 2012), il n’est pas ratifié par toutes les nations. Les Etats-Unis, premiers pollueurs de la planète, refusent par exemple de le reconnaître, arguant qu’il serait une entrave au développement industriel du pays (ce qui n’empêche pas certains Etats de l’Union, comme la Californie, d’appliquer des mesures drastiques contre la pollution). Dans une logique libérale et mondialisée, les pays industriels préfèrent souvent recourir au « droit à polluer » en pratiquant des accords financiers avec des pays peu pollueurs afin de parvenir à une sorte de moyenne.Dix ans après Rio, un nouveau sommet mondial est organisé à Johannesburg. D’une tonalité plus pessimiste qu’en 1992, il bute sur les mêmes obstacles. Les pays du Nord et du Sud s’opposent sur le coût écologique du développement, aucun ne souhaitant réduire son confort matériel, pourtant souvent néfaste pour l’environnement. La très forte médiatisation de ce sommet, autre conséquence de la mondialisation, permet la diffusion internationale de ses enjeux.Actuellement, les efforts entrepris restent bien minces. La signature en 2004 du protocole de Kyoto par la Russie a permis sa mise en application l’année suivante. Au-delà des grands discours de principe, la protection de l’environnement se heurte souvent aux réalités économiques à courte vue. La mondialisation, coupable facile, permet toutefois grâce aux médias et aux ONG d’informer l’opinion publique mondiale et de faire changer les habitudes en faveur d’un développement durable.
L’essentiel
La prise de conscience écologique apparaît dans les années 1970 et se trouve renforcée par les grandes catastrophes qui s’enchaînent. La mondialisation en diffusant un mode de vie américain, basé sur la consommation de masse, représente un coût écologique important et exige beaucoup de ressources de la planète. Toutefois, elle permet aussi par le biais de grandes réunions internationales, une prise de conscience mondiale à défaut d’engagements précis (à l’exception du protocole de Kyoto, à l’œuvre depuis 2005).
La question du développement
Objectif : L’espace mondial présente de grandes inégalités entre les Etats, notamment entre ceux du Nord et ceux du Sud. Le développement semble ne concerner qu’un petit nombre de pays et la mondialisation s’exercer en laissant des continents entiers dans la fragilité économique et sociale (le « Tiers Monde »). Toutefois, cette vision est réductrice et doit être nuancée, les pays en voie de développement étant par exemple dans des situations très hétérogènes. Comment évaluer le développement et quels contrastes apparaissent dans le monde actuel ?
1. Définition et critères du développement
Le développement signifie une amélioration globale des conditions de vie d’une population d’un pays. C’est un processus sur le long terme. Il n’est pas synonyme de croissance économique car celle-ci peut avoir lieu sans que les richesses n’entraînent d’améliorations sociales (en n’étant pas partagées par exemple). Cela explique que le PIB/habitant n’est pas un critère satisfaisant pour mesurer le développement puisque basé sur la richesse, il n’indique rien sur des données sociales. D’autres critères pourraient être envisagés. L’espérance de vie par exemple est significative puisqu’elle varie de 37 ans en Zambie à 82 ans au Japon. On pourrait aussi classer les pays selon le taux d’actifs dans l’agriculture ou encore avec l’Indice Synthétique de Fécondité (ISF), autre aspect du développement : les Rwandaises ont 8,3 enfants en moyenne contre 1,3 seulement pour les Allemandes. Mais ces critères sont incomplets car ils n’abordent qu’un aspect. C’est pour cela que le PNUD (Programme des Nations unies pour le Développement) a mis en place l’Indicateur du Développement Humain (IDH). Celui-ci se calcule avec le PIB/habitant, l’espérance de vie et le taux d’alphabétisation. Il donne un chiffre entre 0 et 1 et permet une classification des pays, les pays développés étant au-dessus de 0,90. L’IPH (Indice de Pauvreté Humaine) mesure plus spécifiquement le taux de pauvreté dans la population. Il prend en compte l’espérance de vie, le taux d’alphabétisation ou d’illettrisme (pour les pays développés) et l’accès aux soins. Calculé différemment entre les pays développés et ceux en voie de développement, il ne prend pas en compte les mêmes seuils (pour les PED, est retenue la part de la population avec une espérance de vie de moins de 40 ans au lieu de 60 ans pour les pays industrialisés). L'IPH est supérieur à 50% pour des pays comme le Mali ou le Niger alors qu'il est inférieur à 6% pour les pays scandinaves (Suède, Norvège).
2. Une grande diversité des pays du Sud
Si les pays développés présentent de grandes similarités entre eux (renforcées par la mondialisation), ce n’est pas le cas des pays en voie de développement qui se différencient de plus en plus. Plusieurs éléments peuvent l’expliquer mais pour l’essentiel, cela résulte de politiques de développement différentes.
a. Les pays émergents
Ce sont en quelque sorte les « champions » des pays en voie de développement. Leur IDH est plus important et la croissance y est forte. On trouve dans cette catégorie les deux puissances démographiques, la Chine (« atelier du monde ») et l’Inde mais aussi le Brésil, l’Afrique du Sud et quelques pays asiatiques (les « bébés tigres » : Thaïlande, Malaisie, etc.).Ces pays ont fait le choix d’une ouverture économique mondiale et parfois concurrencent les pays du Nord qui y voient se délocaliser leurs usines. Dans tous ces pays, les progrès sont très importants depuis les années 1990 mais ils restent fragiles (crise asiatique de 1997) et les inégalités sociales et régionales se maintiennent ou se creusent.Les pays pétroliers sont un cas particulier : disposant de richesses importantes qui leur permettent d’acheter aux pays du Nord (de l’armement notamment), ils souffrent d’inégalités importantes dans la population.
b. Les pays les moins avancés (PMA)
Les 49 PMA sont surtout des pays d’Afrique subsaharienne ainsi que quelques pays d’Asie centrale. A l’inverse des pays émergents, leur situation tend à se détériorer sous l’effet d’un cercle vicieux. La pauvreté de masse, le très fort endettement, la faible alphabétisation de la population, l’impact des pandémies (Sida), leur économie dépendante, les échecs des politiques de développement, leur transition démographique inachevée ou l’instabilité politique, tout cela contribue à aggraver leur situation.Près de 40 % d’entre eux ont vu leur développement humain reculer depuis 1990. Peu attractifs pour les investissements étrangers, ils restent à l’écart de la mondialisation (à peine 1,8 % du commerce mondial).
c. Les Etats intermédiaires
Ils sont situés entre les deux extrêmes : pas encore pays émergents mais plus vraiment PMA. Leur intégration à la mondialisation est souvent incomplète. Ils exportent peu de produits manufacturés mais plutôt des produits agricoles ou miniers. Certains d’entre eux peuvent toutefois s’insérer dans le sillage de pays plus dynamiques ou trouver une voie de développement efficace.
L’essentielLe développement du monde est inégal. Il se mesure grâce à l’IDH, indicateur le plus précis pour le mesurer. Il permet de classer les pays en quatre ensembles : les pays développés et les pays en voie de développement très hétérogènes que l’on peut subdiviser en trois groupes. En effet, à côté de pays émergents, qui profitent de la mondialisation pour se développer, existent les PMA qui eux, sont à l’écart du processus. Pénalisés par des handicaps structurels, peu attractifs, ils restent en retard de développement. Les pays intermédiaires (la majeure partie des PED) sont situés entre ces deux extrêmes.
Les freins à la mondialisation de la culture
a. Pondérer l’analyse annonçant la mondialisation de la culture
La notion de mondialisation de la culture fait en général référence à la diffusion d’un modèle culturel occidental à la fois américain et européen sur l’ensemble des pays du monde. Pourtant, il faudrait plutôt insister sur les phénomènes d’acculturation internationaux (processus par lequel un individu, un groupe social ou une société entre en contact avec une culture différente de la sienne et l’assimile en partie). Le développement du bouddhisme et de l’islam dans les pays occidentaux principalement chrétiens, l’intérêt pour les spiritualités alternatives, pour les modes alimentaires orientaux correspondent à l’accroissement d’un brassage culturel au sein même de ce qui est considéré comme la culture dominante.
b. Les grandes aires culturelles mondiales
Les grandes aires culturelles sont encore clairement définies à l’échelle de la planète. Elles sont fondées sur des religions, des philosophies (christianisme, islam, confucianisme...) ou des langues, parfois sur des régimes politiques. Le respect et la défense de langues minoritaires dans une aire culturelle dominante deviennent un enjeu géopolitique et un élément favorable à la défense de la diversité culturelle mondiale (ex. : le québécois en Amérique du Nord) ou à l’origine de relations conflictuelles (Belgique, entre Wallons francophones et Flamands néerlandais).
c. Acculturation n’est pas mondialisation
L’acculturation se traduit souvent par l’adoption partielle ou l’adaptation du mode de vie différent. Ainsi, on considère que les sociétés traditionnelles évoluant vers la modernité sont près d’être absorbées par la « culture dominante ». En dépit de l’adoption de modes de vie plus occidentaux, les fondements culturels des sociétés africaines, sud-américaines, asiatiques, ou encore européennes sont solidement ancrés dans les modes de pensées comme dans les langues qui servent souvent de véhicule inconscient aux cultures des peuples du monde.
2. Les résistances à l’uniformisation culturelle mondiale
a. L’accès à l’école et aux sources d’information
La faible scolarisation des Etats et les difficultés d’accès à l’information (presse écrite, radio télévisuelle, réseaux informatiques) sont souvent considérées comme un signe de mauvais développement. Ces questions sont également un frein à la mondialisation de la culture. En limitant les possibilités de contact, les modèles culturels attractifs (liés en partie au fort niveau de développement des Etats) perdent de leur vigueur. Ainsi, l’espace mondial est également composé d’isolats plus ou moins vastes où persistent des pratiques culturelles, des langues, des rites et des croyances qui n’ont que très peu été affectés ou modifiés par les cultures « prosélytes ».
b. La défense active des cultures minoritaires
Les revendications territoriales et identitaires sont très nombreuses dans les pays où une uniformisation culturelle s’est déroulée dans le passé. Ainsi en France, en Espagne, au Royaume-Uni, en Italie, au Canada..., les revendications identitaires sont fondées sur l’originalité culturelle par rapport au reste de la communauté nationale : la Corse, la Bretagne, le Pays basque, la Catalogne, l’Ecosse, le Val d’Aoste, le Québec... (et tant d’autres) revendiquent une originalité culturelle (fondée sur la langue, la musique, la littérature) qui se traduit parfois par l’obtention d’une autonomie politique.
c. Les résistances variées
Les résistances sont multiformes : populaires et économiques (contestation de la culture alimentaire nord-américaine en France dont José Bové est devenu la figure emblématique) mais aussi institutionnelles. Lors des négociations de l’Uruguay round, l’Union Européenne (France en tête) a défendu – non sans difficultés – « l’exception culturelle » excluant l’audiovisuel et notamment le cinéma de la libéralisation des échanges. Cette mesure permettait de défendre les industries culturelles nationales. En juillet 1997, les pays de l’ASEAN – Association des nations du Sud-Est Asiatique – ont remis en cause la vision américaine des Droits de l’homme. Au primat de l’individu, les pays ASEAN ont affirmé l’originalité de la conception asiatique de la famille, de la communauté, de la discipline et de l’autorité.
Ce développement est basé en grande partie sur un texte majeur : J. Bonnemaison et L. Cambrezy « Le Lien territorial », Géographie et cultures, n° 20, 1996, cité dans le manuel de Géographie Terminales, Hachette, 1998, p. 27.
L’essentiel
La mondialisation de la culture part du principe qu’une culture spécifique, en l’occurrence la culture occidentale diffusée par les pays d’Europe et surtout d’Amérique du Nord, exercerait une influence dominante sur l’ensemble de la planète et serait responsable du recul des autres cultures. Si l’on définit la culture comme l’ensemble des usages, des coutumes, des manifestations artistiques, religieuses, intellectuelles qui définissent et distinguent un groupe, une société..., la notion revêt des contours très étendus. En dépit des signes permettant d’observer la diffusion d’un modèle uniforme de type occidental, les voies de la mondialisation de la culture sont beaucoup plus subtiles.
Diversité et richesses culturelles de la planète face à la mondialisation
1. Les grandes aires de civilisation et les principales religions dans le monde
a. Le concept de civilisation
On peut utiliser le concept de civilisation pour distinguer, à l’échelle planétaire, quelques grandes zones aux caractères propres. Une civilisation se caractérise par une histoire, une religion et une culture communes. La division en Etats est moins pertinente car elle ne permet pas de montrer leurs similitudes, souvent séculaires. Les différentes civilisations représentent une réelle richesse culturelle basée sur la diversité. Cependant, les divers processus de la mondialisation peuvent mettre à mal ces identités multiples.
b. Les grandes civilisations
La civilisation occidentale est influencée par le judéo-christianisme et la pensée de l’Antiquité greco-romaine. On peut lui associer ou non la civilisation slave-orthodoxe et la civilisation latino-américaine. La civilisation islamique recouvre des réalités différentes, du Maroc au Pakistan, de la Turquie à l’Indonésie. La civilisation hindouiste s’est développée en Inde, la civilisation confucéenne en Chine. Il existe aussi une civilisation japonaise. Toutes trois valorisent plutôt la communauté, contrairement à l’Occident, beaucoup plus individualiste. La civilisation africaine est marquée par les religions animistes mais aussi par les influences occidentales.
2. Les affrontements et les échanges
a. Un modèle dominant ?
La civilisation occidentale paraît être, en cette fin de millénaire, la civilisation dominante. Ses valeurs, démocratie, droits essentiels des individus, système productif capitaliste, sont souvent des références. C’est surtout la puissance économique et financière de l’Occident qui en fait un point de repère. En effet, dans bien des cas, les Etats adaptent selon leurs propres valeurs le modèle occidental et refusent de le considérer comme un schéma idéal à reproduire.
b. Des affrontements
Les échanges et les enrichissements mutuels réalisés d’une civilisation à l’autre sont minés par des conflits et des incompréhensions. La civilisation occidentale, imposée lors du colonialisme et dans les relations internationales diplomatiques et économiques depuis 1945, est critiquée. La Chine, par exemple, forte d’un milliard d’hommes refuse de recevoir des conseils des pays occidentaux. Les Etats ancrés dans la civilisation islamique entendent, eux aussi, malgré la mondialisation, garder leurs spécificités culturelles. Des affrontements, parfois extrêmes tels les attentats, ont lieu et manifestent les difficultés des civilisations à s’accorder.
L’essentiel
Même si l’on divise communément le monde en 200 Etats, il convient de prendre en compte l’élément culturel qui met en évidence l’existence de caractères communs entre certains Etats. Les grandes civilisations, aux particularités souvent séculaires, prouvent, par la diversité des sociétés humaines qu’elles abritent, la richesse culturelle de la planète. A l’heure de la mondialisation, ce sont du reste les échanges qui l’emportent sur les conflits.
Le premier ensemble économique mondial
Objectif : Connaître les atouts et les faiblesses de l’Europe en matière d’économie.
1. Une puissance économique incontestable…
a. Première puissance commerciale et financière
La montée en puissance des échanges commerciaux
L’Europe est le 1er pôle mondial d’échanges commerciaux. Elle est, en 2002, le premier exportateur mondial (19% des exportations hors commerce intracommunautaire) et le second importateur derrière les Etats-Unis. Les produits manufacturés représentent plus des ¾ du commerce de marchandises de l’UE et les services, 22% des échanges mondiaux.
Ses principaux partenaires sont les Etats-Unis (solde excédentaire), la Chine et le Japon (solde déficitaire) et la Suisse. Mais l’essentiel des échanges se fait à l’intérieur même de l’Union.
De part son héritage historique et notamment colonial, elle bénéficie d’une vaste aire de coopération économique (pays d’Afrique avec les accords de Cotonou signés en 2000, pays méditerranéens par exemple).
Principal pôle de flux financiers
Premier pôle émetteur d’IDE notamment vers les pays de l’ALENA, de l’Asie industrialisée et, dans une moindre mesure, de l’Europe de l’Est, elle représente 50% des IDE mondiaux.
Premier pôle récepteur d’IDE dans le monde, le marché unique attire les capitaux japonais et américains mais l’essentiel des IDE restent des investissements intra européens.
La place privilégiée de l’UE dans les flux d’IDE témoigne de la puissance de ses entreprises, qui du fait des délocalisations, sont présentes partout dans le monde.
Un espace financier de 1er plan
Sur le plan financier, l’UE s’est dotée, avec l’euro, d’un instrument de puissance qui s’affirme et les bourses européennes deviennent des centres financiers actifs (Paris, Londres, Francfort).
b. De l’agriculture aux services, l’UE caracole en tête
Un poids lourd agricole
Bien que ne représentant que 1,7% du produit européen, l’agriculture européenne est la 2e exportatrice mondiale notamment dans quelques secteurs clefs (viticulture, céréales). Ces bons résultats sont réalisés grâce à la PAC, relayée par une industrie agro-alimentaire performante.
Un bémol toutefois : d’importantes subventions expliquent ces succès et la PAC, jugée trop coûteuse, est en pleine réforme.
La première puissance industrielle du monde
La somme des industries de chaque pays membre de l’UE en fait la 1re puissance industrielle. Elle s’impose dans de nombreux secteurs comme la sidérurgie, la chimie (1er rang mondial), l’automobile ou l’agroalimentaire.
Ces bons résultats sont à relativiser du fait de l’absence de politique industrielle commune ce qui nuit à la compétitivité.
Les deux vrais succès européens sont Arianespace et Airbus-industrie qui ont imposé l’UE comme puissance aéronautique et aérospatiale grâce à une réelle politique de coopération.
Le dynamisme des services
L’UE est une puissance post-industrielle : parmi les 10 premiers exportateurs mondiaux de services dans le monde, sept sont européens, parmi lesquels le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France.Les fonctions tertiaires emploient 7 actifs sur 10 et produisent 70 % du revenu national brut, même si les situations restent très contrastées entre pays tertiarisés à plus de 80 % (Royaume-Uni) et périphéries (Portugal, Slovénie).
Les services les plus performants se trouvent dans la distribution, la banque et les télécommunications.L’UE est également le premier pôle touristique du monde. Cette activité est source d’entrée de devises et d’emplois.
2. …mais une puissance inachevée.
a. Une capacité d’innovation insuffisante
Bien que berceau des révolutions industrielles, la faiblesse relative de l’UE en termes d’innovation et de recherche-développement (5,1 chercheurs pour 1000 actifs) l’empêche de remettre en cause la suprématie américaine (7,4 pour 1000 actifs) et japonaise (8,9 pour 1000).
Par conséquent, elle reste en retrait dans les activités telles que les technologies de l’information et de la communication ou les biotechnologies, à quelques exceptions près.
b. Dépendance extérieure
La dépendance européenne est très nette en matière énergétique et commerciale : les Etats-Unis, principal client, usent de rétorsions commerciales pour obtenir gains de cause lors des conflits qui les opposent.
c. Des défis humains à relever
L’UE avec 455 millions d’habitants constitue le 2e foyer de peuplement, loin devant les Etats-Unis et le Japon. Toutefois sa part dans la population active mondiale ne cesse de baisser.
Le vieillissement démographique est rapide et les conséquences à long terme sont nombreuses : augmentation des dépenses de santé, problèmes du financement des retraites, capacité d’innovation réduite…
Autre défi : un potentiel de main d’œuvre mal utilisé. La croissance en emplois est limitée et le chômage demeure un fléau partout en Europe. Le niveau des salaires incite les entreprises à se délocaliser, pour les activités de production, hors d’Europe, alors que la main d’œuvre est particulièrement qualifiée.
d. L’UE, un espace encore trop morcelé
L’UE souffre de son faible poids politique. Sa capacité d’influence sur les règles du jeu de la mondialisation reste inférieure à celle des Etats-Unis ou des FMN.L’Europe ne parle pas encore d’une seule voix… et doit pour cela achever son union politique.
Face à des marchés unis et cohérents, l’Europe oppose un ensemble disparate : des marchés concurrents plus que complémentaires, des entreprises encore trop largement perçues comme nationales et l’absence d’une réelle politique commune sont autant de handicaps.
L’intégration inachevée de ses systèmes de transports renforcent ce morcellement et accentue les inégalités et les déséquilibres entre un centre et ses périphéries.
3. L’euro, symbole de l’ambiguïté de la puissance européenne
a. L’euro et la réussite européenne
La monnaie unique est un facteur d’harmonisation :
· elle fait disparaître les risques de fluctuations des monnaies européennes ;
· elle stabilise les échanges ;
· elle offre une plus grande transparence des prix et des coûts ;
· elle renforce l’interdépendance entre les Etats membres.
L’euro est donc plus qu’un symbole de puissance. Il est un créateur de puissance.
b. Un second rôle face au dollar
L’euro reste toutefois surévalué par rapport au dollar et ne parvient pas à s’imposer comme monnaie de référence dans les échanges internationaux.
L’essentiel
Première puissance économique mondiale, l’Union Européenne est l’un des trois centres d’impulsion de l’économie mondiale. Pôle de la Triade, elle est un acteur économique de premier ordre, un partenaire ou un concurrent dans de nombreux domaines (agriculture, aéronautique …).
Pourtant, malgré ses succès, l’UE reste une puissance inachevée : elle souffre de son manque d’unité. Son dynamisme est freiné par son manque de capacité d’innovation, sa dépendance ou le vieillissement de sa population.L’euro résume à lui seul ces contradictions : vecteur de puissance, il subit toujours l’hégémonie du dollar.
Contraintes et menaces de l’espace japonais
a. L’augmentation des échanges mondiaux
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et plus encore depuis le début des années 1970, les échanges internationaux de marchandises, d’information et de capitaux se sont accrus. Entre 1976 et 1995, la valeur des exportations de marchandises est passée de 1 000 à 5 000 milliards de $. De la même manière, la valeur des exportations de services marchands est passée de quelques dizaine de milliards à plus de 1 000 milliards de $ pendant la même période. Les exportations de tous les pays se sont accrues en raison du développement des firmes multinationales. Les échanges mondiaux sont devenus plus faciles grâce à l’amélioration des conditions et de la rapidité du transport et à la libéralisation des échanges.
b. Les partenaires privilégiés des échanges
Le commerce mondial est marqué par des déséquilibres importants : les espaces producteurs de produits énergétiques sont en grande partie des pays du Sud tandis que les plus grands pays consommateurs sont les pays industrialisés (Amérique du Nord, Europe, Japon). Ce type de discordance spatiale est l’une des raisons majeures de l’augmentation des échanges. Les produits manufacturés progressent le plus fortement et représentent aujourd’hui les 2/3 des échanges. Les échanges des services sont principalement opérés entre les pays les plus riches de l’hémisphère nord, qui agissent comme des centres de décision et d’impulsion mondiaux.
c. Le commerce : agent de la mondialisation
Le commerce international est un agent important de l’internationalisation des économies. Deux tiers des échanges sont effectués entre trois pôles principaux (Amérique du Nord à hauteur de 16 %, Europe pour 45 % et Asie pour 26,5 %). On assiste toutefois à l’émergence de nouveaux pôles dans la zone pacifique et dans l’océan Indien. L’interdépendance entre les économies de la planète se renforce au fur et à mesure que les échanges augmentent.
2. Les voies des échanges mondiaux
a. La prépondérance des échanges maritimes
Les échanges de marchandises s’effectuent essentiellement par voie maritime. Entre 1985 et 1995, les tonnages transportés ont augmenté de plus de 25 %. De grandes façades maritimes équipent les grands ensembles continentaux des pays industrialisés : la façade nord-est (de Montréal à Philadelphie) et la façade ouest (de Los Angeles à Vancouver) des Etats-Unis, la façade nord-ouest européenne, la façade japonaise et la façade Sud-Est asiatique. Tous les grands ports (et les grands ports de conteneurs) tels que Hong Kong, Singapour, Rotterdam, Anvers, Shanghai, Los Angeles… sont situés dans des espaces continentaux ou régionaux ayant joué la carte de l’industrie (pays anciennement et nouveaux pays industrialisés). En 1996, on estimait à près de 4,8 milliards de tonnes le trafic mondial des marchandises.
b. Les échanges d’information comme fondement du pouvoir
Les pays industrialisés disposent des moyens techniques et des technologies nécessaires pour disposer du contrôle sur les échanges d’information qui est essentiel à tout organe de pouvoir (politique, militaire, économique ou financier). Par exemple, l’agence Reuter (agence d’information financière) dispose du deuxième réseau de satellites après celui de l’armée américaine. Les technologies de l’information et de diffusion sont contrôlées par des entreprises américaines. Les Européens et les Japonais disposent également de réseaux d’information qui complètent ou concurrencent parfois le réseau américain.
c. L’augmentation des échanges de capitaux
Les pôles de la finance mondiale se trouvent également dans les pays anciennement ou nouvellement industrialisés. New York, Londres ou Tokyo correspondent aux places boursières les plus actives au point de modeler une partie des centres urbains des grandes villes (Wall Street, City de Londres). La mobilité des capitaux dans les différentes bourses du monde permet une circulation de l’argent facilitée par l’ouverture des capitaux et le développement des pratiques spéculatives. Ces pratiques peuvent parfois entraîner des effets dévastateurs comme dans le cas de la crise asiatique. La rapidité des échanges d’information est dans ce type de situation un élément pouvant aggraver les effets d’une crise boursière. Au total, l’internationalisation des échanges et la création d’un système d’échanges ouverts à l’échelle mondiale n’a eu pour effet de résorber le déséquilibre Nord-Sud. Bien au contraire, les échanges s’effectuent entre trois aires géographiques privilégiées qui assurent 87,5 % des échanges mondiaux.
L’essentiel
Trois zones géographiques assurent 87,5 % des échanges mondiaux (Asie, Europe et Amérique du Nord). Elles disposent des principales places boursières, du plus fort potentiel technique et technologique. Elles maîtrisent les technologies de l’information et elles ont développé les interfaces maritimes les plus équipées du monde pour les échanges de marchandises.
Les métropoles au coeur de la mondialisation
Objectif : Parmi les acteurs et centres d'impulsion de la mondialisation, les métropoles jouent un rôle majeur. Les principaux flux passent par elles et à ce titre, elles sont le véritable cœur du réseau. Comment la métropolisation renforce-t-elle ce rôle ?
1. Les villes mondiales
a. Définition
Dans le processus de mondialisation, certaines métropoles ont la capacité d'exercer une influence (économique, culturelle, politique) mondiale : on les appelles villes mondiales ou villes globales.Plus que les pays, elles concentrent les flux et le pouvoir économique.On en compte entre 20 et 50 environ, pour la plupart dans les pays développés. Au sommet de leur hiérarchie se trouvent New York, Tokyo, Londres et Paris. Ce ne sont pas forcément les villes les plus peuplées (Francfort qui en fait partie n'a qu'un million d'habitants), ni les plus riches (Osaka ou Berlin n'en font pas partie).
b. Leurs caractéristiques majeures
Elles s'intègrent d'abord très bien aux réseaux (de transport, de télécommunications ou de circulation financière). Elles sont très accessibles, notamment les unes par rapport aux autres.Elles concentrent aussi les services (en quantité et en qualité), ainsi que la richesse (sièges sociaux, bourses). Le produit urbain brut de Paris est équivalent au PIB du Mexique ; la richesse dégagée par la seule métropole new-yorkaise est huit fois celle de l'Inde.Ces villes produisent aussi de l'information et communiquent avec la planète (grands quotidiens, chaînes de télévision). Elles sont aussi les lieux de l'innovation (mode, information, demandes culturelles). Enfin, elles participent à la direction du monde (gouvernements nationaux, sièges de multinationales, instances internationales ou régionales : ONU à New York, Banque centrale européenne à Francfort, ...).
On trouve dans toutes ces métropoles des quartiers d'affaires (CBD) de taille souvent importante (Manhattan pour New York, La Défense à Paris où travaillent plus de 30 000 personnes...). Il est à noter que des villes mondiales secondaires apparaissent dans les pays en voie de développement. C'est le cas de Sao Paulo qui concentre de plus en plus les fonctions économiques du pays, ou encore de Séoul en Corée du Sud. Pour ces métropoles du Sud, l'écart de richesse produite entre les métropoles et le reste du pays est très important (ce phénomène est également vrai pour les pays du Nord, mais en moins prononcé). Les bidonvilles côtoient souvent les luxueux gratte-ciels. On peut enfin préciser qu'à part Johannesburg, il n'existe pas de ville mondiale en Afrique.
2. L'archipel mégalopolitain mondial (A.M.M.)
Toutes ces villes mondiales sont reliées dans un réseau. 20 métropoles gèrent ainsi 85 % des flux financiers mondiaux. 25 aéroports concentrent 70 % du trafic aérien.Ces métropoles ont donc des relations intenses entre elles, souvent plus qu'avec le reste du pays où elles se trouvent. Ces échanges s'expliquent par leurs activités communes et des intérêts convergents. A ce titre, elles apparaissent aux yeux de certains géographes comme différentes îles d'un même archipel mondial, d'où l'expression « archipel mégalopolitain ».
On peut en effet regrouper les villes mondiales par zones de concentration urbaine et économique, les mégalopoles. Si on estime leur nombre à six environ, trois se démarquent par leur importance : la côte Est des États-Unis, la dorsale européenne de Londres à l'Italie du Nord, et l'axe urbain japonais de Tokyo à Fukuoka. Il s'agit donc des pôles où la mondialisation se décide et se fait.Enfin, il arrive que les autres métropoles secondaires soient emportées dans le sillage des plus importantes (c'est le cas de Moscou, Mexico, Sydney, ou encore Singapour).
L'essentiel
Les métropoles sont les pôles essentiels de la mondialisation. Les plus importantes sont appelées villes mondiales ou villes globales. Elles concentrent les flux, les services et les pouvoirs économiques ou politiques. Elles exercent surtout une influence mondiale.Les relations sont souvent intenses entre elles. Surtout situées dans les pays développés, on en voit toutefois apparaître dans les pays du Sud. Pôles de richesse et de pouvoir, elles se regroupent dans des zones de concentration urbaine et économique : les mégalopoles. Celles-ci constituent des sortes d'îles d'un archipel mondial, échangeant les unes avec les autres en ignorant largement les frontières.
Les modalités de mise en œuvre de la mondialisation
Objectif : La mondialisation est un processus essentiel du monde contemporain : il transforme les territoires et les économies, change la vie quotidienne, développe des pays et en marginalise d'autres, contribue à la circulation mondiale des idées et des marchandises. Quelles sont ses modalités de mise en oeuvre ? Comment expliquer son importance actuelle ?
1. Un phénomène ancien qui s'est accéléré au XXe siècle
a. Un héritage historique
Une première mondialisation apparaît en fait au XVIe siècle avec les Grandes découvertes et le développement du grand commerce atlantique. Les produits (et les idées) passent les océans : le commerce triangulaire des esclaves l'illustre bien. Les Provinces-Unies (Pays-Bas actuel) sont au XVIIe siècle le centre de l'économie mondiale et développent le capitalisme marchand. Avant la Révolution française, la France et l'Angleterre contrôlent à eux deux le quart du commerce mondial.
Le XIXe siècle voit l'industrialisation changer radicalement la structure de l'économie. Les produits sont moins coûteux à produire, les transports s'améliorent (la vapeur remplace la voile) : la logique d'exportation s'impose. A la même époque, la colonisation entraîne une circulation importante des hommes et des capitaux. L'Europe investit partout dans le monde et l'Angleterre est en 1900 le premier investisseur mondial.Malgré des réflexes protectionnistes en temps de crise (dans les années 1930 notamment), l'idée libérale fait aussi son chemin et les frontières tendent à s'ouvrir.
b. Les progrès technologiques du XXe siècle
A partir de 1945, des innovations technologiques vont encore renforcer ce phénomène. Cela se voit notamment par l'accroissement des capacités des navires et des avions. Des bateaux de grande taille spécialisés dans un transport particulier apparaissent (les « supertankers » pour le pétrole par exemple). Le transport aérien est de plus en plus rapide (aucun pays n'est à plus de 24 heures d'avion de Paris désormais). Pour accélérer le transfert de marchandises, la conteneurisation est la norme et les grands ports (Rotterdam, Singapour, Hong-Kong) ou aéroports deviennent des plate-formes multimodales. Le temps de transport diminue et les coûts se réduisent.
En conséquence, le tonnage transporté par les navires est multiplié par deux entre 1970 et 2000. Depuis 1990, le transport aérien a augmenté de 40 %. Le volume du commerce mondial est 16 fois supérieur à ce qu'il était en 1945.Des progrès colossaux sont aussi accomplis dans les télécommunications : liaisons satellites, téléphones portables, Internet... Les informations et les capitaux s'échangent désormais de façon instantanée. Les attentats du 11 septembre 2001 ont ainsi été vus en direct dans le monde entier. La circulation des capitaux fonctionne en continu.
2. Les facteurs économiques et politiques
a. Des marchés de plus en plus ouverts
Depuis 1945, la libéralisation mondiale des échanges s'accélère. Créé sous l'égide de l'ONU en 1947, le GATT (Accord Général sur les Tarifs douaniers et le Commerce) plaidait dans ce but et a largement contribué à abaisser les barrières douanières. L'OMC le remplace depuis 1994 mais suit toujours la même politique. Le FMI et la Banque mondiale octroient des prêts aux pays, en échange de mesures libérales et d'ouverture de leurs marchés.Ce phénomène est amplifié par l'éclosion de marchés régionaux. Sur le modèle de l'Union européenne (qui inaugure un marché commun à 6 en 1957), d'autres zones mondiales tentent de créer des zones de libre-échange :
• l'ALENA (pour l'Amérique du Nord) en 1993,• l'ASEAN (1967),• le MERCOSUR (1991).
Les marchandises circulent librement à l'intérieur de ces zones et il existe généralement un tarif extérieur commun aux membres de l'Union.Les politiques nationales et régionales contribuent donc largement à la diffusion de la mondialisation.
b. Les multinationales et la division internationale du travail
A côté des états, il faut signaler le rôle très actif des multinationales. L'idée n'est pas nouvelle : à ce titre, les Compagnies des Indes (hollandaises, anglaises ou françaises) préfigurent déjà les FMN actuelles. Toutefois, dans leurs formes contemporaines, les multinationales se développent largement après 1945. La croissance de leur nombre est d'ailleurs concomitante de la mondialisation. 7 000 vers 1965, elles sont environ 63 000 en 2000. Profitant de l'ouverture des frontières, elles investissent à l'étranger, pour acheter de la matière première, trouver de nouveaux clients ou délocaliser la production dans des pays moins coûteux en main d'œuvre. C'est la division internationale du travail : la recherche, la direction et la production sont séparées géographiquement et souvent dans des pays différents, de plus en plus éloignés.
3. Les facteurs sociaux
a. L'importance de la demande
La mondialisation s'explique aussi par l'augmentation de la consommation mondiale, elle-même dopée par la croissance du niveau de vie. Celui-ci n'a jamais été aussi élevé, ni aussi largement répandu à ce niveau qu'actuellement. Certes, cela concerne surtout les pays développés mais les pays émergents ne sont pas à l'écart. Les classes moyennes chinoises cherchent ainsi grandement à s'équiper en automobiles et découvrent les joies de la grande distribution.
b. L'abondance de la main d'œuvre dans les PED
Les délocalisations, une des conséquences de la mondialisation, s'expliquent par une main d'œuvre abondante et peu coûteuse dans les pays en voie de développement.Quand un ouvrier dans l'habillement coûte 14 dollars par heure (charges sociales incluses) dans l'Union européenne, on ne le paye que 2 dollars en Europe centrale et un demi dollar en Inde. Cette main d'œuvre n'est d'ailleurs pas toujours sous-qualifiée. La région de Bangalore en Inde s'est ainsi spécialisée avec succès dans la programmation informatique. Alors que les délocalisations concernaient surtout la production industrielle, elles s'intéressent aussi désormais aux services.
L'essentiel
Le phénomène complexe et multiforme de la mondialisation résulte de plusieurs aspects. Il a pris naissance au temps des grandes découvertes, s'est internationalisé au XIXe siècle et a connu une croissance exponentielle au XXe siècle. Cela s'explique par les nombreux progrès techniques (dans le transport) et technologiques (pour les télécommunications notamment).
L'ouverture des marchés depuis 1945, favorisée par les marchés régionaux, a eu une conséquence : le développement des stratégies internationales des entreprises. Enfin, la demande (en produits de toutes natures) dopée par la hausse du niveau de vie, ainsi que l'offre en main-d'œuvre peu coûteuse dans les PED, contribuent à rétrécir le monde un peu plus chaque jour.
Mondialisation et accroissement des inégalités dans le monde
Objectif : La mondialisation a un impact majeur sur les économies et le développement des pays. Face à ce phénomène, ils ne semblent pas à égalité : certains contrôlent ou impulsent la mondialisation, alors que d’autres la subissent. Si les inégalités ont toujours existé, sont-elles accentuées ou réduites par ce processus ? La mondialisation aggrave-t-elle la fracture Nord/Sud ?
1. Un paradoxe : de plus en plus de riches et de plus en plus de pauvres
Jamais les hommes n’ont produit autant de richesses. La planète est 45 fois plus riche en 2000 qu’elle ne l'était en 1900. La consommation générale de biens et de services est deux fois plus importante en 2003 qu’en 1980. L’espérance de vie a augmenté de 20 ans en moyenne dans les PED depuis 30 ans. Trois fois plus d’humains ont accès à l’eau potable en 2006 qu’en 1975. Mais parallèlement, il n’y a jamais eu autant de pauvres. 50 % de la population mondiale vit avec moins de 2 $ par jour (base monétaire pour assurer la nourriture, les soins de base et le logement). Si la proportion des pauvres a diminué, leur nombre a augmenté mécaniquement par la croissance démographique. Il y a donc un partage territorial très inégal des richesses. 1 % des plus riches disposent d’un revenu cumulé égal à la somme de celui de 57 % des humains les plus pauvres ; 20 % des plus riches reçoivent 83 % du revenu mondial et les 20 % des plus pauvres seulement 1,5 %. Ces inégalités économiques se conjuguent avec des inégalités sociales et démographiques. 20 % des humains les plus riches consomment 45 % de la viande, 58 % de l’énergie, possèdent 87 % des véhicules. Certes, l’espérance de vie augmente dans le Sud (55 ans en 1970, 66 ans en 2000), mais la différence reste très marquée avec le Nord (79 ans). Un quart de la population mondiale n’a pas accès à l’électricité. Selon la FAO, 842 millions d’humains (94,7 % au Sud et surtout des paysans) souffrent de la faim. Même la société d’abondance dans les pays développés donne l’impression que les progrès ne sont pas partagés par tous (SDF).
2. Des progrès inégalement partagés
En fait, la mondialisation a un effet différent selon les pays concernés. Les pays de l’Asie orientale ont réussi grâce à la mondialisation à réduire leur écart avec les pays de l’OCDE. Par l’ouverture à l’économie de marché, la Chine a vu quadrupler son RNB en 20 ans ; elle est devenue le 5e exportateur de la planète. La Corée du Sud est devenue un pays développé, surtout grâce à son économie extravertie et à ses puissantes transnationales (les chaebols : Daewoo, Hyundai, Samsung). La croissance rapide de ces pays asiatiques inquiète les pays du Nord qui voient leurs usines se délocaliser dans ces régions. Mais sur la même période, l’évolution est complètement inverse pour l’Afrique subsaharienne (le revenu par habitant de la région en 1975 correspondait à 1/6e de celui de l’OCDE ; il ne représente aujourd'hui plus que 1/14e). Les pays de la zone, dont le commerce repose surtout sur les matières premières, accroissent leur dépendance économique avec les pays du Nord (le cours de tous les produits agricoles, y compris le café et le cacao, est ainsi défini à la bourse de Chicago). La richesse en ressources naturelles n’est pas non plus une garantie de développement : des pays pétroliers du Sud sont devenus rentiers, donc dépendants du cours de la matière première (comme pour le Nigéria ou les pays du Golfe, pas tous aussi prévoyants que Dubai qui s'est reconverti avec succès dans le tourisme). Les PMA restent à l’écart de la mondialisation, des flux financiers et de capitaux. L’impact est donc nettement positif pour les pays à revenu intermédiaire ou élevé mais pas pour ceux aux revenus faibles. Il semble exister un « effet de seuil » : un niveau de richesse minimum paraît nécessaire pour qu’une économie puisse tirer avantage de sa participation à la mondialisation. A l’échelle d’un pays, les progrès peuvent s’avérer fragiles. Le Brésil, qui a largement ouvert son économie et qui connaît une croissance économique forte, est aussi l’un des pays les plus inégalitaires de la planète. Il y a dans la population brésilienne 34 % de pauvres (mais 80 % sont dans le Nordeste pour « seulement » 18 % dans l’Etat de Sao Paulo, le plus dynamique économiquement.) La crise asiatique de 1997 a aussi mis en évidence la fragilité d’un développement économique trop brusque.
3. Une nécessaire prise de conscience mondiale
Les bénéfices de la mondialisation ne sont pas automatiques (des mesures d’accompagnement sont nécessaires) et les pays doivent se l’approprier pour y trouver leur place. Au site inca de Machu Picchu (Pérou), la mondialisation a entraîné l’importation de boissons étrangères (ruinant la production locale) mais a ouvert le site aux touristes du monde entier (ce qui a dopé les productions artisanales de céramique ou de tissu). Parallèlement, pour réduire les inégalités mondiales, les pays développés ont leur rôle à jouer par le mécanisme de l’aide publique au développement. Or, malgré leurs promesses, celle-ci a nettement diminué : estimée à 0,30 % du revenu des pays donateurs en 1990, elle n’en représentait plus que 0,25 % en 2003. Depuis 1992, cette aide est en baisse régulière. D’ailleurs, dans certains pays, les capitaux envoyés par les expatriés dépassent le montant de l’aide internationale reçue. Les pays développés se justifient en expliquant que l’aide est parfois détournée en achats militaires ou au profit de dirigeants corrompus. Les ONG, acteurs de la mobilisation, jouent aussi leur rôle dans la réduction des inégalités. Elles opèrent des transferts d’argent importants et jouent un rôle crucial lors des catastrophes humanitaires. Mais le risque est fort d’une dépendance des populations vis-à-vis de l’aide humanitaire. Enfin, la Banque mondiale, dont l’action suscite la critique des altermondialistes, a pour vocation première de lutter contre la pauvreté. Pour octroyer les prêts, elle impose une politique de rigueur budgétaire, de privatisation et d’ouverture au commerce international.Depuis 2003, cette institution onusienne a pris conscience des limites de cette politique trop libérale et cherche à associer davantage les ONG, la société civile et les Etats, tout en tenant compte à la fois des spécificités locales et du développement durable. La multiplicité des acteurs rend toutefois difficile un changement de cap global d’une mondialisation capitaliste dans un rôle plus social.
L’essentiel La mondialisation tend à renforcer les espaces déjà favorisés, à susciter le développement des pays les plus à même de s’y intégrer (Asie) mais fragilise aussi des économies plus dépendantes (Afrique).Jamais le monde n’a connu autant de riches mais jamais il n’y a eu autant de pauvres. Toutefois l’analyse doit être conduite à différentes échelles car localement, la mondialisation peut s’avérer néfaste pour certains secteurs économiques tout en en favorisant d’autres. Elle doit donc être régulée par l’action des Etats, des ONG, voire de la Banque mondiale, dans l’objectif de réduire les inégalités.
La mondialisation, seule clé de lecture du monde ?
Objectif : La mondialisation est un phénomène inéluctable avec des conséquences nombreuses et profondes sur les pays. Elle n’est cependant pas la seule clé pour comprendre le monde actuel : les aires de civilisations, le rôle des Etats ou les regroupements régionaux sont autant d’éléments à prendre en compte. Quelle est l’importance de ces facteurs dans la compréhension du monde contemporain ?
1. Des aires de civilisation
Le terme « civilisation » apparaît au XVIIIe siècle pour séparer ce qui est policé, dans la société de ce qui est « barbare ». Dès le départ, le mot est singulier : on ne conçoit qu’une civilisation, la civilisation européenne, les autres étant méprisées ou jugées inférieures. Cette distinction se retrouve à la base du processus de colonisation. Désormais, le sens du mot a évolué et désigne l’ensemble des caractères culturels (langue, religion…) et matériels (institutions, idées politiques, systèmes économiques…) d’une société humaine. Samuel Huntington, professeur à Harvard a déterminé neuf zones dans son ouvrage célèbre Le choc des civilisations (1997).Elles sont basées essentiellement sur l’histoire et la religion. Ainsi, le christianisme est fondamental dans la civilisation occidentale, tout comme l’Islam peut l’être pour le monde musulman. Certaines reposent sur à la fois sur un espace géographique et une philosophie (monde bouddhiste en Asie). Selon les auteurs, le découpage en aires de civilisation est très variable. Certains ne conçoivent que 6 zones alors que d’autres en mentionnent jusqu’à 10. Par le développement des échanges et la circulation des informations, un brassage des civilisations s’opère. Elles diffusent leurs valeurs et leurs pratiques culturelles bien au-delà de leurs espaces d’origine (on peut penser au succès du Bouddhisme dans les pays anglo-saxons ou à la diffusion mondiale de fêtes chrétiennes comme Noël). Toutefois, ce phénomène engendre parfois des rejets, des crispations voire des réactions identitaires parfois violentes (l’extrémisme musulman s’oppose ainsi au modèle occidental, jugé décadent et nuisible).
2. Des Etats toujours présents
On pourrait croire que l’Etat ne peut pas lutter avec la mondialisation. En effet, les firmes transnationales produisent pour le marché mondial, les flux de marchandises passent les frontières et les capitaux échappent largement à son contrôle (surtout s’ils sont de source illégale). Des arbitres internationaux peuvent aussi imposer des règles (OMC, FMI, Union européenne) et les ONG exercent des pressions médiatiques. Toutefois, la disparition de l’Etat est à nuancer largement. Le FMI et la Banque mondiale par exemple, dépendent largement des décisions politiques des Etats qui contribuent à leur budget, avec au premier rang les Etats-Unis. Le Conseil de sécurité de l’ONU est l’objet de tractations intenses entre les Etats, surtout les cinq membres permanents disposant d’un droit de véto. Les décisions des organismes supranationaux sont donc dépendantes des volontés des états qui y débattent. L’OMC par exemple, est largement paralysée par les alliances entre les différents pays. Les firmes transnationales conservent la majorité de leurs activités et leur siège dans leur pays d’origine. L’Etat est enfin un acteur économique important (par les subventions ou les politiques d’aménagement du territoire, il peut attirer –ou décourager- les IDE, investissements directes à l'étranger). D’ailleurs, l’absence d’Etat est un frein au développement (les pays africains déchirés par la guerre civile n’attirent ni les investisseurs ni les firmes transnationales).
3. Les regroupements régionaux
Pour faire face à la mondialisation et peser davantage dans l’économie mondiale, les Etats ont cherché à se regrouper et à créer des unions régionales. Apparu après la Seconde Guerre mondiale, le mouvement est en plein essor. Il existe différents degrés de regroupements :
• Les rencontres régulières (OCDE, APEC pour la zone Asie-Pacifique) • Les projets régionaux ou zones de libre-échange (ALENA : Accord de Libre-échange de l’Amérique du Nord regroupant les Etats-Unis, le Canada et le Mexique) • Le marché commun (ASEAN pour le sud-est Asiatique et MERCOSUR en Amérique du sud, autour du Brésil, de l’Argentine, du Paraguay et de l’Uruguay) • L'union économique avec des intentions politiques fédéralistes (Union européenne)
L’économie est toujours au centre de ces regroupements régionaux même si d’autres secteurs se rajoutent par la suite (l’éducation ou l’environnement). L’Union européenne est le bloc régional le plus intégré : libre circulation des hommes et des capitaux, politiques économiques et monétaires communes, monnaie unique...Elle constitue ainsi un modèle pour de nombreux pays (l’ASEAN réfléchit ainsi à une monnaie unique).Les pays toutefois sont partagés vis-à-vis de ces regroupements. Certains craignent d’y prendre une parcelle de souveraineté, d’autres souhaiteraient aller plus loin dans une démarche fédérale. Le projet de la ZLEA (Zone de Libre-échange des Amériques) suscite ainsi une forte opposition des pays d’Amérique du Sud face à une union qu’ils estiment trop étatsunienne et socialement dangereuse.
L'essentiel La mondialisation de la planète n’est pas le seul facteur d’organisation du monde. Elle ne réussit pas toujours en effet à dépasser le cadre des états et des aires de civilisation. Les regroupements régionaux constituent une échelle intermédiaire entre les pays et le monde.
Les enjeux environnementaux
Objectif : Le réchauffement de la planète est souvent attribué à la mondialisation. Celle-ci est d’ailleurs confondue avec la diffusion d’un modèle de consommation de masse, pollueur et prédateur des ressources de la planète (eau, énergie). La mondialisation est-elle vraiment responsable de la situation environnementale ou permet-elle une prise de conscience planétaire ?
1. La mondialisation détruit-elle l’environnement ?
On attribue à la mondialisation de nombreux problèmes environnementaux actuels : le réchauffement climatique, la déforestation, la pollution atmosphérique, l’érosion des sols voire la diffusion de nouvelles pandémies (grippe aviaire). Toutefois, la mondialisation n'est pas la seule coupable. La déforestation et la pollution par exemple résultent l’une de la pression démographique, l’autre d’un développement industriel et des transports qui remontent bien souvent au XIXe siècle (pour l’Europe et les Etats-Unis notamment). Le réchauffement climatique est dû très certainement à l’émission de plus en plus importante de gaz à effet de serre mais certains scientifiques rappellent qu’à l’échelle de l’humanité, il y a eu d’autres périodes de réchauffement sans que le Co2 n’en soit la cause.
La consommation excessive des ressources par les Etats-Unis est un risque pour notre planète. De même, certaines modes mondiales, telle que l’utilisation du bois exotique (comme le teck) ont eu des répercussions très négatives (déforestation massive, notamment en Indonésie). Enfin, l’augmentation des flux de marchandises et donc des transports, contribuent très largement au rejet de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Donc, si la mondialisation n’est pas la seule coupable, elle porte néanmoins une certaine responsabilité.
2. Débats et opinion publique
Dans les années 1970, le mouvement écologiste attire l’attention du monde sur les problèmes environnementaux (Greenpeace, première ONG écologiste, est fondée en 1971). En 1972, l’ONU crée le PNUE, Programme des Nations unies pour l’environnement, pour analyser ces aspects. Les catastrophes écologiques qui suivent (Seveso en 1976, Amoco Cadiz 1978, Bhopal 1984, Tchernobyl 1986) en consternant l’opinion publique mondiale, justifient la pertinence de cette réflexion.L’idée de rencontre mondiale autour de l’environnement fait son chemin. En 1992, à Rio, le premier « Sommet de la Terre » est organisé. Il réunit les représentants de 172 pays ainsi que ceux d’organisations non gouvernementales (ONG). La notion de « développement durable » y est mise en valeur. Il s’agit d’assurer le développement des sociétés sans nuire à l’environnement présent ou futur. A défaut d’obtenir des résultats concrets, ce sommet permet néanmoins une prise de conscience mondiale.A Kyoto en 1997, un protocole chiffré est mis en place pour réduire la pollution et l’émission des gaz à effet de serre. Bien que d’ampleur modeste (réduction de 5,25 % des émissions de dioxyde de carbone d’ici 2012), il n’est pas ratifié par toutes les nations. Les Etats-Unis, premiers pollueurs de la planète, refusent par exemple de le reconnaître, arguant qu’il serait une entrave au développement industriel du pays (ce qui n’empêche pas certains Etats de l’Union, comme la Californie, d’appliquer des mesures drastiques contre la pollution). Dans une logique libérale et mondialisée, les pays industriels préfèrent souvent recourir au « droit à polluer » en pratiquant des accords financiers avec des pays peu pollueurs afin de parvenir à une sorte de moyenne.Dix ans après Rio, un nouveau sommet mondial est organisé à Johannesburg. D’une tonalité plus pessimiste qu’en 1992, il bute sur les mêmes obstacles. Les pays du Nord et du Sud s’opposent sur le coût écologique du développement, aucun ne souhaitant réduire son confort matériel, pourtant souvent néfaste pour l’environnement. La très forte médiatisation de ce sommet, autre conséquence de la mondialisation, permet la diffusion internationale de ses enjeux.Actuellement, les efforts entrepris restent bien minces. La signature en 2004 du protocole de Kyoto par la Russie a permis sa mise en application l’année suivante. Au-delà des grands discours de principe, la protection de l’environnement se heurte souvent aux réalités économiques à courte vue. La mondialisation, coupable facile, permet toutefois grâce aux médias et aux ONG d’informer l’opinion publique mondiale et de faire changer les habitudes en faveur d’un développement durable.
L’essentiel
La prise de conscience écologique apparaît dans les années 1970 et se trouve renforcée par les grandes catastrophes qui s’enchaînent. La mondialisation en diffusant un mode de vie américain, basé sur la consommation de masse, représente un coût écologique important et exige beaucoup de ressources de la planète. Toutefois, elle permet aussi par le biais de grandes réunions internationales, une prise de conscience mondiale à défaut d’engagements précis (à l’exception du protocole de Kyoto, à l’œuvre depuis 2005).
La question du développement
Objectif : L’espace mondial présente de grandes inégalités entre les Etats, notamment entre ceux du Nord et ceux du Sud. Le développement semble ne concerner qu’un petit nombre de pays et la mondialisation s’exercer en laissant des continents entiers dans la fragilité économique et sociale (le « Tiers Monde »). Toutefois, cette vision est réductrice et doit être nuancée, les pays en voie de développement étant par exemple dans des situations très hétérogènes. Comment évaluer le développement et quels contrastes apparaissent dans le monde actuel ?
1. Définition et critères du développement
Le développement signifie une amélioration globale des conditions de vie d’une population d’un pays. C’est un processus sur le long terme. Il n’est pas synonyme de croissance économique car celle-ci peut avoir lieu sans que les richesses n’entraînent d’améliorations sociales (en n’étant pas partagées par exemple). Cela explique que le PIB/habitant n’est pas un critère satisfaisant pour mesurer le développement puisque basé sur la richesse, il n’indique rien sur des données sociales. D’autres critères pourraient être envisagés. L’espérance de vie par exemple est significative puisqu’elle varie de 37 ans en Zambie à 82 ans au Japon. On pourrait aussi classer les pays selon le taux d’actifs dans l’agriculture ou encore avec l’Indice Synthétique de Fécondité (ISF), autre aspect du développement : les Rwandaises ont 8,3 enfants en moyenne contre 1,3 seulement pour les Allemandes. Mais ces critères sont incomplets car ils n’abordent qu’un aspect. C’est pour cela que le PNUD (Programme des Nations unies pour le Développement) a mis en place l’Indicateur du Développement Humain (IDH). Celui-ci se calcule avec le PIB/habitant, l’espérance de vie et le taux d’alphabétisation. Il donne un chiffre entre 0 et 1 et permet une classification des pays, les pays développés étant au-dessus de 0,90. L’IPH (Indice de Pauvreté Humaine) mesure plus spécifiquement le taux de pauvreté dans la population. Il prend en compte l’espérance de vie, le taux d’alphabétisation ou d’illettrisme (pour les pays développés) et l’accès aux soins. Calculé différemment entre les pays développés et ceux en voie de développement, il ne prend pas en compte les mêmes seuils (pour les PED, est retenue la part de la population avec une espérance de vie de moins de 40 ans au lieu de 60 ans pour les pays industrialisés). L'IPH est supérieur à 50% pour des pays comme le Mali ou le Niger alors qu'il est inférieur à 6% pour les pays scandinaves (Suède, Norvège).
2. Une grande diversité des pays du Sud
Si les pays développés présentent de grandes similarités entre eux (renforcées par la mondialisation), ce n’est pas le cas des pays en voie de développement qui se différencient de plus en plus. Plusieurs éléments peuvent l’expliquer mais pour l’essentiel, cela résulte de politiques de développement différentes.
a. Les pays émergents
Ce sont en quelque sorte les « champions » des pays en voie de développement. Leur IDH est plus important et la croissance y est forte. On trouve dans cette catégorie les deux puissances démographiques, la Chine (« atelier du monde ») et l’Inde mais aussi le Brésil, l’Afrique du Sud et quelques pays asiatiques (les « bébés tigres » : Thaïlande, Malaisie, etc.).Ces pays ont fait le choix d’une ouverture économique mondiale et parfois concurrencent les pays du Nord qui y voient se délocaliser leurs usines. Dans tous ces pays, les progrès sont très importants depuis les années 1990 mais ils restent fragiles (crise asiatique de 1997) et les inégalités sociales et régionales se maintiennent ou se creusent.Les pays pétroliers sont un cas particulier : disposant de richesses importantes qui leur permettent d’acheter aux pays du Nord (de l’armement notamment), ils souffrent d’inégalités importantes dans la population.
b. Les pays les moins avancés (PMA)
Les 49 PMA sont surtout des pays d’Afrique subsaharienne ainsi que quelques pays d’Asie centrale. A l’inverse des pays émergents, leur situation tend à se détériorer sous l’effet d’un cercle vicieux. La pauvreté de masse, le très fort endettement, la faible alphabétisation de la population, l’impact des pandémies (Sida), leur économie dépendante, les échecs des politiques de développement, leur transition démographique inachevée ou l’instabilité politique, tout cela contribue à aggraver leur situation.Près de 40 % d’entre eux ont vu leur développement humain reculer depuis 1990. Peu attractifs pour les investissements étrangers, ils restent à l’écart de la mondialisation (à peine 1,8 % du commerce mondial).
c. Les Etats intermédiaires
Ils sont situés entre les deux extrêmes : pas encore pays émergents mais plus vraiment PMA. Leur intégration à la mondialisation est souvent incomplète. Ils exportent peu de produits manufacturés mais plutôt des produits agricoles ou miniers. Certains d’entre eux peuvent toutefois s’insérer dans le sillage de pays plus dynamiques ou trouver une voie de développement efficace.
L’essentielLe développement du monde est inégal. Il se mesure grâce à l’IDH, indicateur le plus précis pour le mesurer. Il permet de classer les pays en quatre ensembles : les pays développés et les pays en voie de développement très hétérogènes que l’on peut subdiviser en trois groupes. En effet, à côté de pays émergents, qui profitent de la mondialisation pour se développer, existent les PMA qui eux, sont à l’écart du processus. Pénalisés par des handicaps structurels, peu attractifs, ils restent en retard de développement. Les pays intermédiaires (la majeure partie des PED) sont situés entre ces deux extrêmes.
Les freins à la mondialisation de la culture
a. Pondérer l’analyse annonçant la mondialisation de la culture
La notion de mondialisation de la culture fait en général référence à la diffusion d’un modèle culturel occidental à la fois américain et européen sur l’ensemble des pays du monde. Pourtant, il faudrait plutôt insister sur les phénomènes d’acculturation internationaux (processus par lequel un individu, un groupe social ou une société entre en contact avec une culture différente de la sienne et l’assimile en partie). Le développement du bouddhisme et de l’islam dans les pays occidentaux principalement chrétiens, l’intérêt pour les spiritualités alternatives, pour les modes alimentaires orientaux correspondent à l’accroissement d’un brassage culturel au sein même de ce qui est considéré comme la culture dominante.
b. Les grandes aires culturelles mondiales
Les grandes aires culturelles sont encore clairement définies à l’échelle de la planète. Elles sont fondées sur des religions, des philosophies (christianisme, islam, confucianisme...) ou des langues, parfois sur des régimes politiques. Le respect et la défense de langues minoritaires dans une aire culturelle dominante deviennent un enjeu géopolitique et un élément favorable à la défense de la diversité culturelle mondiale (ex. : le québécois en Amérique du Nord) ou à l’origine de relations conflictuelles (Belgique, entre Wallons francophones et Flamands néerlandais).
c. Acculturation n’est pas mondialisation
L’acculturation se traduit souvent par l’adoption partielle ou l’adaptation du mode de vie différent. Ainsi, on considère que les sociétés traditionnelles évoluant vers la modernité sont près d’être absorbées par la « culture dominante ». En dépit de l’adoption de modes de vie plus occidentaux, les fondements culturels des sociétés africaines, sud-américaines, asiatiques, ou encore européennes sont solidement ancrés dans les modes de pensées comme dans les langues qui servent souvent de véhicule inconscient aux cultures des peuples du monde.
2. Les résistances à l’uniformisation culturelle mondiale
a. L’accès à l’école et aux sources d’information
La faible scolarisation des Etats et les difficultés d’accès à l’information (presse écrite, radio télévisuelle, réseaux informatiques) sont souvent considérées comme un signe de mauvais développement. Ces questions sont également un frein à la mondialisation de la culture. En limitant les possibilités de contact, les modèles culturels attractifs (liés en partie au fort niveau de développement des Etats) perdent de leur vigueur. Ainsi, l’espace mondial est également composé d’isolats plus ou moins vastes où persistent des pratiques culturelles, des langues, des rites et des croyances qui n’ont que très peu été affectés ou modifiés par les cultures « prosélytes ».
b. La défense active des cultures minoritaires
Les revendications territoriales et identitaires sont très nombreuses dans les pays où une uniformisation culturelle s’est déroulée dans le passé. Ainsi en France, en Espagne, au Royaume-Uni, en Italie, au Canada..., les revendications identitaires sont fondées sur l’originalité culturelle par rapport au reste de la communauté nationale : la Corse, la Bretagne, le Pays basque, la Catalogne, l’Ecosse, le Val d’Aoste, le Québec... (et tant d’autres) revendiquent une originalité culturelle (fondée sur la langue, la musique, la littérature) qui se traduit parfois par l’obtention d’une autonomie politique.
c. Les résistances variées
Les résistances sont multiformes : populaires et économiques (contestation de la culture alimentaire nord-américaine en France dont José Bové est devenu la figure emblématique) mais aussi institutionnelles. Lors des négociations de l’Uruguay round, l’Union Européenne (France en tête) a défendu – non sans difficultés – « l’exception culturelle » excluant l’audiovisuel et notamment le cinéma de la libéralisation des échanges. Cette mesure permettait de défendre les industries culturelles nationales. En juillet 1997, les pays de l’ASEAN – Association des nations du Sud-Est Asiatique – ont remis en cause la vision américaine des Droits de l’homme. Au primat de l’individu, les pays ASEAN ont affirmé l’originalité de la conception asiatique de la famille, de la communauté, de la discipline et de l’autorité.
Ce développement est basé en grande partie sur un texte majeur : J. Bonnemaison et L. Cambrezy « Le Lien territorial », Géographie et cultures, n° 20, 1996, cité dans le manuel de Géographie Terminales, Hachette, 1998, p. 27.
L’essentiel
La mondialisation de la culture part du principe qu’une culture spécifique, en l’occurrence la culture occidentale diffusée par les pays d’Europe et surtout d’Amérique du Nord, exercerait une influence dominante sur l’ensemble de la planète et serait responsable du recul des autres cultures. Si l’on définit la culture comme l’ensemble des usages, des coutumes, des manifestations artistiques, religieuses, intellectuelles qui définissent et distinguent un groupe, une société..., la notion revêt des contours très étendus. En dépit des signes permettant d’observer la diffusion d’un modèle uniforme de type occidental, les voies de la mondialisation de la culture sont beaucoup plus subtiles.
Diversité et richesses culturelles de la planète face à la mondialisation
1. Les grandes aires de civilisation et les principales religions dans le monde
a. Le concept de civilisation
On peut utiliser le concept de civilisation pour distinguer, à l’échelle planétaire, quelques grandes zones aux caractères propres. Une civilisation se caractérise par une histoire, une religion et une culture communes. La division en Etats est moins pertinente car elle ne permet pas de montrer leurs similitudes, souvent séculaires. Les différentes civilisations représentent une réelle richesse culturelle basée sur la diversité. Cependant, les divers processus de la mondialisation peuvent mettre à mal ces identités multiples.
b. Les grandes civilisations
La civilisation occidentale est influencée par le judéo-christianisme et la pensée de l’Antiquité greco-romaine. On peut lui associer ou non la civilisation slave-orthodoxe et la civilisation latino-américaine. La civilisation islamique recouvre des réalités différentes, du Maroc au Pakistan, de la Turquie à l’Indonésie. La civilisation hindouiste s’est développée en Inde, la civilisation confucéenne en Chine. Il existe aussi une civilisation japonaise. Toutes trois valorisent plutôt la communauté, contrairement à l’Occident, beaucoup plus individualiste. La civilisation africaine est marquée par les religions animistes mais aussi par les influences occidentales.
2. Les affrontements et les échanges
a. Un modèle dominant ?
La civilisation occidentale paraît être, en cette fin de millénaire, la civilisation dominante. Ses valeurs, démocratie, droits essentiels des individus, système productif capitaliste, sont souvent des références. C’est surtout la puissance économique et financière de l’Occident qui en fait un point de repère. En effet, dans bien des cas, les Etats adaptent selon leurs propres valeurs le modèle occidental et refusent de le considérer comme un schéma idéal à reproduire.
b. Des affrontements
Les échanges et les enrichissements mutuels réalisés d’une civilisation à l’autre sont minés par des conflits et des incompréhensions. La civilisation occidentale, imposée lors du colonialisme et dans les relations internationales diplomatiques et économiques depuis 1945, est critiquée. La Chine, par exemple, forte d’un milliard d’hommes refuse de recevoir des conseils des pays occidentaux. Les Etats ancrés dans la civilisation islamique entendent, eux aussi, malgré la mondialisation, garder leurs spécificités culturelles. Des affrontements, parfois extrêmes tels les attentats, ont lieu et manifestent les difficultés des civilisations à s’accorder.
L’essentiel
Même si l’on divise communément le monde en 200 Etats, il convient de prendre en compte l’élément culturel qui met en évidence l’existence de caractères communs entre certains Etats. Les grandes civilisations, aux particularités souvent séculaires, prouvent, par la diversité des sociétés humaines qu’elles abritent, la richesse culturelle de la planète. A l’heure de la mondialisation, ce sont du reste les échanges qui l’emportent sur les conflits.
Le premier ensemble économique mondial
Objectif : Connaître les atouts et les faiblesses de l’Europe en matière d’économie.
1. Une puissance économique incontestable…
a. Première puissance commerciale et financière
La montée en puissance des échanges commerciaux
L’Europe est le 1er pôle mondial d’échanges commerciaux. Elle est, en 2002, le premier exportateur mondial (19% des exportations hors commerce intracommunautaire) et le second importateur derrière les Etats-Unis. Les produits manufacturés représentent plus des ¾ du commerce de marchandises de l’UE et les services, 22% des échanges mondiaux.
Ses principaux partenaires sont les Etats-Unis (solde excédentaire), la Chine et le Japon (solde déficitaire) et la Suisse. Mais l’essentiel des échanges se fait à l’intérieur même de l’Union.
De part son héritage historique et notamment colonial, elle bénéficie d’une vaste aire de coopération économique (pays d’Afrique avec les accords de Cotonou signés en 2000, pays méditerranéens par exemple).
Principal pôle de flux financiers
Premier pôle émetteur d’IDE notamment vers les pays de l’ALENA, de l’Asie industrialisée et, dans une moindre mesure, de l’Europe de l’Est, elle représente 50% des IDE mondiaux.
Premier pôle récepteur d’IDE dans le monde, le marché unique attire les capitaux japonais et américains mais l’essentiel des IDE restent des investissements intra européens.
La place privilégiée de l’UE dans les flux d’IDE témoigne de la puissance de ses entreprises, qui du fait des délocalisations, sont présentes partout dans le monde.
Un espace financier de 1er plan
Sur le plan financier, l’UE s’est dotée, avec l’euro, d’un instrument de puissance qui s’affirme et les bourses européennes deviennent des centres financiers actifs (Paris, Londres, Francfort).
b. De l’agriculture aux services, l’UE caracole en tête
Un poids lourd agricole
Bien que ne représentant que 1,7% du produit européen, l’agriculture européenne est la 2e exportatrice mondiale notamment dans quelques secteurs clefs (viticulture, céréales). Ces bons résultats sont réalisés grâce à la PAC, relayée par une industrie agro-alimentaire performante.
Un bémol toutefois : d’importantes subventions expliquent ces succès et la PAC, jugée trop coûteuse, est en pleine réforme.
La première puissance industrielle du monde
La somme des industries de chaque pays membre de l’UE en fait la 1re puissance industrielle. Elle s’impose dans de nombreux secteurs comme la sidérurgie, la chimie (1er rang mondial), l’automobile ou l’agroalimentaire.
Ces bons résultats sont à relativiser du fait de l’absence de politique industrielle commune ce qui nuit à la compétitivité.
Les deux vrais succès européens sont Arianespace et Airbus-industrie qui ont imposé l’UE comme puissance aéronautique et aérospatiale grâce à une réelle politique de coopération.
Le dynamisme des services
L’UE est une puissance post-industrielle : parmi les 10 premiers exportateurs mondiaux de services dans le monde, sept sont européens, parmi lesquels le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France.Les fonctions tertiaires emploient 7 actifs sur 10 et produisent 70 % du revenu national brut, même si les situations restent très contrastées entre pays tertiarisés à plus de 80 % (Royaume-Uni) et périphéries (Portugal, Slovénie).
Les services les plus performants se trouvent dans la distribution, la banque et les télécommunications.L’UE est également le premier pôle touristique du monde. Cette activité est source d’entrée de devises et d’emplois.
2. …mais une puissance inachevée.
a. Une capacité d’innovation insuffisante
Bien que berceau des révolutions industrielles, la faiblesse relative de l’UE en termes d’innovation et de recherche-développement (5,1 chercheurs pour 1000 actifs) l’empêche de remettre en cause la suprématie américaine (7,4 pour 1000 actifs) et japonaise (8,9 pour 1000).
Par conséquent, elle reste en retrait dans les activités telles que les technologies de l’information et de la communication ou les biotechnologies, à quelques exceptions près.
b. Dépendance extérieure
La dépendance européenne est très nette en matière énergétique et commerciale : les Etats-Unis, principal client, usent de rétorsions commerciales pour obtenir gains de cause lors des conflits qui les opposent.
c. Des défis humains à relever
L’UE avec 455 millions d’habitants constitue le 2e foyer de peuplement, loin devant les Etats-Unis et le Japon. Toutefois sa part dans la population active mondiale ne cesse de baisser.
Le vieillissement démographique est rapide et les conséquences à long terme sont nombreuses : augmentation des dépenses de santé, problèmes du financement des retraites, capacité d’innovation réduite…
Autre défi : un potentiel de main d’œuvre mal utilisé. La croissance en emplois est limitée et le chômage demeure un fléau partout en Europe. Le niveau des salaires incite les entreprises à se délocaliser, pour les activités de production, hors d’Europe, alors que la main d’œuvre est particulièrement qualifiée.
d. L’UE, un espace encore trop morcelé
L’UE souffre de son faible poids politique. Sa capacité d’influence sur les règles du jeu de la mondialisation reste inférieure à celle des Etats-Unis ou des FMN.L’Europe ne parle pas encore d’une seule voix… et doit pour cela achever son union politique.
Face à des marchés unis et cohérents, l’Europe oppose un ensemble disparate : des marchés concurrents plus que complémentaires, des entreprises encore trop largement perçues comme nationales et l’absence d’une réelle politique commune sont autant de handicaps.
L’intégration inachevée de ses systèmes de transports renforcent ce morcellement et accentue les inégalités et les déséquilibres entre un centre et ses périphéries.
3. L’euro, symbole de l’ambiguïté de la puissance européenne
a. L’euro et la réussite européenne
La monnaie unique est un facteur d’harmonisation :
· elle fait disparaître les risques de fluctuations des monnaies européennes ;
· elle stabilise les échanges ;
· elle offre une plus grande transparence des prix et des coûts ;
· elle renforce l’interdépendance entre les Etats membres.
L’euro est donc plus qu’un symbole de puissance. Il est un créateur de puissance.
b. Un second rôle face au dollar
L’euro reste toutefois surévalué par rapport au dollar et ne parvient pas à s’imposer comme monnaie de référence dans les échanges internationaux.
L’essentiel
Première puissance économique mondiale, l’Union Européenne est l’un des trois centres d’impulsion de l’économie mondiale. Pôle de la Triade, elle est un acteur économique de premier ordre, un partenaire ou un concurrent dans de nombreux domaines (agriculture, aéronautique …).
Pourtant, malgré ses succès, l’UE reste une puissance inachevée : elle souffre de son manque d’unité. Son dynamisme est freiné par son manque de capacité d’innovation, sa dépendance ou le vieillissement de sa population.L’euro résume à lui seul ces contradictions : vecteur de puissance, il subit toujours l’hégémonie du dollar.
Contraintes et menaces de l’espace japonais
1. Une situation favorable à l’apparition des aléas
a. Une zone de contact tectonique entre Asie et Pacifique
L’archipel japonais est en partie composé d’une chaîne de montagnes imposantes (environ 70 % de la superficie du pays avec des sommets dépassant 3 000 mètres) en formation depuis l’ère tertiaire. Résultat du glissement de la plaque pacifique sous la plaque eurasiatique, ce dispositif est à l’origine de nombreux tremblements de terre (1 500 par an en moyenne) qui frappent parfois durement certaines zones du pays. Les volcans et les phénomènes associés (sources d’eau chaude) sont nombreux. Le volcan le plus célèbre du pays, le Mont Fiji (Fiji-San), a été érigé au rang de symbole national.
b. Un climat sous avis de tempête
L’archipel est sous l’influence de vents provenant du Sud-Est. Le régime des précipitations est dominé par le phénomène de la mousson. Les précipitations sont abondantes en été et en automne, périodes pendant lesquelles peuvent survenir de violentes tempêtes tropicales ou typhons. A l’intérieur et à l’abord des massifs, l’abondance des précipitations dans un pays où les reliefs de montagnes sont importants augmente les menaces de glissements de terrain.
2. Les menaces contre une société qui ne réussit pas toujours à réduire sa vulnérabilité
a. Les aléas climatiques liés à la position pacifique
L’économie japonaise se développe sur une portion réduite de l’archipel. Elle repousse les limites du peuplement concentré dans les plaines et des villes progressant vers le littoral : multiplication des polders et surtout des zones de remblais aménagées pour l’industrie ou les transports (ex. : aéroport international du Kansai [Osaka] construit sur une île artificielle). Cette progression vers la mer favorise une vulnérabilité importante face aux typhons menaçant surtout les régions littorales très peuplées, ou face aux tsunamis (raz de marée) consécutifs aux séismes sous-marins dans le Pacifique.
b. Des séismes destructeurs
Les séismes sont très fréquents et les plus puissants (230 environ depuis l’an 1000) ont entraîné des destructions impressionnantes : 100 000 victimes dans le tremblement de terre ayant détruit Tokyo en 1923. En dépit d’une législation imposant des normes antisismiques aux nouveaux bâtiments, le tremblement de terre de Kobé (janvier 1995) a montré à quel point le bâti ancien (ou traditionnel) était encore un facteur d’accroissement de la vulnérabilité (incendies). La destruction des réseaux (routes, autoroutes parfois construites aux normes antisismiques) a également mis en valeur la fragilité des mesures en matière de gestion des crises sismiques.
3. Les menaces liées aux activités humaines
a. Les altérations de l’environnement urbain
La croissance urbaine et industrielle a contribué à l’évolution de certains paysages (dégradés pour certains, modifiés pour d’autres…). L’impact de ce phénomène est encore plus fort dans les villes et leurs périphéries en raison des pollutions des eaux et de l’air. Les distributeurs d’oxygène observés dans certains magasins de Tokyo manifestent – sinon une réalité de l’altération de l’atmosphère urbaine – au moins une inquiétude forte des populations.
b. Les menaces technologiques et chimiques
Les activités industrielles sont à l’origine de pollutions à l’arsenic, au cadmium, au mercure dans des régions entières (baie de Tokyo, région de Nagoya, de Kobé-Osaka…). Ces pollutions industrielles affectent les eaux de surface comme les nappes phréatiques (dans ce cas, l’agriculture intensive a sa part de responsabilité en raison de l’emploi d’engrais chimiques). Enfin, le risque technologique et chimique quitte les murs et les périphéries des usines. Il est désormais un outil au service du terrorisme comme l’a montré l’emploi du gaz neurotoxique sarin dans le métro de Tokyo en mars 1995.
L’essentiel
En raison de la présence d’une montagne prédominante, le peuplement de l’archipel japonais s’est concentré sur les plaines littorales représentant moins du tiers de la superficie du pays. Les villes multimillionnaires, les activités industrielles ont dû se développer le long des littoraux. Les phénomènes volcaniques, sismiques et les tempêtes tropicales pouvant survenir pendant l’été ou l’automne représentent les aléas majeurs susceptibles de provoquer des dommages très graves pour une société organisée et aux densités de peuplement et d’aménagement élevées. Par ailleurs, la société japonaise elle-même génère une variété de risques (accidents technologiques, pollutions, attaques terroristes aux gaz toxiques) qui ont déjà montré que la vulnérabilité dépend tant des phénomènes liés aux milieux que de la société elle-même.
La Chine, nouvelle puissance économique.
Objectifs : Alors que dans les années 1960, la Chine apparaît encore comme un pays largement rural, replié sur lui-même, c’est désormais une puissance économique de premier plan. Comment la Chine a pu se moderniser et devenir un géant économique ?
1. « Quand la Chine s’est éveillée »
Depuis 1949, la Chine est un état communiste. Jusqu’en 1977, la voie chinoise, ou « maoïsme » privilégiait l’autarcie économique, le développement rural et une très forte centralisation de la production (l’Etat décidait des commandes et attribuait les matières premières aux entreprises nationales). Après la mort de Mao en 1976, des dirigeants chinois modernistes, tel Deng Xiaoping, ont décidé d’ouvrir l’économie chinoise sur l’extérieur pour lui permettre de rattraper son retard sur l’Occident et les pays asiatiques voisins. A titre expérimental, des zones économiques spéciales (ZES) ont été créées en 1980 sur le littoral (à Shenzhen par exemple) avec une fiscalité et des lois sociales avantageuses, dans le but d’attirer les capitaux étrangers. Au cours des années 1980 et 1990, une large partie du secteur productif d’état a été privatisé. Face au succès des ZES, le dispositif a été élargi à d’autres régions du littoral chinois. En 1992, Deng Xiaoping lance publiquement le concept étonnant « d’économie socialiste de marché » : le pouvoir reste communiste mais le système économique s’oriente vers le capitalisme. Le pays se dote de bourses et fait son entrée à l’OMC en 2002.
2. L’atelier du monde
Par l’abondance d’une main d’œuvre très bon marché (les salaires chinois sont 40 fois inférieurs à ceux des ouvriers américains), un soutien du pouvoir et une localisation stratégique près des voies maritimes majeures, la Chine a connu un développement économique rapide. Sur la période 1990 et 2006, la croissance chinoise a été d’environ 10%/an. Les provinces littorales sont désormais « l’atelier du monde » et le « made in China » devient la norme (20% des textiles mondiaux, 70% des jouets et 98% des articles de Noël par exemple). La Chine est ainsi en 2006 le troisième exportateur mondial (après les Etats-Unis et l’Allemagne, mais devant le Japon). Au rythme actuel de la croissance, il est très probable qu’elle devienne la première puissance économique du monde en 2050. Le pays attire les capitaux étrangers (c’est le premier pôle d’accueil des IDE, Investissements direct à l'étranger) venus de la diaspora chinoise d’Asie et plus largement du reste de la Triade (Japon, Etats-Unis, Union européenne). Les multinationales étrangères y implantent leur centre de production et les transnationales purement chinoises prennent aussi de l’importance (TCL dans l’électroménager, China Petroleum pour les hydrocarbures ou Lénovo, 3e fabricant mondial d’ordinateurs). Les métropoles chinoises s’embellissent en laissant une place de plus en plus importante aux automobiles, signe de l’enrichissement d’une nouvelle classe moyenne avide de consommation. Les ports profitent d’une économie largement ouverte vers la façade maritime. Des travaux importants ont augmenté la capacité du port de Shanghai, devenu depuis 2005 1er port mondial de marchandises. Pour alimenter ses industries et ses marchés de consommation, la Chine importe des quantités importantes de matières premières, faisant gonfler leur cours mondiaux.
3. Les fragilités de cette puissance
Cette croissance très rapide a cependant des conséquences négatives. Les autorités craignent un emballement de la machine économique et surveille de près l’inflation. La prospérité a aussi inégalement enrichi les chinois. Des « nouveaux riches » affichent ostensiblement leur fortune alors que les conditions de vie (et de travail) des ouvriers sont souvent très difficiles. Les inégalités sont aussi spatiales. Les revenus dans les provinces littorales (plus de la moitié de la production industrielle totale) sont nettement supérieurs au reste du pays (la Chine de l’intérieur, soit 70% du territoire). Le PIB/habitants à Shanghai est trois à quatre fois plus élevé que dans le Yunnan (Province du sud-ouest de la Chine). Le gouvernement chinois essaye de réduire ces écarts, mais l’inertie économique est difficile à changer (les capitaux étrangers s’intéressent surtout à la façade maritime). Enfin, les campagnes ont été tenues à l’écart d’une croissance surtout urbaine. Les conditions de vie y sont toujours difficiles et elles se contentent bien souvent de fournir la main d’œuvre nécessaire aux usines de la côte.
L'essentielLa Chine s’est ouverte au commerce mondial depuis 1979, d’abord par des Zones Economiques Spéciales (ZES), puis plus largement en privatisant les entreprises d’état et en favorisant l’arrivée d’investissements étrangers. Cela a permis un décollage économique rapide et très important (10% de croissance/an en moyenne dans les années 1990) et l’enrichissement d’une nouvelle classe moyenne. Le pays est devenu le 3e exportateur de la planète. Toutefois, cette croissance est inégale selon les espaces et favorisent plutôt les provinces littorales que l’intérieur du pays plus pauvre.
a. Une zone de contact tectonique entre Asie et Pacifique
L’archipel japonais est en partie composé d’une chaîne de montagnes imposantes (environ 70 % de la superficie du pays avec des sommets dépassant 3 000 mètres) en formation depuis l’ère tertiaire. Résultat du glissement de la plaque pacifique sous la plaque eurasiatique, ce dispositif est à l’origine de nombreux tremblements de terre (1 500 par an en moyenne) qui frappent parfois durement certaines zones du pays. Les volcans et les phénomènes associés (sources d’eau chaude) sont nombreux. Le volcan le plus célèbre du pays, le Mont Fiji (Fiji-San), a été érigé au rang de symbole national.
b. Un climat sous avis de tempête
L’archipel est sous l’influence de vents provenant du Sud-Est. Le régime des précipitations est dominé par le phénomène de la mousson. Les précipitations sont abondantes en été et en automne, périodes pendant lesquelles peuvent survenir de violentes tempêtes tropicales ou typhons. A l’intérieur et à l’abord des massifs, l’abondance des précipitations dans un pays où les reliefs de montagnes sont importants augmente les menaces de glissements de terrain.
2. Les menaces contre une société qui ne réussit pas toujours à réduire sa vulnérabilité
a. Les aléas climatiques liés à la position pacifique
L’économie japonaise se développe sur une portion réduite de l’archipel. Elle repousse les limites du peuplement concentré dans les plaines et des villes progressant vers le littoral : multiplication des polders et surtout des zones de remblais aménagées pour l’industrie ou les transports (ex. : aéroport international du Kansai [Osaka] construit sur une île artificielle). Cette progression vers la mer favorise une vulnérabilité importante face aux typhons menaçant surtout les régions littorales très peuplées, ou face aux tsunamis (raz de marée) consécutifs aux séismes sous-marins dans le Pacifique.
b. Des séismes destructeurs
Les séismes sont très fréquents et les plus puissants (230 environ depuis l’an 1000) ont entraîné des destructions impressionnantes : 100 000 victimes dans le tremblement de terre ayant détruit Tokyo en 1923. En dépit d’une législation imposant des normes antisismiques aux nouveaux bâtiments, le tremblement de terre de Kobé (janvier 1995) a montré à quel point le bâti ancien (ou traditionnel) était encore un facteur d’accroissement de la vulnérabilité (incendies). La destruction des réseaux (routes, autoroutes parfois construites aux normes antisismiques) a également mis en valeur la fragilité des mesures en matière de gestion des crises sismiques.
3. Les menaces liées aux activités humaines
a. Les altérations de l’environnement urbain
La croissance urbaine et industrielle a contribué à l’évolution de certains paysages (dégradés pour certains, modifiés pour d’autres…). L’impact de ce phénomène est encore plus fort dans les villes et leurs périphéries en raison des pollutions des eaux et de l’air. Les distributeurs d’oxygène observés dans certains magasins de Tokyo manifestent – sinon une réalité de l’altération de l’atmosphère urbaine – au moins une inquiétude forte des populations.
b. Les menaces technologiques et chimiques
Les activités industrielles sont à l’origine de pollutions à l’arsenic, au cadmium, au mercure dans des régions entières (baie de Tokyo, région de Nagoya, de Kobé-Osaka…). Ces pollutions industrielles affectent les eaux de surface comme les nappes phréatiques (dans ce cas, l’agriculture intensive a sa part de responsabilité en raison de l’emploi d’engrais chimiques). Enfin, le risque technologique et chimique quitte les murs et les périphéries des usines. Il est désormais un outil au service du terrorisme comme l’a montré l’emploi du gaz neurotoxique sarin dans le métro de Tokyo en mars 1995.
L’essentiel
En raison de la présence d’une montagne prédominante, le peuplement de l’archipel japonais s’est concentré sur les plaines littorales représentant moins du tiers de la superficie du pays. Les villes multimillionnaires, les activités industrielles ont dû se développer le long des littoraux. Les phénomènes volcaniques, sismiques et les tempêtes tropicales pouvant survenir pendant l’été ou l’automne représentent les aléas majeurs susceptibles de provoquer des dommages très graves pour une société organisée et aux densités de peuplement et d’aménagement élevées. Par ailleurs, la société japonaise elle-même génère une variété de risques (accidents technologiques, pollutions, attaques terroristes aux gaz toxiques) qui ont déjà montré que la vulnérabilité dépend tant des phénomènes liés aux milieux que de la société elle-même.
La Chine, nouvelle puissance économique.
Objectifs : Alors que dans les années 1960, la Chine apparaît encore comme un pays largement rural, replié sur lui-même, c’est désormais une puissance économique de premier plan. Comment la Chine a pu se moderniser et devenir un géant économique ?
1. « Quand la Chine s’est éveillée »
Depuis 1949, la Chine est un état communiste. Jusqu’en 1977, la voie chinoise, ou « maoïsme » privilégiait l’autarcie économique, le développement rural et une très forte centralisation de la production (l’Etat décidait des commandes et attribuait les matières premières aux entreprises nationales). Après la mort de Mao en 1976, des dirigeants chinois modernistes, tel Deng Xiaoping, ont décidé d’ouvrir l’économie chinoise sur l’extérieur pour lui permettre de rattraper son retard sur l’Occident et les pays asiatiques voisins. A titre expérimental, des zones économiques spéciales (ZES) ont été créées en 1980 sur le littoral (à Shenzhen par exemple) avec une fiscalité et des lois sociales avantageuses, dans le but d’attirer les capitaux étrangers. Au cours des années 1980 et 1990, une large partie du secteur productif d’état a été privatisé. Face au succès des ZES, le dispositif a été élargi à d’autres régions du littoral chinois. En 1992, Deng Xiaoping lance publiquement le concept étonnant « d’économie socialiste de marché » : le pouvoir reste communiste mais le système économique s’oriente vers le capitalisme. Le pays se dote de bourses et fait son entrée à l’OMC en 2002.
2. L’atelier du monde
Par l’abondance d’une main d’œuvre très bon marché (les salaires chinois sont 40 fois inférieurs à ceux des ouvriers américains), un soutien du pouvoir et une localisation stratégique près des voies maritimes majeures, la Chine a connu un développement économique rapide. Sur la période 1990 et 2006, la croissance chinoise a été d’environ 10%/an. Les provinces littorales sont désormais « l’atelier du monde » et le « made in China » devient la norme (20% des textiles mondiaux, 70% des jouets et 98% des articles de Noël par exemple). La Chine est ainsi en 2006 le troisième exportateur mondial (après les Etats-Unis et l’Allemagne, mais devant le Japon). Au rythme actuel de la croissance, il est très probable qu’elle devienne la première puissance économique du monde en 2050. Le pays attire les capitaux étrangers (c’est le premier pôle d’accueil des IDE, Investissements direct à l'étranger) venus de la diaspora chinoise d’Asie et plus largement du reste de la Triade (Japon, Etats-Unis, Union européenne). Les multinationales étrangères y implantent leur centre de production et les transnationales purement chinoises prennent aussi de l’importance (TCL dans l’électroménager, China Petroleum pour les hydrocarbures ou Lénovo, 3e fabricant mondial d’ordinateurs). Les métropoles chinoises s’embellissent en laissant une place de plus en plus importante aux automobiles, signe de l’enrichissement d’une nouvelle classe moyenne avide de consommation. Les ports profitent d’une économie largement ouverte vers la façade maritime. Des travaux importants ont augmenté la capacité du port de Shanghai, devenu depuis 2005 1er port mondial de marchandises. Pour alimenter ses industries et ses marchés de consommation, la Chine importe des quantités importantes de matières premières, faisant gonfler leur cours mondiaux.
3. Les fragilités de cette puissance
Cette croissance très rapide a cependant des conséquences négatives. Les autorités craignent un emballement de la machine économique et surveille de près l’inflation. La prospérité a aussi inégalement enrichi les chinois. Des « nouveaux riches » affichent ostensiblement leur fortune alors que les conditions de vie (et de travail) des ouvriers sont souvent très difficiles. Les inégalités sont aussi spatiales. Les revenus dans les provinces littorales (plus de la moitié de la production industrielle totale) sont nettement supérieurs au reste du pays (la Chine de l’intérieur, soit 70% du territoire). Le PIB/habitants à Shanghai est trois à quatre fois plus élevé que dans le Yunnan (Province du sud-ouest de la Chine). Le gouvernement chinois essaye de réduire ces écarts, mais l’inertie économique est difficile à changer (les capitaux étrangers s’intéressent surtout à la façade maritime). Enfin, les campagnes ont été tenues à l’écart d’une croissance surtout urbaine. Les conditions de vie y sont toujours difficiles et elles se contentent bien souvent de fournir la main d’œuvre nécessaire aux usines de la côte.
L'essentielLa Chine s’est ouverte au commerce mondial depuis 1979, d’abord par des Zones Economiques Spéciales (ZES), puis plus largement en privatisant les entreprises d’état et en favorisant l’arrivée d’investissements étrangers. Cela a permis un décollage économique rapide et très important (10% de croissance/an en moyenne dans les années 1990) et l’enrichissement d’une nouvelle classe moyenne. Le pays est devenu le 3e exportateur de la planète. Toutefois, cette croissance est inégale selon les espaces et favorisent plutôt les provinces littorales que l’intérieur du pays plus pauvre.
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